Haut-Anjou. « J'ai des producteurs qui se posent la question d'arrêter le lait », cette organisation de producteurs alerte sur la situation de la filière du lait
L'OP des 3 Rivières qui rassemblent 330 producteurs de lait sur le Maine-et-Loire, la Mayenne, la Sarthe et l'Indre-et-Loire alerte sur la conjoncture de la filière avec des prix bas et les conséquences de la canicule sur leurs exploitations. Entretien avec Anthony Daubert, producteur à Sœurdres et président de l'OP.
Publié : 12h20 - Modifié : 12h21 Alexis Vellayoudom
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La filière lait est-elle à l'aube d'une grave crise ? C'est ce que craint l'Organisation de producteurs des 3 Rivières, qui rassemble 330 producteurs sur le Maine-et-Loire, la Mayenne, la Sarthe et l'Indre-et-Loire. Aujourd'hui, les 240 millions de litres de lait vendus à Savencia pour les fromageries Perrault à Château-Gontier-sur-Mayenne et Louis Tessier à Cornillé-les-Caves près de Beaufort-en-Vallée, ne sont plus rémunérateurs, et les conséquences des dernières canicules pourraient aggraver la situation. Entretien avec Anthony Daubert, président de l'OP et éleveur à Soeurdres dans le nord du Maine-et-Loire.
Anthony Daubert, votre OP des 3 Rivières alerte sur le prix du lait. Quelle est la situation ?
Au premier semestre, on avait un prix du lait qui était à environ 410 € les 1 000 litres, et la problématique c'est que notre prix de revient se situe plus à 460 €, au regard de ce qui est publié par l'interprofessionnel, car nos charges continuent d'augmenter, les prix des carburants, et les prix des aliments sont repartis à la hausse, donc en fait la problématique du moment c'est qu'il nous manque en gros 50 € par mille litres, c'est-à-dire 5 centimes du litre de lait, pour pouvoir honorer nos coûts de production.
Vous produisez à perte ?
C'est ça, on produit à perte, ce qui veut dire qu'on perd 50 € sur les 1 000 litres. Par exemple, dans ma situation personnelle, c'est 13 000 € à peu près en moins sur les 6 premiers mois, c'est assez conséquent. Alors on sort de deux années, on va dire plutôt meilleures en termes de prix du lait, ce qui a fait qu'on a pu refaire un peu les trésoreries, mais là aujourd'hui, on recommence à piocher dans les trésoreries et ça devient problématique, sachant que la perspective de prix si on suit les marchés pour la suite, le troisième trimestre ou même le quatrième, elle n'est pas forcément à une évolution positive.
Qu'est-ce que vous demandez ?
On demande deux choses : déjà à ce que notre acheteur puisse considérer nos problématiques du moment, notamment par rapport à la canicule et au déficit de fourrage qu'on va avoir. Il faut qu'il y ait un effort de nos industriels pour essayer de passer un peu mieux le cap de la sécheresse. Et puis il y a une deuxième chose, c'est une refonte des calculs du prix du lait, que nos coûts de production soient pris en compte dans le calcul du prix de manière assez significative. C'est à dire qu'aujourd'hui le prix du lait est fixé suivant le marché de notre acheteur, et nos coûts de production ne sont jamais pris en compte dans ce calcul du prix du lait, ce qui fait qu'en fait, nous, on prend quasiment 100% du risque. Après, on a quand même la loi d'urgence qui est votée, avec notamment l'instauration dans les formules de prix, d'un prix plancher ou au moins un minimum qui correspondrait au coût de production.
Quel a été l'impact de la canicule ?
En fait, c'est un peu la double peine parce que déjà, un prix du lait assez faible, on a une canicule qui a fait globalement baisser les productions de nos animaux, ils sont très impactés par la chaleur et ce qui fait que dans certaines exploitations on a 15 à 20% de baisse de production lors des gros épisodes de canicule. Ca fait moins de rentrées et forcément moins de livraison de lait avec un prix déjà plus faible. Et ensuite, on va avoir des déficits de fourrage, puisque les maïs qui ont été implantés au printemps souffrent énormément de la sécheresse, ce qui fait que les rendements ne vont pas être à la hauteur, je pense qu'en moyenne on va sûrement diviser par deux par rapport à une année habituelle, ça va impacter nos stocks de fourrage pour l'hiver prochain et pour à peu près 1 an. Et si on a un prix du lait qui est trop bas, ça nous brise aussi pour pouvoir trouver d'autres solutions, d'autres alternatives pour nourrir nos animaux.
Quels sont les premiers retours de vos échanges avec Savencia ?
Alors ils comprennent les problématiques mais qu'ils n'ont pas la capacité de donner plus. A priori ils sont eux aussi assez étranglés par le marché et ils n'ont pas la capacité de donner plus. C'est le discours qu'ils nous tiennent aujourd'hui.
Si la situation persiste, quelles seraient les conséquences sur le moyen terme ?
J'ai déjà des producteurs qui m'appellent, qui sont inquiets pour la suite, qui veulent savoir quelle est la perspective. Et il y en a certains qui se posent la question aujourd'hui de décapitaliser, c'est à dire de vendre des animaux parce qu'ils n'auront pas la nourriture suffisante pour les nourrir cet hiver. Et puis il y a aussi des cas peut-être un peu plus graves où des producteurs vont se poser la question d'arrêter définitivement le lait puisque ces fluctuations de prix sont difficiles à tenir dans le temps. C'est pour ça qu'on essaye d'alerter la population, le grand public.
On veut aussi faire prendre conscience à nos politiques que c'est important, que le producteur de lait puisse vivre décemment de son métier parce qu'on fait vivre énormément de monde autour de nous. Entre 12 et14 personnes, donc si demain on n'est pas suffisamment rémunéré on n'investit pas dans le local non plus. A titre d'exemple si on avait 50 euros de moins cette année sur une exploitation moyenne de l'OP, c'est 35 000 euros de moins de chiffre d'affaires, c'est des investissements en moins, des prélèvements privés en moins. Demain des producteurs qui arrêtent de faire du lait, les productions ne reviennent pas sur les fermes. On est inquiet aussi pour les jeunes générations qui veulent s'installer malheureusement on avait des années assez positives où on avait ressenti que des jeunes étaient intéressés pour revenir en métier, mais aujourd'hui je pense que le risque c'est qu'on dégoûte des jeunes à s'installer et on pénalise le renouvellement de génération.
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