En Maine-et-Loire. La canicule a-t-elle un impact sur notre ressource en eau potable ?
Alors que le Maine-et-Loire vit un épisode de canicule prolongé, la sécheresse engendrée pose aussi la question de la ressource en eau potable. Les premiers signes de vigilance apparaissent avec un puits fermé. Entretien avec Etienne Glémot, président du Syndicat d'Eau de l'Anjou, qui gère l'eau pour 62 communes.
Publié : 22h24 - Modifié : 22h24 Alexis Vellayoudom
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L'eau va t-elle manquer en Anjou ? En France, de plus en plus de territoires connaissent des pénuries d'eau dûes aux vagues successives de chaleur et de sécheresse. Chez nous, en Maine-et-Loire, l'heure n'est pas à la panique, mais la situation est préoccupante pour les prochaines années. Entretien avec Etienne Glémot, président du Syndicat d'eau de l'Anjou, troisième opérateur des Pays de la Loire, qui régit la gestion de l'eau pour 62 communes du département et vend 10 millions de mètres cubes par an.
Etienne Glémot, on est en plein épisode de canicule et de sécheresse, quelle est la situation sur le secteur que vous gérez ?
Très clairement, on a un gros sujet devant nous sur l'eau. En Bretagne, à partir du 1er avril, 50% de l'eau potable qui est distribuée, c'est de l'eau de stockage. Nous, en Maine-et-Loire, aujourd'hui, on ne stocke pas, puisqu'on a la Loire, et on pompe dans des nappes de sous-sol, dans la Mayenne. Donc on est très dépendants des niveaux de nos rivières. Et aujourd'hui, à l'heure où on parle, sur l'usine de Saint-Georges-sur-Loire, il y a trois puits, et il y a un puits qui est arrêté. Parce qu'en fait, il n'y a plus assez d'eau au-dessus. On abîmerait le puits en continuant à pomper dedans. Pour le moment, les deux autres fonctionnent.
Concrètement, ça veut dire qu'aujourd'hui, on achète 900 m3 d'eau par jour à Angers Loire Métropole depuis qu'on a arrêté le puits la semaine dernière. Ce n'est pas quelque chose d'exceptionnel, mais en fait, c'est parce que le niveau de la Loire baisse. Et on se retrouve dans la situation en 2022 où on était à trois jours d'arrêter l'usine. Il restait 10 cm. Et si la Loire descendait encore de 10 cm, on arrêtait l'usine. Quand vous arrêtez une usine d'eau potable, ce n'est pas sans conséquences pour les canalisations.
Il y a eu très peu de pluie ces dernières semaines, est-ce qu'il y a un risque de pénurie d'eau potable ?
On ne se considère pas en alerte rouge. Dès qu'on a un aléa, on communique. Hier après-midi, ça a cassé en fin de matinée à Saint-Jean-des-Mauvrets. On a envoyé un SMS aux 4 800 habitants concernés. Aussitôt, on a vu que la consommation baissait 30 %. En fait, ça nous a beaucoup aidés, parce que ça nous a évité de vider tous les réservoirs. Aujourd'hui, on est dans une situation sur la Loire, pire qu'en 2022, à la même époque. Après contrairement à 2022, les barrages qui sont en amont, ont été très bien remplis cet hiver, donc on n'est pas inquiets là-dessus, on est plutôt sereins. Par contre, c'est vrai qu'on a été surpris, de déjauger un des trois puits d'usine de Saint-Georges-sur-Loire, donc on voit bien qu'on peut rester fragile. On est en vigilance, mais pas en alerte. Mais bien évidemment, aujourd'hui, on ne peut pas se permettre de gâcher l'eau. L'eau, c'est une richesse, c'est la vie, donc il faut vraiment qu'on la préserve dans cet esprit-là.
La responsabilité des consommateurs, c'est un enjeu important ?
Les gens consomment différemment. Lors du premier épisode de canicule au début du mois de juillet, on a eu un problème de livraison d'eau à Chazé-sur-Argos. C'est un endroit où il y a beaucoup de consommation d'eau, mais ce n'est pas un endroit où on en produit. En fait, il faut déplacer l'eau. C'est pour ça qu'on a beaucoup d'ouvrages. Nos pompes de refoulement tournet 22 heures sur 24 pour essayer de recharger les réservoirs. On a fait une communication auprès de la population pour dire qu'on n'arrivait plus à suivre. Si on consomme trop, il n'y a plus de pression, etc. C'est là qu'on a beaucoup des problèmes de décolmatage dans les tuyaux. Le consommateur doit faire attention. Là, c'est vrai qu'il fait chaud, mais il ne faut pas prendre quatre douches par jour pour se refroidir.
Pour revenir à la canicule, elle impacte forcément nos quantités disponibles, mais aussi la qualité ?
Oui, quand on arrive sur des périodes d'étiage très basses, la pollution est plus concentrée. Et l'une des difficultés qu'on a, c'est que quand la pollution est concentrée, il faut qu'on arrive à l'enlever aussi. Ça coûte plus cher. Ca use les charbons actifs. On a du charbon en poudre pour absorber les pollutions. Et quand on a des grosses concentrations, on est obligé de ralentir les flux. Là aussi, on ne réussira pas sans une réponse globale. Après, pour ne pas trouver de pollution, l'idéal, c'est de ne pas en mettre. Et le pollueur, j'allais dire, c'est l'homme. Quand vous rentrerez chez vous ce soir, vous ouvrirez les armoires de la salle de bain et vous allez compter, le nombre de produits ménagers avec des produits chimiques que vous utilisez. C'est effrayant. Très sincèrement, il faut que l'on réfléchisse à l'intérieur des maisons, le vinaigre blanc, c'est très bien.
Après, c'est aussi un sujet agricole, il faut que l'on aide les agriculteurs à se passer de ces intrants. Et les industriels font des efforts, même s'il existe toujours la question des PFAS qui finissent dans les rivières. Mais c'est sur toute l'activité humaine, d'une manière générale, qu'il faut changer les choses. Il faut qu'on fasse de la médiation, qu'on mette en avant certains produits, et consommer local, généralement, c'est toujours mieux. Il faut qu'on change nos modes de vie, quelque part.
Ca va coûter de l'argent ?
Forcément ! L'eau paye l'eau. On a 5 000 km de réseau, il faut les entretenir. Alors c'est vrai qu'Angers, ils ont des grosses usines, mais ils ont beaucoup moins de réseau. C'est-à-dire que le nombre d'habitants au kilomètre de réseau est beaucoup plus nombreux. Donc en fait, ça leur coûte moins cher. Nous, aujourd'hui, on a les moyens d'entretenir nos réseaux, soit 0,75% de notre réseau par an. C'est-à-dire qu'on passe devant chaque tuyau tous les 130 ans. C'est chaud, on n'est pas certain qu'il tiendra autant. La canalisation qu'a cassée hier après-midi au sud d'Angers, sur le réseau de Saint-Jean-des-Mauvrets, elle a cassé sous un pont. Je suis certain qu'il n'y a pas 100 ans qu'elle était posée
Il y a un travail aussi autour de l'agriculture ?
Les agriculteurs ont besoin de nous parce qu'on a des millions de mètres cubes qui passent l'hiver chez nous et qu'on ne retient pas. Leur fameuse manifestation des 3h45, c'est leur besoin annuel qui passait dans la Loire après les inondations. Quand je vois que pour les maraîchers de la Loire, c'est parfois compliqué car ils n'ont plus d'accès à l'eau, ça veut dire que c'est la fin du maraîchage ? Et on va acheter nos produits à l'étranger ? L'évolution du climat nous perturbe tous. Il faut faire des retenues d'eau pour pouvoir irriguer et pour pouvoir boire, mais aussi pour les entreprises, l'activité économique. Là, en Île-et-Vilaine, il y a une usine qui a arrêté depuis quelques jours pour un problème d'eau. Donc ça veut dire qu'il faut être intelligent, il faut pomper quand l'eau passe et va à la mer. Et bien évidemment, il ne faut surtout pas pomper dans les nappes l'été. On commence à avoir plein d'études sur ces sujets-là. L'évaporation, c'est entre 2 et 7 %, en fonction des conditions. Mais c'est sûr qu'il faut que nos universitaires, les hydrobiologistes, les géologues, le BRGM, se mettent autour de la table pour savoir à quel moment on peut pomper.
Vous dîtes que les solutions sont multi-factorielles. Qu'entendez-vous par là ?
Par exemple, la protection des zones humides. On développe beaucoup de politiques sur le grand cycle de l'eau. C'est vrai que c'est casse-pieds, toutes ces lois. Moi le premier, quand je suis maire, j'ai une zone humide, c'est pas de bol. Mais ça veut dire qu'il faut qu'on en restaure, qu'on renature à certains endroits, qu'on préserve. L'activité humaine, il faut qu'elle puisse se faire, mais à côté de ça, il ne faut pas qu'on oublie l'essentiel, c'est-à-dire préserver partout où on peut, reméandrer, remettre du vert partout en ville, pour qu'elles ne chauffent pas. Par exemple, l'enrobée, ce n'est pas bien pour ça. On doit désimperméabiliser nos sols. Il y a un problème aussi sur l'habitat qui n'est pas adapté aux chaleurs et nous oblige à consommer plus d'eau.
On a aussi un travail à faire sur la restauration des mares. Chez nous, à la Communauté de communes des Vallées du Haut-Anjou, les mares de moins de 500 m², on les restaure. Là, il y en a encore 13 qui vont être faites cette année, mais on doit arriver pas loin de 180 mares qui ont été faites et on en a plus de 1 000 à faire, donc banzai ! Mais chaque jour, il faut faire sa part. Et petit à petit, on va restaurer les mares. Ça va faciliter le remplissage des nappes. Parce qu'aujourd'hui, le sol est tellement sec que l'eau ne va pas pénétrer. Donc on a besoin du consommateur, du producteur d'eau, c'est-à-dire nous, le Syndicat d'Eau de l'Anjou et on a besoin que les rivières soient dans un bon état.
Quels sont les investissements prévus pour faire face à ces épisodes dans les prochaines années ?
On a des plans d'investissement, on a fait beaucoup de feeders ces dernières années. Concrètement, c'est des autoroutes de l'eau, des tuyaux qui font au moins 20 cm de diamètre, qui permettent de faire transiter des grandes quantités d'eau. Parce qu'on savait que sur certains secteurs du Maine-et-Loire, on ne serait plus en capacité de fournir, en cas de forte demande. Ca augmente notre capacité à répondre à des besoins importants.
On a aussi une usine qui est en train de se construire dans le Baugeois, c'est 13 millions d'euros. Et on en fait une à Saint-Georges-sur-Loire, c'est 10 millions d'euros. En revanche, même si on a fermé l'usine de Segré, on conserve le puits. Parce qu'aujourd'hui, un forage, c'est un bien précieux. Et on est même en train de regarder, dans les mines du côté de Noyant-la-Gravoyère, si on pourrait aller pomper dedans. Elles sont très chargées. Il y avait des tests qui avaient été faits à un moment, mais lorsqu'on pompait, le niveau baissait. Donc ça, ce n'est pas bon signe. Ça veut dire que ce n'est pas une ressource. Alors que si on pompe et que le niveau se maintient, là, il y a une ressource. C'est pour ça qu'on fait des tests. On cherche de l'eau enfaite, mais pas dans les nappes profondes, car ça changerait le métabolisme de la surface.
Un dernier mot ?
On est en période estivale, il faut faire très attention à nos consommations. Quand on se brosse les dents, on ne laisse pas le robinet couler. Il y a des euros qui coulent en même temps, ou parce qu'il a fallu chauffer l'eau, quand vous êtes sous la douche. Et si je lave les légumes, je le fais au-dessus d'un seau, puis le seau, il finit dans le jardin, au lieu de rouvrir le robinet, s'il y a de l'eau qu'on peut sauver. C'est vraiment ça le message en période estivale.
Le Syndicat d'Eau de l'Anjou en quelques mots :
12 usines et 71 réservoirs réparties sur Anjou-Loir et Sarthe, les Vallées du Haut-Anjou, Anjou Bleu Communauté et Loire-Layon-Aubance, soit un territoire de 160 000 habitants. 41 personnes travaillent au sein du syndicat
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