Pesticides. Une agricultrice de Brissarthe décédée, sa tumeur cérébrale bientôt inscrite au tableau des maladies professionnelles ?

Maine et Loire

Le 6 novembre 2023, le tribunal d'Angers a reconnu le glioblastome d'Odette Gruau, décédée en juin 2020, comme maladie professionnelle dû, en partie, à l'utilisation de pesticides. Le collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'Ouest veut désormais faire inscrire cette tumeur cérébrale au tableau des maladies professionnelles.

7 décembre 2023 à 10h06 par Alexis Vellayoudom

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Le collectif veut faire inscrire le glioblastome sur le tableau des maladies professionnelles
Crédit : Facebook - collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'Ouest

C'est une victoire pour la famille d'Odette Gruau. En juin 2020, cette agricultrice de Brissarthe, qui élevait des pigeons et entretenait 35 hectares, décède d'un glioblastome, une tumeur cérébrale. La famille, persuadée que l'utilisation des pesticides a joué un rôle dans cette maladie, fait appel au collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'Ouest. Après des démarches déboutées, le 6 novembre dernier, le tribunal d'Angers a finalement donné raison aux soutiens d'Odette, et reconnu le caractère professionnel de sa maladie. Désormais, le collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'Ouest veut se battre pour faire inscrire le glioblastome dans le tableau des maladies professionnelles. Entretien avec Michel Besnard, le président de l'association. 

 

Michel Besnard, pourquoi cette décision du tribunal d'Angers est si importante ? 

 

"C'est important parce qu'Odette est la sixième personne pour laquelle on obtient cette reconnaissance de maladie professionnelle de la tumeur cérébrale. Les cinq autres fois, ça c'était fait de manière différente. Ca avait été reconnu directement par le Comité de reconnssaince des maladies professionnelles, composé de médecins et qui dépend de la MSA, la Mutualité Sociale Agricole".

 

Qu'est-ce que ça change pour le conjoint d'Odette Gruau
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Pour le cas d'Odette, comment se fait-il qu'il ait fallu aller jusqu'au tribunal d'Angers ?

 

"Parce que la Mutualité sociale agricole avait refusé de reconnaître cette maladie comme étant professionnelle. Le Comité de médecins avait débouté la demande à deux reprises. C'est normal, car elle n'est pas répertoriée comme maladie professionnelle, jusqu'à présent. Mais, nous, personnellement, on était scandalisé par la justification de ces refus par ces médecins. Odette, avant d'avoir la tumeur cérébrale, a eu deux autres cancers. Un cancer du sein et un cancer de l'utérus. Et pour ces cancers, elle a subi des radiothérapies. Et quand une maladie n'est pas inscrite officiellement dans le tableau de maladie professionnelle, il faut qu'il y ait un lien direct et essentiel. Essentiel, ça veut dire unique. Et ce collège de médecins a dit, elle a eu deux cancers, on lui a fait des radiothérapies, ça pourrait être les radiothérapies. Ils ne nient pas le possible lien avec les pesticides, mais ils nient le fait que ça soit le seul lien. Donc ils ont refusé de reconnaître et c'est pour ça qu'on a été au tribunal d'Angers et la juge nous a donnés raison contre l'avis des deux comités de reconnaissance de maladie professionnelle de la MSA".

 

Qu'est-ce que ça va changer pour le conjoint et la famille d'Odette ?

 

"Il y a deux conséquences. D'une part, le fait de reconnaître que les pesticides peuvent entraîner une tumeur cérébrale, ça montre bien que ces produits sont extrêmement dangereux et que ceux qui les utilisent, s'exposent à des maladies de ce type-là. Le deuxième aspect qui est plus terre-à-terre, c'est que ça permet à son conjoint de bénéficier d'une rente assez conséquence jusqu'à la fin de ses jours. Et s'ils avaient eu des enfants de moins de 21 ans, ils auraient bénéficié d'une allocation jusqu'à leur 21 ans, d'environ 3 000 € par enfant". 

 

 

Le collectif de soutien aux victimes des pesticides veut aller plus loin dans le combat
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Vous le disiez, Odette, est la sixième personne dont le glioblastome est reconnu comme maladie professionnelle, est-ce que ça va faire bouger les lignes ? 

 

"Ce sont six personnes reconnues en l'espace de trois ans. A chaque fois, ce sont des combats longs et douloureux pour les malades. C'est des combats qu'il est difficile de mener seul, il faut des associations comme la nôtre derrière pour guider, accompagner, soutenir, et il faut un avocat pour défendre. Dans le cas présent, c'est Maître Hermine Baron qui nous accompagne dans tous ces dossiers. Maintenant, on veut passer à un stade supplémentaire, c'est-à-dire qu'au lieu de mener des combats individuels qui sont très lourds à porter, on voudrait qu'il soit inscrit de manière officielle que les tumeurs cérébrales, pour ceux qui ont utilisé des pesticides, peuvent avoir comme origine l'utilisation des pesticides, ce qui allégerait cette reconnaissance et allégerait les démarches à accomplir. Je ne dis pas qu'elle supprimerait, mais allégerait. Pour demander l'inscription de cette maladie dans le tableau des maladies professionnels, on envoie une lettre à la Première ministre, au ministre de l'Agriculture, de la Transition écologique, au ministre de la Santé et au président de la COSMAP, la commission supérieur des maladies professionnelles qui est consultative auprès du ministère de l'agriculture pour proposer l'inscription de nouvelles maladies dans le tableau de maladie professionnelle. On veut médiatiser la situation de cette maladie pour qu'elle soit reconnue comme étant liée aux pesticides pour ceux qui en ont utilisés".

 

L'équipe du Maine-et-Loire du collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'Ouest se tient à la disposition des familles qui souhaitent être accompagnées dans leurs démarches de maladie professionnelle.