Maine et Loire

Anjou Bleu. Ces friches industrielles qui pourraient plaire au cinéma

Avec huit productions sur son territoire depuis 2022, l'Anjou Bleu a mis un pied devant les caméras de cinéma grâce notamment à son patrimoine châtelain, mais l'Office de tourisme mise aussi sur ses anciennes friches industrielles pour attirer le 7e art. Il a organisé un ReperTour avec des professionnels du cinéma.

Publié : 12h10 par Alexis Vellayoudom

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Les professionnels du cinéma ont visité l'ex-usine électrique Paulstra à Segré
Crédit : ©Réjane PICAUT

Un polar dans l'ex-usine Paulstra, une histoire d'amour autour des fours à chaux d'Angrie ou la Mine bleue revivant son prestigieux passé minier ? Ce n'est pour le moment que de la fiction, mais c'est bien la volonté de l'Office de tourisme de l'Anjou Bleu. Le vendredi 17 juillet, il organisait un ReperTour avec des professionnels du cinéma : Julien Triger et Yann Leborgne, repéreurs de décors ; Grégory Morin, réalisateur ; Xavier Amblard, responsable de production notamment sur Le Chant du Loup ; Adrien Garçia, l'un des seuls armurier du cinéma ou encore Stéphane Nicloux, créateur sonore et Cécile Davoust, chargée de mission pour la ville d'Angers. Pendant une journée, ils ont visité quatre sites emblématiques : les fours à chaux de la Veurière à Angrie, l’ex-usine électrique Paulstra à Segré, le carreau des anciennes mines de fer de Bois II à Nyoiseau, et la Mine bleue à Noyant-la-Gravoyère.

 

« Cette ambiance particulière, on se croirait à Berlin » 

 

En 2025, neuf recherches de décors ont été menées sur le territoire et 57 décors suggérés, mais "jusqu’ici, on a beaucoup vu les châteaux, les bords de Mayenne, je me suis dit que l’on avait peut-être une carte à jouer avec ce patrimoine industriel", confie Alexandra Brisson. Et la directrice de l'Office de tourisme de l'Anjou Bleu a vu juste. "Ce sont des décors qui reviennent souvent parce qu'il y a un imaginaire autour des friches. Ça peut-être des films historiques ou même des polars", acquiesce Yann Leborgne, repéreur depuis plus de 30 ans.

 

ReperTour Friches Industrielles_17 07 26_©Réjane PICAUT

 

Et contrairement à ce que l'on peut croire, ces lieux laissent une certaine liberté aux professionnels du cinéma. "C'est des grandes surfaces assez modulaires, qui ont une photogénie très particulière, des endroits où beaucoup de choses sont possibles sans possibilité d'abîmer puisque c'est déjà à la base une friche. Si on doit construire à l'intérieur, c'est plutôt facile. Si on doit faire des dégâts contrôlés comme des explosions ou de la pyrotechnie, c'est possible, énumère Xavier Amblard. On arrive parfois à construire des éléments de décor à l'intérieur comme une sorte de pseudo studio. Après, évidemment, les conditions de sécurité ne sont pas tout à fait réunies, mais généralement, on fait passer les équipes avant pour protéger le site des problèmes. Mais avant tout, ce qui nous plaît, c'est la photogénie des endroits et les volumes, c'est des endroits qui ont une histoire, marqués par le passé."

C'est le cas, par exemple, sur l'ex-usine électrique Paulstra à Segré. "Cette ambiance particulière, on se croirait à Berlin. C'est une espèce d'air bizarroïde, mélange industriel et culturel, c'est une curiosité. De toute façon, les sites industriels comme ça, ont une âme, ce n'est pas pour rien que la culture s'y intéresse, puisque c'est de l'humain en fait, il y a la trace de l'homme", décrit Xavier Amblard.

 

Pourquoi les friches industrielles intéressent ?
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Et le producteur, au CV déjà bien fourni, a pris le temps aussi de voir plus large sur les sites proposés. "Sur les fours à chaux, on n'a pas eu le temps de voir la maison à côté. Et donc c'est vrai que là, j'imaginais déjà qu'il y avait des scènes qui étaient tournées dans la maison et dans le four. On imagine des choses comme ça, c'est-à-dire que même si on va voir l'usine électrique, on regarde le pont et on se dit qu'il est intéressant. C'est l'art de la combinaison parce qu'on ne va pas faire un film entier dans une usine électrique, mais c'est une phase extraordinaire les repérages, trouver des lieux, c'est le début de la création, c'est formidable."

 

« Pour nous, c'est un gain incroyable de temps »

 

Le producteur sait de quoi il parle. Sur l'un de ses derniers films, Astérix et Obélix : L'Empire du Milieu, il est allé dénicher un lieu en Auvergne. "On n'a pas été tourné en Chine, mais il fallait des plaines, et on se dit où est-ce qu'on va aller tourner ces scènes-là en France. Donc là, on est très en amont, on est trois mois avant. Je connaissais le plateau du Guéry, donc j'ai trouvé ça intéressant. Donc les repérages, c'est bien en amont parce que ça va déterminer pour la préparation l'endroit où on va se poser.

 

ReperTour Mine Bleue_17 07 26_©Réjane PICAUT (162)

 

Et pour ça, le ReperTour est un bon outil de travail, en plus des sites de référencement. "Il y a des pays qui le font, ils sortent le grand jeu. Je pense au Maroc, l'Espagne, beaucoup de pays de l'Est parce que c'est une économie pour eux comme la Hongrie, la Bulgarie ou en Roumanie, les Américains vont beaucoup en Roumanie. Tous les films de série B de Steven Spielberg ont été tournés là-bas, rappelle Xavier Amblard. L'affiche, on va dire que c'est comme une référence pour y penser. Parfois, une seule photo suffit pour se rappeler des endroits qu'on a vus. Après, il faut toujours qu'il y ait une rencontre avec un projet, un réalisateur, un sujet et un scénario."

 

Que pense Xavier Amblard du four à chaux d'Angrie et de l'ex-usine électrique Paulstra
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

À Segré, le travail de l'Office de tourisme est très apprécié. "C'est important d'avoir une personne référente, elle n'aura pas forcément le décor que je cherche, mais si je lui fais un brief, elle pourra transmettre l'information et fournir au bon réseau. Pour nous, dans cet amas de décors qui existent, c'est un gain incroyable de temps. On peut lui faire confiance", souligne Yann Leborgne qui travaille notamment pour des fictions de cinéma ou de séries télé. 

 

450 000 € de retombées économiques en 2025

 

Si l'Office de tourisme met les petits plats dans les grands pour continuer de faire monter ce chiffre de 125 jours de tournage depuis 2022, c'est parce qu'il n'est pas le seul sur le marché. La concurrence est rude entre les différents territoires, car les retombées économiques sont importantes. Par exemple, l'Anjou Bleu les estime à 450 000 € pour l'accueil de deux long-métrages en 2025. "Ça va dans les deux, c'est un intérêt partagé. Nous, on est un coup de projecteur sur un territoire et c'est un support de communication et économique pour eux", confie Yann. Et parfois la mise revient au plus offrant. "Un des premiers appels du pied pour les producteurs, ce sont les aides régionales", admet Xavier Amblard. 

Et pour Alexandra Brisson, les cartes sont aussi entre les mains des élus et des habitants. "Il faut avoir une fierté territoriale. C'est des territoires où on ne sait pas toujours se valorsier. Mais ces projets, ça créé de la fierté, de l'adhésion et on fait travailler des gens de milieux très différents. Le cinéma a rassemblé des gens d'un territoire qui ne se parlait pas forcément." Pour entretenir cette valorisation, l'Office de tourisme de l'Anjou Bleu a signé en 2023 une convention pour assurer la mission Accueil de tournages.