Maine et Loire

Angers. « On est au bout du bout », restrictions de budget, les salariés de l'École Supérieure des Agriculteurs inquiets

Hier, une soixantaine de salariés de l'École Supérieure des Agricultures d'Angers a manifesté devant l'établissement. Ils dénoncent les coupes budgétaires et les dysfonctionnements en interne. Les syndicats réclament un groupe paritaire pour restructurer l'école avec les salariés.

Publié : 12h08 par Alexis Vellayoudom

Grève ESA Angers_02 07 26_AVC
Une soixantaine de salariés a manifesté devant l'École Supérieure des Agricultures à Angers
Crédit : Alexis Vellayoudom

Cela fait près de 10 ans, qu'ils n'avaient pas fait grève. Une soixantaine de salariés de l'École Supérieure des Agricultures d'Angers a manifesté hier. Ils dénoncent des dysfonctionnements internes, mais surtout des choix de gouvernance qui mèneraient, selon eux, à une politique d'austérité et une situation financière qui pourrait "très vite se dégrader". 

 

Une ambition mal maîtrisée ? 

 

Il y a quelques années, la direction portait un cap stratégique ambitieux à travers l'ESA 2027. Objectifs affichés : faire de l'ESA une référence internationale en matière de formation. L'école souhaitait notamment structurer des unités de recherche en agriculture sur des thématiques comme la biodiversité et les systèmes alimentaires durables. Mais aujourd'hui, le constat est inquiétant selon les salariés puisque l'avenir financier de l'école est questionné. "On a mis en place des charges de structure à travers certains projets trop conséquents. On a préféré faire le choix de ne pas forcément utiliser nos réserves ou faire appel au crédit, à fonctionner sur de la trésorerie, et ça fait que finalement on se retrouve à devoir entrer dans une période d'austérité", explique Cécile Coulon-Leroy, enseignante-chercheuse et déléguée syndicale SNEPL-CFTC. 

 

L'avenir financier de l'ESA questionne les salariés
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

En parallèle, le site d'Angers doit combler depuis plusieurs années le déficit du site de Saint-Quentin-en-Yvelines. "Ils ont fait le choix de s'installer sur un site qui n'est pas du tout approprié avec un loyer élevé, confie une salariée. Aujourd'hui, le site parisien manque d'effectifs. Ils ont à peine un tiers de ce qu'ils envisageaient et Angers doit combler leur déficit pour les pérenniser." Un trou qu'Angers a de plus en plus de mal à combler sans couper dans ses propres budgets. "Honnêtement, ces derniers temps, on a plutôt senti une crise de panique au niveau de la direction générale quand on nous a demandé dans les différents services de réduire les budgets. Dernièrement, le Conseil d'administration a voté un rapatriement de certaines activités du site de Saint-Quentin à Angers alors qu'il y a quelques mois ces questions-là n'étaient pas à l'ordre du jour", confie Cécile. 

 

Formations supprimées, surcharge de travail et détresse psychologique

 

Dans les services, la morosité générale se fait ressentir. "On a parfois des surcharges de travail qui sont plutôt dues à un manque d'optimisation de certains process ou même de partage des informations. Il y a certains services qui travaillent sur les mêmes projets sans se concerter. Il y a des communications entre les services qui passent mal. On a les périmètres des différents postes qui ne sont pas clairs. Du coup, on ne sait plus vraiment qui prend la décision. Et en faisant l'état des lieux de certains dysfonctionnements, on s'aperçoit que c'est justement notre structure qui, aujourd'hui, est peut-être atteinte ses limites par rapport aux nouveaux enjeux", énumère la déléguée syndicale SNEPL-CFTC.

 

Les salariés de l'ESA pointent de nombreux dysfonctionnements
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Dans le groupe de manifestants, certains salariés disent avoir atteint "le bout du bout". "Il y a beaucoup de mal-être au travail. On ne se sent pas reconnus, parfois mal traités par rapport à certaines situations qu'on nous impose. Il y a régulièrement des arrêts de travail pour détresse psychologique ou tout ce qu'on appelle les risques psychosociaux", confie Claudine Georges, enseignante. Dans son service, la participation de l'école aux voyages d'étude a été largement réduite. Auparavant, elle donnait 80 % de la somme, elle n'en donne plus que 20 %. "Il y a des étudiants qui ont été mis en difficulté", souligne Claudine. Et dans la chasse perpétuelle aux économies, des formations ont été supprimées, notamment sur l'enseignement à distance. "On a une formation qui a été fermée de manière brutale. Les étudiants ont été prévenus au dernier moment. C'est un peu complexe à gérer. On est constamment dans des contraintes sans véritable explication. C'est dur d'envisager l'avenir", souffle un salarié. 

 

Un groupe paritaire pour repenser l'ESA

 

À côté, Abderahmane Fadil, enseignant et délégué FEP-CFDT, acquiesce. "Vous avez des managers intermédiaires qui subissent aussi. Nous demandons à ce qu'ils aient des équipes stables dans une optimisation, bien entendu, et qu'ils aient les moyens pour pouvoir manager sans ce blocage dans le cadre de l'architecture matricielle d'aujourd'hui." Pour régler ces dysfonctionnements internes, l'intersyndicale réclame la mise en place d'un groupe paritaire pour retravailler sur la structure de l'ESA. "On demande à ce que très en amont les risques potentiels soient identifiés et finalement que des enveloppes budgétaires soient travaillées en fonction des différents projets, détaille Cécile Coulon-Leroy.  On a à coeur de maintenir une qualité de formation que tous ensemble on peut partager nos expertises, nos bonnes idées et construire l'ESA de demain. On veut faire comprendre à la direction générale et au Conseil d'administration qu'ils ont intérêt à travailler avec l'ensemble des salariés parce que les salariés sont vraiment attachés à l'école et attachés au futur de cette école."

Les syndicats réclament aussi des mesures pour favoriser le développement des carrières, le pouvoir d'achat des salariés et anticiper le futur des salariés dont le poste est menacé. Un nouveau CSE doit se tenir dans les prochains jours. Les syndicats n'excluent pas d'aller plus loin, si rien ne bouge.