Vern d'Anjou. « Une situation discriminante », une maman dénonce la suppression du transport pour sa fille porteuse de trisomie 21
Depuis le 1er septembre, la Région Pays de la Loire a réorganisé son service de transport à la demande (TAD), mais ces changements ont impacté plusieurs personnes en situation de handicap en Maine-et-Loire et en Mayenne. C'est le cas d'Audrey, porteuse de trisomie 21 et habitante de Vern-d'Anjou, qui éprouve des difficultés pour rejoindre son Centre d'accueil de jour à Châteauneuf-sur-Sarthe.
Publié : 17h31 - Modifié : 17h31 Alexis Vellayoudom
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C'est un cas parmi d'autres témoignages. À Vern-d'Anjou, depuis le 1er septembre, Nadine n'a plus de solution de transport pour sa fille Audrey, porteuse de trisomie 21. Le réseau de transport régional Aléop a supprimé son transport à la demande (TAD), sans lui offrir d'alternative. Contrainte de faire avec les moyens du bord, elle évoque une situation "discriminante".
Un service indispensable
Depuis 2024, Audrey, 22 ans, passe la plupart de son temps au foyer Ipolaïs de Châteauneuf-sur-Sarthe, un centre d'accueil de jour (CAJ) qui propose chaque semaine des activités à des personnes en situation de handicap. "Audrey ne peut pas travailler. Le centre est important pour elle, ça lui permet d'avoir une vie sociale et d'être sollicitée. Elle apprend des choses nouvelles. Elle fait de la danse, de la cuisine, des photos, explique sa maman. C'est des choses qui lui permettent de grandir. Et le but, c'était qu'elle puisse continuer à voir des gens, et pas rester à la maison sans rien faire."
Pour couvrir les 60 km aller-retour entre Vern-d'Anjou et Châteauneuf-sur-Sarthe, Nadine fait appel au service de transport à la demande d'Aléop, c'est-à-dire un transport collectif sur réservation, dont l'expérimentation a démarré en 2023. Pendant deux ans, aucun problème à signaler, malgré le changement d'opérateur. Mais cet été les choses se compliquent, lorsque l'expérimentation se termine et que la Région réorganise le service. "Le 10 août, on a reçu un mail nous informant de la restructuration du transport à la demande. Quand j'ai voulu réserver pour le 1er septembre, ça m'a mis des messages d'erreur. Je les ai appelés, ils m'ont dit "votre transport est terminé". C'était l'arrêt pur et dur du service. Je n'ai pas eu d'autre solution."
Plusieurs personnes sont impactées
En fait, l'agente au bout du fil - embêtée - lui propose bien une alternative, mais bien trop longue pour sa fille. "On me proposait de la monter au point Aléop à 200 mètres de chez nous, pour qu'elle prenne un car à 6h30 vers Angers. Elle aurait dû ensuite attendre 3h, et prendre un autre bus pour aller à Châteauneuf-sur-Sarthe, donc un trajet de plus de 4h par jour pour y aller. Et je ne parle pas de revenir à la maison", rouspète Nadine.
Heureusement, la petite famille peut compter sur la solidarité. "Le centre de Châteauneuf-sur-Sarthe a été à l'écoute. Ils nous ont proposé de pouvoir venir la chercher au Lion d'Angers", raconte la mère. "On mobilise une salariée pour faire 50 km aller-retour et prendre Audrey. C'est un coût pour nous, mais c'est surtout un pansement, car ça ne pourra pas devenir pérenne, confirme Charles Parnet, directeur général d'Ipolaïs. Le vendredi, on n'a pas de solution, donc c'est une demi-journée en moins pour Audrey. Ce n'est pas neutre pour une personne qui en a besoin." Au sein de son établissement, la réorganisation du TAD a aussi impacté deux autres personnes. "Mais pour elles, on est en discussion avec la Région pour ajouter des trajets sur la ligne ordinaire 411. On attend un retour."
Du côté de la famille d'Audrey, cela a nécessité quelques adaptations. "Je la dépose le matin. Et par contre, le soir, c'est mon mari qui, lui, travaille sur Angers, qui doit faire le détour à Châteauneuf-sur-Sarthe pour aller la chercher, puis rentrer à Vern-d'Anjou. Au niveau de son travail, ça a d'énormes conséquences, il est obligé de terminer une heure plus tôt, donc de commencer une heure plus tôt. Ca remet en cause notre système de vie au niveau de la famille. C'est beaucoup plus fatigant pour lui. Et puis évidemment, il y a un coût de l'essence avec les 2,30 € le litre en ce moment, ce n'est pas négligeable."
« Ça impact l'audotermination des personnes en situation de handicap »
Sur une pétition en ligne lancée sur le site change.org par un habitant d'Evron (Mayenne), plusieurs témoignages vont dans son sens. "Mon fils de 20 ans atteint d'un handicap ne peut plus rejoindre son ESAT de référence ou il effectuait une formation. Cette décision entraîne des conséquences graves. On préfère laisser des gens chez eux toucher l'AAH plutôt que de travailler et d'avoir une vie sociale ?", s'interroge une habitante d'Ancenis. Ou encore une famille installée à Houssay (Mayenne) qui explique à nos confrères de Ouest-France que leur fils, atteint d'autisme, n'a plus de transport à la demande pour participer à ses activités sur Château-Gontier.
"Je trouve ça scandaleux et honteux de faire de la discrimination dans ce sens. Et le fait de ne pas avoir de réponse, contrairement à ce que monsieur Roch Brancour, vice-président en charge des Transports, a pu dire dans les médias, ça m'a encore plus énervée, appuie Nadine. Il ne faut pas oublier que les personnes en situation de handicap votent." Nadine n'a pas eu de réponse directe de la Région, elle a donc écrit au président de la République, au préfet de Maine-et-Loire et à la ministre déléguée, chargée de l'autonomie et des personnes handicapées. Les trois lui ont répondu, mais sans pouvoir changer la situation. La maman d'Audrey compte désormais faire appel au Défenseur des droits et l'association APF France handicap.
De son côté, l'établissement Ipolaïs déplore une "communication brutale de la Région" qui n'a pas permis "d'anticiper". Avec d'autres établissements, ils se sont rassemblés en collectif pour tenter de rencontrer Roch Brancour, vice-président de la Région, en charge des transports. "On veut être constructif, proposer, par exemple, des lignes à des heures qui permettraient d'avoir du temps partiel, ce qui correspond davantage à ces personnes en situation de handicap, explique Charles Parnet. Mais la Région doit aussi comprendre que la réorganisation de ce service public impact l'audotermination des personnes en situation de handicap. Quand on modifie l'offre de service public, très clairement, on impact le choix de déplacement de ces personnes."
« Ni supprimé, ni abandonné », se défend la Région
Contactée, la Région Pays de la Loire affirme n'avoir "ni supprimé, ni abandonné" le transport à la demande, mais réorganisé le service. Après une expérimentation débutée en 2023, elle a décidé de "pérenniser" et "généraliser" le service à l'ensemble des Pays de la Loire d'ici 2027. "Mais le modèle expérimenté jusqu’ici ne peut pas être généralisé en l’état. Des prises en charge très individualisées, parfois comparables à un service de taxi, ont conduit à des coûts qui ne sont pas soutenables dans la durée" peut-on lire dans un communiqué.
Selon la collectivité, ces situations concernent une cinquantaine de personnes sur près de 9 000 usagers. Elle justifie sa position : "le TAD régional est un service de mobilité ouvert à tous. Il n’a pas vocation à se substituer à des transports spécialisés relevant d’autres collectivités ou instances, notamment pour assurer quotidiennement un même trajet vers un établissement médico-social. Durant l’expérimentation, il a néanmoins pu apporter une solution à certaines de ces situations et la transition vers un service pérenne conduit à clarifier ce périmètre." La collectivité confirme tout de même que des discussions sont en cours avec les 17 établissements concernés pour trouver des "solutions adaptées", tout en précisant que la Région "ne peut durablement prendre en charge, à travers le TAD, des missions qui ne relèvent pas de sa compétence", et appelle les intercommunalités à prendre leur responsabilité.
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