Maine et Loire

Angers : « C'est presque un travail scientifique » : en quoi consiste cette restauration exceptionnelle sur la Tenture de l'Apocalypse ?

Sous la Direction régionale des affaires culturelles, des professionnels de la conservation ont entamé une opération de restauration test sur trois tapisseries de la Tenture de l'Apocalypse. Ce travail doit permettre d'élaborer un protocole qui pourrait s'appliquer à l'ensemble de l'œuvre pour garantir sa bonne conservation.

Publié : 12h24 - Modifié : 12h33 Alexis Vellayoudom

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Crédit : Alexis Vellayoudom

C'est une opération importante qui a démarré dans les tréfonds du Domaine national du château d'Angers. Depuis le début de la semaine, des professionnels de la restauration travaillent sur trois des 67 tapisseries de la Tenture de l'Apocalypse : Le premier lecteur, Les vieillards se prosternent et La mort des deux témoins. Il s'agit d'une opération de restauration test visant à garantir la bonne conservation de la plus grande tenture médiévale, réalisée entre 1375 et 1382 pour le compte de Louis Ier d'Anjou, mais elle doit aussi permettre d'élaborer un protocole qui pourrait s'appliquer à l'ensemble des tapisseries de la tenture.

 

Changement des doublures

 

C'est dans une salle, à l'écart des visiteurs du château, que l'une des pièces a été amenée. Sur une table, Le Premier lecteur, l'une des premières tapisseries de la tenture. Le lieu est tenu secret par la Direction régionale des affaires culturelles des Pays de la Loire (Drac), qui mène les opérations, pour protéger au mieux cette pièce classée au Registre Mémoire du monde de l'Unesco. L'œuvre a été minutieusement descendue. "On a décroché l'œuvre avec des moyens professionnels qui n'apportent aucun risque de pli au moment de la dépose, soutient Nathalie Schluck, conservatrice-restauratrice en cheffe qui a déjà travaillé sur l'œuvre en 2016 pour un constat d'état. Je suis émue par le fait qu'elle a traversé le temps et qu'elle nous touche encore aujourd'hui. C'est le témoin du passé, tissé par des artisans. C'est rare."

 

Quels sont les objectifs de cette opération de restauration test ?
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Premier objectif pour cette équipe composée de cinq restauratrices : changer les doublures. Celles en place datent des années 80-90. "Elles ne sont plus fonctionnelles. Et de nos jours, on double les tapisseries différemment, avec un doublage qui va venir isoler la tapisserie du mur de la galerie", explique la restauratrice. Une étape importante insiste Benjamin Carcaud, conservateur des Monuments historiques à la Drac des Pays de la Loire. "Aujourd'hui la galerie a des dispositifs techniques qui permettent de contrôler le climat. Mais malgré tout, c'est une œuvre qui est présentée en permanence. Et donc, c'est pour ça qu'il y a ce travail si poussé sur la question des doublures. C'est invisible à l'œil du public, mais pour l'œuvre c'est très important, parce que ça permet de mieux répartir les tensions liées à l'accrochage."

 

Des interventions directes sur les tapisseries

 

Mais avant de pouvoir réaccrocher ces tapisseries, les équipes vont devoir stabiliser l'œuvre en testant plusieurs procédures. "On va d'abord procéder à une micro-aspiration de la tapisserie sur ses deux faces pour retirer toute la poussière qui a été accumulée", précise Nathalie Schluck. On va ensuite procéder à la pose d'une toile de lin au revers de la tapisserie et on va la coudre avec des lignes régulières de points spécifiques pour consolider la tapisserie."

 

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Nathalie Schluck conservatrice-restauratrice en charge du projet
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Ce travail demande aussi des interventions directes sur ces éléments en partie d'origine. "Ici, par exemple, vous voyez, il y a une légère ouverture. On voit que ça a été cousu ici. Là, on est sur un relais décoratif dont la couture est rompue, montre la restauratrice. On va venir fermer cette couture avec un fil qui reproduit la teinte du fil originel. Ça nous demande pas mal de mélanges de teintes. Pour ça, on travaille avec des trichromies avec lesquelles on procède à 24 échantillons de teinture, par exemple, pour obtenir soit la couleur exacte qu'on cherche, soit, selon les déontologies, ça peut être un ton en dessous."

 

 

L'opération de restauration, évaluée à 187 833 €, est observée par un Comité scientifique réunissant des spécialistes de la conservation du ministère de la Culture, des Monuments nationaux, du musée du Louvre, du musée national du Moyen Âge, ou encore des ingénieurs en physique et en chimie du Laboratoire Recherche Monuments Historiques (LRMH). C'est lui qui prendra la décision ou non d'appliquer ces procédures à l'ensemble de la tenture. Pour le moment, personne ne sait combien pourra durer cette mission, mais "l'oeuvre est entre de bonnes mains", a assuré le préfet François Pesneau. En attendant, le reste des 103 mètres de tapisseries restent accessibles au public.