Procès Iganache : « je ne pensais pas que je puisse faire partie de ceux qui combattent », le témoignage de cette femme qui a tenu tête à son agresseur
Hier, la cour d'assises d'Angers se penchait sur les faits qui se sont déroulés à Chailland en juin 2023 lors de la cavale meurtrière de Stéphane Iganache qui a fait deux morts. La femme étranglée dans la soirée du 28 juin reste marquée par cet événement, elle raconte comment elle a survécu à son calvaire.
Publié : 10h00 par Alexis Vellayoudom
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"J'ai toujours peur quand quelqu'un commence à hausser la voix. Il faut que je m'en aille, j'essaie de fuir cet état de stress", confie cette jeune femme, aujourd'hui âgée de 26 ans. Trois ans après les faits, cette Mayennaise mesure "la chance" qu'elle a d'être à la barre pour "vous raconter ce qui s'est passé". Le 28 juin 2023, vers 19h30, cette professionnelle de la santé rentre chez elle, une maison qu'elle vient d'acquérir, légèrement excentrée de la petite commune de Chailland au nordde la Laval. "Je suis rentrée un peu plus tard que d'habitude parce que je suis allé faire des petites courses", raconte la victime.
En poussant la porte, elle tombe sur Stéphane Iganache en train de monter les escaliers du sous-sol. L'homme est dans la maison depuis au moins deux heures. Il s'est infiltré par une fenêtre du sous-sol après avoir caché son véhicule volé dans des broussailles, à une dizaine de mètres plus loin. "Je pensais que la maison était abandonnée. Je suis rentré pour me reposer et j'ai regardé la télé", explique le prévenu de 45 ans. Face à cet homme, dont elle ignore qu'il vient de tuer Adélaïde Duplouy quelques jours plus tôt, la jeune femme garde la tête froide. "Je lui ai dit calmement qu'il n'avait pas le droit d'entrer comme ça chez les gens, qu'il devait partir et que ce n'était pas une manière de faire." Elle menace d'appeler la police, lui s'énerve. Une altercation verbale démarre.
"Je me suis réfugiée dans la salle de bain, je voulais appeler la police, mais je me suis trompée de numéro et j'ai fait le 15", sourit aujourd'hui la Chaillandaise. Au bout du fil : une opératrice du Samu. Le coup de fil a été enregistré, le président du tribunal Xavier Lenoir décide de le passer dans la salle. Pendant trois minutes, on entend la jeune femme tenir tête à Stéphane Iganache, tout en tentant de le raisonner. "Vous n'avez pas à prendre le téléphone des gens." Lui, tente de lui subtiliser le téléphone, qui tombe à plusieurs reprises. "C'était une sorte de chamaillerie. Il avait l'air tranquille et serein", raconte la jeune femme.
Un calvaire en trois étapes
Mais l'altercation monte d'un cran. Sentant le danger, on entend l'opératrice du Samu demander à plusieurs reprises à la jeune femme de décliner son adresse. La réponse n'est pas claire. La suite, c'est la Mayennaise qui le raconte : "Il va me plaquer contre la porte des toilettes et il m'étrangle. J'essaye de me débattre. Je ne peux pas crier et je n'ai pas réussi à l'arrêter, malgré les coups de pied que je lui ai donné, et d'un coup, ça s'arrête". Pour qui ? Pourquoi ? "J'avais des visions d'Adélaïde et du coup j'ai arrêté", se défend l'accusé.
Mais le calvaire n'en reste pas là. Stéphane Iganache retourne vers la cuisine et s'empare des clés de voiture. Là encore, la jeune femme fait preuve d'un extrême courage. "J'ai une pulsion pour lui dire qu'il n'a pas le droit de prendre les clés d'une voiture qu'il ne connaît pas." Elle s'oppose à son départ, se dresse devant la porte d'entrée et fait face. Énervé, l'accusé la roue de coups. "Je vais me recroqueviller pour me protéger, mais ça a été un déferlement de violence. Je me faisais battre. Je me sentais partir à chaque coup, la tête en arrière, et être moins dans l'instant présent", se souvient la victime. Une nouvelle fois, la violence s'arrête. "Je lui ai dit qu'il avait gagné, qu'il devait sortir de chez moi. Je n'avais plus de force."
Stéphane Iganache sort de la maison et se dirige vers la voiture. Mais la Mayennaise ne jette pas les armes. Dans un dernier élan de courage, elle va le suivre. "Je me suis mise devant la portière de ma voiture." S'ensuit un dernier corps-à-corps où elle tente de récupérer ses clés. Il faudra l'intervention d'un tiers pour faire fuir l'agresseur. Au loin, ce couple en promenade aperçoit la scène. "J'ai vu une femme courir vers le monsieur et crier "ne prenez pas ma voiture". J'ai courru vers eux, ça l'a fait fuir. Il est parti vers le sous-bois", raconte cet homme de 49 ans. "Elle avait des marques de strangualtion, mais ce qui m'a le plus marqué, c'est la trace des semelles sur les bras, comme si c'était imprimé."
« Maintenant, vous ne pouvez plus pénétrer chez moi »
À la suite de cette journée, la jeune femme présente plusieurs lésions sur la partie gauche de sa tête et ses bras, mais aussi des traces de strangulation. Bilan : trois jours d'incapacité totale de travail. Mais d'autres traces, indélébiles, subsistent sur le plan psychologique. La Chaillandaise présente des troubles de l'appétit, une fuite du sommeil et un état d'alerte constant. "J'avais du mal à penser à autre chose." Une conduite d'évitement, ajoute l'un des experts médicaux. "Dans la semaine qui a suivi, je ne suis pas sorti de chez moi. Je suis allé chez mon compagnon qui habite près d'Avrillé alors quand j'ai appris que mon agresseur était recherché dans cette zone, j'étais en alerte. J'avais l'impression de voir quelqu'un, confie la femme de 26 ans. Aujourd'hui, si vous avez le malheur de me toucher ou me prendre par surprise, je vais tout de suite être en stress. Maintenant, vous ne pouvez plus pénétrer chez moi, j'ai un grillage, un portail, une alarme." Si peu à peu, elle a pu reprendre une vie normale, l'approche du procès l'a profondément stressé. "J'ai repris mon suivi psychologique en juillet. Les cauchemars revenaient. Depuis août, je suis sous anxiolytique, je ne dormais plus."
Et puis reste ce traumatisme : cette grossesse. Deux jours avant son agression, la victime réalise un test de grossesse qui se révèle positif. "J'attendais le rendez-vous chez ma gynécologue dans quelques jours." Mais le soir de l'agression, elle observe des saignements dans son urine. L'échographie réalisée dans la foulée révélera l'absence d'embryon. Faux positif ou fausse couche ? Aucun élément scientifique ne permet de trancher. "L'état de stress aigue est un facteur qui aurait pu provoquer cette fausse-couche, donc c'est possible, sans que l'on puisse l'affirmer", précise le médecin.
Reste que la jeune femme est résiliente et impressionne. "Il va falloir vivre avec cette agression, confie t-elle. Mon conjoint a été surpris que je puisse tenir tête à mon agresseur. Honnêtement, je ne pensais pas que je puisse faire partie de ceux qui combattent." Et son combat, elle va le poursuivre jusque dans la salle d'audience face à Stéphane Iganache. "Quand je l'ai vu au début du procès, je me suis dit que c'était pas le même homme qui est venu chez moi. Là, il paraît calme. Chez moi il avait du répondant. Aujourd'hui, j'ai la chance d'être là, de pouvoir raconter ce qui m'est arrivé, mais la famille de monsieur Havard et de madame Duplouy ne savent pas ce qui s'est passé. Ils méritent au moins de savoir. " Devant cet élan de courage, Me Pascal Rouillier conclu en s'adressant à la jeune femme : "Vous n'êtes pas courageuse, vous avez été héroïque".
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