Maine et Loire

Les Ponts-de-Cé. L'unité judiciaire à priorité éducative se renforce pour prévenir la récidive

L'unité éducative d’hébergement collectif (UEHC) des Ponts-de-Cé qui accueillent des mineurs délinquants, s'est transformée en une unité judiciaire à priorité éducative (UJPE). Concrètement, l'établissement pourra accueillir des profils faisait l'objet d'un placement renforcé, mais les règles pourront être plus dures. Deux nouveaux professionnels doivent arriver pour mieux accompagner ces jeunes dans leur réinsertion.

Publié : 17h28 - Modifié : 17h36 Alexis Vellayoudom

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Ces jeunes de 13 à 18 ans sont accompagnés pour leur permettre une réinsertion
Crédit : Alexis Vellayoudom

Ce mardi matin, l'unité éducative d’hébergement collectif aux Ponts-de-Cé (UEHC) s'est officiellement transformée. Ce foyer, qui accueille une douzaine de jeunes âgés de 13 à 18 ans, placés sous mandat judiciaire, est devenu une unité judiciaire à priorité éducative (UEJP). Elle rejoint ainsi les 66 autres UEHC et les 19 centres éducatifs fermés (CEF) qui sont, depuis le 1er septembre 2026, devenus des UJPE. "Face à un dispositif onéreux qui n'a pas démontré son efficacité dans la prévention de la récidive, le garde des Sceaux a décidé d'unifier les deux structures existantes en un modèle unique de placement judiciaire", justifie le ministère de la Justice. Une mesure centrale de la réforme de la prise en charge des mineurs délinquants annoncée par Gérald Darmanin. Concrètement, des renforts sont attendus aux Ponts-de-Cé pour renforcer l'accompagnement de ces jeunes. 

 

 

Éviter les ruptures de parcours

 

Parmi les principaux changements : l'harmonisation des régimes juridiques de placement pour les mineurs. Auparavant, les jeunes faisant l'objet d'un placement renforcé, intégraient directement les CEF, alternative principale à la détention, dont le placement pouvait aller jusqu'à six mois et renouvelable une fois. Les autres étaient placés vers des unités éducatives d’hébergement collectif (UEHC) où les règles sont généralement plus souples, ce qui pouvait aussi générer des transferts en fonction de l'amélioration ou non du comportement de ces jeunes.

Mais, désormais, avec la fusion des deux régimes, peu importe le degré du placement, tous iront vers des unités judiciaires à priorité éducative (UJPE) où leur prise en charge sera individualisée. "Un jeune pourra y connaître un contrôle fort. Si son comportement s'améliore, cette contrainte judiciaire pourra s'assouplir. Et il pourra rester au sein du même établissement, avec la même équipe éducative, sans connaître de rupture de parcours, précise Benoît Hervouët, directeur territorial de la PJJ. À l'inverse, un jeune qui commettrait de nouveaux actes qualifiables pénalement, pourrait se voir appliquer un contrôle judiciaire plus strict. Par exemple, ne pas pouvoir sortir de l'unité, avec un bracelet électronique, alors que d'autres pourraient avoir des droits de sortie."

 

Inauguration UJPE Ponts-de-Cé_22 09 26_AVC

 

Ce qui implique aussi une adaptation face à des profils qui auront commis des faits plus graves qu'habituellement. La sécurité va d'ailleurs être renforcée avec un nouveau portail, afin d'éviter les fugues. "C'est un public auquel il faudra s'adapter", admet Mathilde Chazé, éducatrice depuis quatre ans. D'ailleurs, la loi prévoit de formaliser les règles autour de l'usage du téléphone dans ces établissements, ce qui réjouit le directeur du centre, Saïd Belgana, qui appliquait déjà la mesure depuis plusieurs années. "On retire le téléphone à la nuit, à 22h30, pour permettre aux jeunes de mieux dormir et de se mettre en mouvement dès 9h le matin. On envisage de leur rendre plus tard, en début d’après-midi."

 

Contre la récidive : santé et insertion professionnelle

 

Autres mesures dans ce changement de structure, le renfort encore attendu de deux professionnels au sein de l'unité. D'abord, une infirmière qui devra s'occuper du suivi de ces jeunes. "On récupère des jeunes en accueil d'urgence, après 48h de garde à vue, qui ont manqué de soins, précise Christelle Evelinger, directrice interrégionale de Protection judiciaire de la jeunesse. Ce sont des jeunes qui n'ont pas beaucoup rencontré de médecins. Un jeune qui a mal aux dents, aux oreilles ou qui ne voit pas, n'est pas en capacité d'être réceptif à la parole éducative. Et la non-prise en compte de ces problèmes de santé, c’est un facteur aggravant de rejet." Cette infirmière pourra aussi mettre en place des actions de prévention sur les addictions au cannabis, à l'alcool et un accompagnement sur la santé mentale. 

En plus, un professeur technique doit être recruté. Sa mission : aider le jeune à se reconstruire un avenir. "Dans la plupart des cas, on voit des jeunes perdus qui ne savent pas vers où aller", pose Mathilde Chazé. C'est le cas, par exemple, d'Hassan*, placé depuis six mois pour des délits. "J'avais des projets, mais que je ne pouvais pas faire avant, parce que j'avais besoin d'aide, confie ce jeune de 17 ans. Mon objectif, c'est d'être serrurier et j'espère que le professeur m'aidera, mais les éducateurs nous poussent vers le haut pour trouver un projet."

 

Aujourd'hui, plus de 50 % des jeunes sont déscolarisés en arrivant. Une partie d'entre eux reviendront dans le giron de l'Éducation nationale, les autres seront orientés vers le milieu professionnel avec l'aide de la Mission locale. "Ces jeunes, il faut les valoriser. Ils ont des capacités et on vient leur dire, vous pouvez réussir au même titre qu'un jeune lambda", complète Saïd Belgana. À côté, la directrice interrégionale ajoute : "qui dit insertion, dit prévention de la récidive et prévention de la délinquance".

En parallèle, les jeunes participent à plusieurs activités, du sport trois fois par semaine, mais aussi des sorties à l'extérieur. "L'idée, c'est de ne pas rester dans cette stigmatisation de délinquance et de faire des activités qui les amènent à rentrer dans le droit commun en leur permettant de retrouver de l'estime de soi", souligne l'éducatrice. Mais pour elle, c'est aussi leur offrir une deuxième chance pour "reprendre en main leur avenir". 

 

Des liens renforcés avec la PJJ

 

Quelques jours avant cette inauguration, le directeur national de la Protection judiciaire de la jeunesse Thomas Lesueur était en déplacement en Maine-et-Loire. Il a notamment visité les locaux du dispositif « Entracte », un lieu d’hébergement expérimental implanté en Maine-et-Loire, qui prend en charge des mineurs victimes de réseaux de prostitution. 

En parallèle, il a annoncé le renforcement des liens avec le Département de Maine-et-Loire, notamment sur la Protection à l'enfance où les départements font face à une charge conséquence. "La PJJ est prête à appuyer, dans une logique de prévention de la délinquance, les Départements dans la prise en charge des mineurs qui présentent les profils les plus susceptibles de basculer dans la délinquance, notamment parce qu'ils sont en décrochage scolaire ou qu'ils ont un comportement dans les foyers avec une forme de violence. La PJJ propose au Département de Maine-et-Loire de prendre en charge ces mineurs via des mesures d'assistance éducative en milieu ouvert", explique Thomas Lesueur. Le service prévoit aussi de mieux contrôler les investissements faits par les associations subventionnées. 

 

*Son prénom a été modifié pour protéger son anonymat