Balcons d'Angers : les vies bouleversées des victimes au procès

Maine et Loire 

1er mars 2022 à 19h07 par Coralie Juret

Au 14e jour du procès pénal qui se tient depuis trois semaines à Angers, les victimes du drame de la rue Maillé ont continué à raconter l'après et pour certains la descente aux enfers.

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L'audience s'est ouverte le 9 février dernier au tribunal d'Angers.
Crédit: CJ

"Des traumatismes et des cicatrices indélébiles". Ce sont les traces qu'a laissé le drame des balcons chez les victimes et leurs proches, après l'effrondrement au 4e étage de l'immeuble Le Surcouf, le 15 octobre 2016 rue Maillé à Angers.

Il y a d'abord les chairs meurtries, des contusions aux fractures en passant par les luxations. Avec parfois de longues rééducations, ou cette prise en charge calamiteuse de Julia, dont le sacrum s'est brisé dans la chute. Les séquelles physiques comme cette "cicatrice assez conséquente à l'épaule qui rappelle le traumatisme de l'accident" à Cécile et sur laquelle elle ment, ou des douleurs aux cervicales qui "ruinent la vie" d'Anthony.

La souffrance physique, et psychique : les jeunes, présents ou non sur le balcon ce soir-là souffrent tous de stress post-traumatique, "des reviviscences en permanence". "La vue des gyrophares la nuit et le son des sirènes étaient une vraie source d’angoisse" pour cette étudiante en médecine pour qui c'est pourtant le quotidien après le drame. "L'insouciance était enlevée d'un coup" à ces jeunes adultes qui avaient alors entre 19 et 27 ans.

 

"J'imaginais mon propre enterrement"

 

Il y a l'hypervigilance, et les cauchemars qui réveillent la nuit : "J’imagine mon propre enterrement, la musique qu’on aurait mis, le type de fleurs" détaille Cécile... "Plusieurs fois le drame refaisait surface de manière inopinée et revenait comme une gifle", raconte un jeune homme, élève en architecture à l'époque. Comme quand son prof de structure prend l'exemple des balcons d'Angers quelques mois seulement après leur effondrement, devant une classe stupéfaite.

Les jeunes participants à la soirée, tombés ou non décrivent aussi l'impossibilité de se motiver pour travailler après le drame, et pour certains la descente aux enfers, les excès d'alcool et de cigarette, le manque d'appétit, la colère... La culpabilité : "je ne me sentais pas légitime d'aller mal, c'était une sorte de tabou" confesse Adèle. Ou le déni, ce deuil impossible face à "la brutalité de la mort de quatre jeunes qui avaient toute la vie devant eux".

Des émotions enfouies que le procès fait aujourd'hui ressurgir. Le procès "m’a aussi permis de comprendre l’ampleur de ce qu’on a vécu, il m’a montré qu’on est nombreux à souffrir" note Youri, qui se considère comme un "miraculé". "Qu’ils réfléchissent à deux fois avant de faire appel", lance Cécile à l'attention des prévenus, "car ce procès provoque en nous une ouverture de plaie si douloureuse"

Les plaidoiries ont débuté ce matin avec les avocats des parties civiles.