CHU d'Angers. Ce caisson en forme de sous-marin, plonge des patients après-cancer ou intoxiqués dans la médecine subaquatique
Depuis 50 ans, le CHU d'Angers pratique l'oxygénothérapie dans un caisson hyperbare pour favoriser la cicatrisation des tissus après le traitement de cancers, notamment de la prostate, mais aussi sur les patients victimes d'accidents de plongée ou d'intoxications. Près de 200 patients par an bénéficient de ce soin.
Publié : 30 octobre 2026 à 22h41 - Modifié : 30 octobre 2026 à 22h42 Alexis Vellayoudom
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C'est un anniversaire peu commun que vient de fêter le centre hospitalier d'Angers. Il y a 50 ans, le CHU se dotait de son premier caisson hyperbare, où sont pratiquées 3 500 séances d'oxygénothérapie par an, pour près de 200 patients. Plongez dans un service peu connu de l'hôpital.
« C'est surtout des gens guéris de leur cancer mais qui ont des séquelles de la radiothérapie »
Ils s'appellent Nautilus, Odyssée et Nemo, mais ces trois caissons, semblables à des sous-marins, ne vont pas sous l'eau. Pour les trouver, il faut naviguer dans les entrailles du CHU, du côté du département de médecin intensive - réanimation et médecine hyperbare, au nord de l'établissement. "Ici, on accueille des Ligériens, mais aussi des patients de Bretagne, de Normandie, du Centre-Ouest, mais aussi, parfois, de la région parisienne et de Poitiers", indique Vincent Souday, responsable de l'unité de médecine hyperbare depuis le début des années 2000.
Car Angers abrite l'un des 23 centres de France, dont le deuxième de l'Ouest, capable de dispenser des séances d'oxygénothérapie hyperbare en urgence ou dans le cadre de traitements programmés. "Les gens font souvent une analogie avec les accidents de plongée, mais ce n'est pas l'essentiel de notre activité. C'est surtout des gens guéris de leur cancer mais qui ont des séquelles de la radiothérapie, environ 5 % des patients. Et ça se manifeste par des lésions sur des tissus qui ne cicatrisent pas, qui provoquent des problèmes de saignement dans les urines, notamment sur des cancers du pelvis qui ont été irradiés. On fait ça aussi pour des gens qui ont des artérites, du diabète ou chez des gros tabagiques. Et puis, on traite aussi de la traumatologie, des écrasements de membres avec des délabrements des tissus mous où, effectivement, on limite les risques de reprise chirurgicale et d'amputation grâce à ces séances."
L'oxygène pour cicatriser
Mais la cicatrisation ne se fait pas en un jour. Sur quatre semaines consécutives, les patients doivent effectuer une quarantaine de séances, à raison de deux par jour. Ce jeudi, neuf personnes participent à la séance, accompagnées par une infirmière. À l'intérieur, les patients, assis ou allongés, disposent d'un poste à oxygène avec un masque. L'opération démarre par une mise sous pression progressive pendant 15 minutes. "On va descendre jusqu'à 1,5 bar, soit l'équivalent de 15 mètres de profondeur", précise Mélanie Chenot-Chartier.
L'infirmière observe les patients via le poste de contrôle à l'extérieur. "C'est les premiers mètres où on est le plus vigilant, parce que la pression augmente, et donc, il faut équilibrer ses oreilles par rapport à la pression. Comme dans un avion où on a les oreilles qui ont tendance à se boucher, c'est exactement pareil. Pour ça, on utilise les méthodes de Valsalva, comme les plongeurs, ou autrement, déglutir, se moucher, mâcher, mastiquer, ça marche aussi."
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Pendant deux heures, les patients vont devoir passer le temps en lecture ou en musique, tout en supportant la chaleur et l'air oppressant. "On va chercher à réoxygéner leurs tissus, explique Vincent Souday. L'oxygène dans l'organisme peut être transporté par les vaisseaux sanguins ou l'hémoglobine, et souvent dans ces lésions il y a des altérations des vaisseaux qui font que l'oxygénation se fait moins bien. Et comme l'oxygène, c'est la source d'énergie pour les cellules et pour cicatriser, et bien ça ne cicatrise pas. Avec les séances, ce qu'on va obtenir c'est des quantités d'oxygène sous forme dissoute qui vont être très importantes dans l'organisme, et par conséquent si le problème est vraiment lié à un manque d'oxygène, on peut aider à la cicatrisation."
Ce jour-là, parmi les patients, Jean-Pierre Fourgoux. Ce Nantais sort d'un cancer de la prostate. "Après avoir fait les séances de radiothérapie, j'ai eu un problème de miction. C'est-à-dire que je vais pisser 8 à 10 fois dans la journée." Pour éviter l'opération, son urologue l'a orienté vers l'oxygénothérapie. "Mais j'ai pas de chance, car, à priori, mon problème se trouve dans la loge prostatique et l'urètre, donc je n'ai pas trop d'effets. En revanche, j'ai un Mayennais avec moi, lui, il voit une amélioration sur son problème de saignement." Mais l'octogénaire y trouve tout de même son compte. "Il y a un partage d'expérience qui est important, d'autant que c'est toujours difficile d'aborder ces problèmes de masculinité. Ça fait un soutien moral. Et puis les infirmières sont géniales, elles nous dorlotent et nous rassurent."
Plongée et intoxication
Si la majorité de l'activité concerne des personnes souffrant d'effets secondaires des radiothérapies, le département hyperbare en accueille aussi d'autres. Pour les plongeurs en loisirs, par exemple, le passage est obligatoire, afin de vérifier qu'ils ne présentent aucune contre-indication. Le service voit aussi passer des patients victimes d'intoxication au monoxyde de carbone et d'embolie gazeuse. "Mais on a aussi des personnes en bonne santé, s'amuse le Dr Souday. On a des scaphandriers du secteur du bâtiment, ceux qui produisent des moules, les mytiliculteurs ou encore des scientifiques, des professionnels des parcs animaliers et même des acteurs du Puy du Fou."
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Et puis, logiquement, les étudiants en formation doivent aussi y passer. "Mais c'est vrai qu'on a du mal à se faire connaître, car les élèves ne sont pratiquement jamais confrontés à la médecine subaquatique, il faut attendre la 6e année", souligne le responsable du service. Cet anniversaire devrait permettre au service de sortir des abysses de la médecine.
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