Haut-Anjou. « On arrive à une situation très critique », confie le président du syndicat du bassin de l'Oudon
Alors que la pluie se fait encore rare sur le département, l'Oudon souffre toujours de la sécheresse. Entre affluents à sec, mortalité des poissons et projets pour mieux retenir l'eau, Joël Roncin, président du syndicat du bassin de l'Oudon, fait le point sur la situation.
Publié : 16h07 - Modifié : 16h27 Alexis Vellayoudom
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L'automne a beau avoir démarré, et pourtant la sécheresse persiste. En Maine-et-Loire, la plupart des rivières sont toujours en alerte renforcée ou en situation de crise. C'est le cas de l'Oudon qui s'étend sur 103,3 km de La Gravelle (Mayenne) jusqu'au Lion d'Angers. Le point sur la situation avec Joël Roncin, président du syndicat du bassin de l'Oudon et maire délégué de Montguillon.
Joël Roncin, en raison du manque de pluviométrie, la sécheresse persiste et se prolonge sur ce début d'automne. L'Oudon est l'une des rivières les plus fragiles du département. Quelle est sa situation ?
Forcément, les milieux aquatiques souffrent de cette sécheresse qui dure. Sur l'Oudon, on arrive à une situation très critique. L'Oudon a toujours un petit débit d'eau. Par contre, il y a des affluents, comme l'Arez et la Sazée qui sont pratiquement à sec, où il n'y a plus de courant du tout, donc c'est préjudiciable à la biodiversité, et aux poissons, même si on ne nous a pas signalé tant de mortalité de poissons jusqu'à maintenant. Après, sans courant, il reste ce qu'on appelle des fosses dans les rivières, où les poissons peuvent se réfugier, mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps. Comme ce n'est plus une eau courante, c'est une eau qui peut se réchauffer et il manquera d'oxygène pour les poissons, donc la situation est critique, en espérant qu'on ait bientôt des pluies pour alimenter les cours d'eau. Les cours d'eau, où il y a encore de l'eau, c'est parce qu'il y a sans doute des sources, des zones humides qui libèrent encore un peu d'eau.
Quand vous dîtes situation "très critique", qu'elles pourairraient être les conséquences si ça se prolonge sur le mois d'octobre ?
C'est sur la vie aquatique avec une grande mortalité de poissons. Et on peut avoir aussi un développement de cyanobactéries, mais sur l'Oudon, on n'est pas concerné. Enfin, il y a des conséquences sur le bocage avec des arbres qui souffrent et qui, pour certains, vont mourir.
Cette sécheresse est plus importante que celle de 2022 ?
Déjà, j'espère qu'il n'y a plus personne qui nie le changement climatique avec ce réchauffement. En 2022, où on avait eu une sécheresse, mais qui était un peu différente. Cette année-là, on avait constaté plus de mortalité de poissons avec une sécheresse qui avait démarré plus tôt dans l'année. Là, en 2026, ce qui est paradoxal, c'est qu'en février, on avait des inondations, et on s'est retrouvé très rapidement en crise. Ça c'est parce qu'on est sur le socle armoricain, avec du schiste. Concrètement, on n'a pas de chance, car quand il tombe de l'eau, elle s'infiltre mal, donc elle va très vite dans les rivières. Et puis, comme il n'y a pas de réserve dans le sol, on passe très vite en crise.
Si ça se prolonge en octobre, ça force votre syndicat à réfléchir à des projets pour faire face à ces sécheresses répétées ?
On nous annonce que dans 20 ou 30 ans, on pourrait avoir une année ou deux années sur cinq comme celle-ci. Il y a le manque de pluie, et puis des températures qui augmentent, qui favorisent l'évaporation, donc on perd encore plus d'eau. Nous, de notre côté, la Commission locale du bassin de l'Oudon, qui rassemble la Chambre de l'agriculture, des élus, des usagers et irrigants, des services de l'État, est en train de réfléchir à un projet de territoire pour la gestion de l'eau. Il y a un diagnostic en cours pour voir les consommations de chacun, l'eau potable, ce qu'il y a comme besoins pour les milieux aquatiques, les industries, et après voir ce qui est disponible pour mieux la partager collectivement. Il y aura rien de spectaculaire, mais déjà il faut absolument garder l'eau hivernale, et trouver des solutions pour mieux la garder sur les sols.
Vous parlez d'un éventuel projet de retenue d'eau ?
Non, pas forcément. D'abord, retenir l'eau partout dans le sol, éviter que l'eau parte trop vite. Par exemple, il faut agir sur le bocage, le maintien des haies, les replanter, parce qu'on sait que ça retient mieux l'eau. Il faut continuer à restaurer les zones humides, ces zones tampons qui prennent l'eau l'hiver, qui la stockent et peuvent la relarguer dans les périodes de manque. Il y a un effort à faire sur tout ce qui est urbanisme, le tout tuyau du pluvial, on se débarrasse de l'eau trop vite. Il faut absolument garder l'eau au plus près. Ça va de l'agriculture, mais aussi au pavillon, d'essayer de faire infiltrer l'eau au mieux dans le sol, de ne pas la rejeter trop vite, de façon à la garder pour plus tard. Et puis, peut-être qu'il y aura des solutions de stockage plus artificielles, mais pour tous les usages.
Des exemples ?
Par exemple, les réserves de plans d'eau qui pourraient relarguer l'eau dans la rivière en période estivale. Mais pas n'importe comment. Il y a ce phénomène d'évaporation. Sur le bassin de l'Oudon, on a entre 6 000 et 7 000 plans d'eau. C'est énorme l'eau qui s'évapore. Certes, c'est bénéfique pour l'atmosphère, mais en fait, c'est de l'eau de notre territoire qui nous échappe, donc il y a un travail à faire là-dessus aussi. Notamment les plans qui n'ont plus d'usage, les effacer et les réaménager. Parce qu'en fait, les plans d'eau, la plupart du temps, ils ont été faits dans les années 70, et ne sont pas réglementaires, donc on peut les supprimer. Supprimer ces plans d'eau, ça éviterait l'évaporation et permettrait de conserver l'eau grâce aux zones humides. Actuellement, on en fait deux ou trois plans d'eau par an. Mais il y a une chose qu'est sûre, on n'a pas moins d'eau qu'avant, mais elle est moins bien répartie sur l'année, donc on doit trouver des solutions pour maintenir l'eau, la stocker sur notre territoire.
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