Château-Gontier-sur-Mayenne. GRDF injecte du gaz vert dans le réseau

Mayenne 

20 avril 2022 à 11h52 par Alexis Vellayoudom

Depuis le 8 avril, GRDF injecte du gaz vert dans le réseau de Château-Gontier-sur-Mayenne. Désormais, l'unité de méthanisation de la commune est le premier site de France à produire quatre énergies vertes en simultanée.

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Ce poste d'injection permet d'alimenter 5 300 foyers en gaz vert
Crédit: Alexis Vellayoudom

De l'électricité, de la chaleur, du bioGNV et maintenant du biométhane, depuis quelques jours l'unité de méthanisation de Château-Gontier-sur-Mayenne est devenue le premier site de France à produire du biogaz sous quatre formes. Un pas de plus vers l'indépendance énergétique de la ville. 

 

Du gaz vert dans le réseau

 

En arrivant sur l'unité de méthanisation d'Evergaz, nous mettons littéralement les pieds dans le sujet d'actualité, notre dépendance au gaz russe. Depuis son ouverture en 2018, le site reçoit 35 000 tonnes par an de matières organiques (lisiers, pelures d'oignon, croquettes animales, de la paille souillée du marché aux veaux, etc...) provenant d'exploitations agricoles, d'industries agroalimentaires et de la collectivité dans un rayon de 30 km, qu'il transforme en énergies vertes,  "on a parfois des déchets qui nécessitent un processus d'hygiénisation et donc qui viennent de plus loin", précise Frédéric Flipo, directeur général délégué d'Evergaz. 

 

Château-Gontier est le premier site de France à valoriser le biogaz sous quatre formes
Crédit: Alexis Vellayoudom

 

Dans la zone industrielle de la Bellitourne, le site de méthanisation transforme cette matière en électricité, BioGNV, chaleur et depuis peu en gaz vert appelé aussi biométhane. Ce dernier est injecté directement sur le réseau GRDF à une pression de 5 bars, "aujourd'hui, des unités qui injectent du biométhane ou des centrales de méthanisation qui produisent de la cogénération, il y en a 1 300 en France et bientôt 2 000, c'est un vraie solution. Le gaz russe importé, c'est 17 % de la consommation nationale française. En 2030, l'ensemble des sites d'injection de biométhane permettront de remplacer ce gaz russe donc, c'est un vrai sujet pour les ménages et aussi pour les entreprises françaises", justifie Frédéric Flipo.

Pour le moment, la moyenne nationale de consommation de gaz vert est de 2 %, mais atteint 10 % en Pays de la Loire, "c'est la revanche de la géographie locale. La région Pays de la Loire est plus ouverte à la méthanisation car c'est une région d'élevages", place Gilles Simoncini, directeur régional de GRDF. À Château-Gontier-sur-Mayenne, 5 300 foyers peuvent déjà souscrire à ce gaz vert avec l'opérateur Plüm Énergies.

 

Désindexer le prix du gaz vert 

 

Alors cette alternative a un coût. En temps normal, le biogaz est plus cher que le gaz fossile, "ça nous coûte plus cher, mais c'est un acte militant. On est là pour marquer une volonté d'un territoire sur la décarbonation des transports", confie Philippe Henry. Mais avec la guerre, les prix s'envolent, le maire de Château-Gontier-sur-Mayenne demande au gouvernement français de désindexer le gaz vert sur le gaz fossile : "aujourd'hui, le gaz de l'énergie fossile, il a doublé. Il est passé de 1,20 € à 2,50 € et ce qui se comprend au vu de l'approvisionnement et du conflit géopolitique qu'on connaît. Par contre, le biogaz, il a le même prix de revient qu'il y a 24 mois et il n'y a pas de raison que ce biogaz soit indexé à la problématique russe parce qu'il est complètement déconnecté. Ce sont des produits locaux qui sont transformés localement et distribués localement, ça passe pas par la Russie. Il faut que le gouvernement entende que si on veut développer les énergies vertes, il faut désindexer ces énergies des énergies fossiles". 

 

Philippe Henry demande au gouvernement de désindexer le prix du gaz vert sur le gaz fossil
Crédit: Alexis Vellayoudom

 

Château-Gontier-sur-Mayenne ambitieux sur l'indépendance énergétique

 

Il faut laisser du temps au temps. Pour arriver à la situation actuelle, Château-Gontier-sur-Mayenne a dû patienter longtemps. Le projet de l'unité de méthanisation (NDLR : 15 millions d'euros) avait été initié en décembre 2007, à l'époque, le secteur était peu connu, "on sortait d'un plan social avec la fermeture du site Thermos. On nous a présenté le projet et on trouvait ça intéressant sur le mix énergétique avec la diversification des entrants", explique Philippe Henry, le maire de la commune. 

Depuis l'unité a fait du chemin avec d'abord un système en cogénération qui permet de produire de l'électricité verte vers Enedis et qui alimente 3 200 foyers, à laquelle s'est rajoutée en décembre la production de chaleur verte pour le processus de fabrication de la fromagerie Perrault. En 2019, la station BioGNV est sortie de terre. Accessible à tous, elle approvisionne aujourd'hui des poids lourd de l'entreprise de transporteurs Breger, les camions-bennes à ordures ménagères de la collectivité et la navette Aléop qui relie Sablé-sur-Sarthe à Segré en passant par Château-Gontier, "cette énergie produite localement, elle peut répondre quasiment à la totalité des besoins énergétiques, c'est-à-dire électricité, chaleur, gaz et carburant. On a un territoire qui est autonome en énergie dans la limite de ce qu'on sait produire pour lui", se réjouit Frédéric Flipo. 

 

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Le digestat, résidu de la méthanisation, sert ensuite d'engrais naturels chez 63 agriculteurs
Crédit: Alexis Vellayoudom

 

Autre argument que défend le directeur général délégué d'Evergaz, la production de digestat, le résidu du processus de méthanisation : "c'est la seule énergie renouvelable (biométhane) qui est d'abord une solution de traitement de déchets organiques et productions d'engrais. On produit de l'énergie pour les ménages et de l'énergie pour les plantes avec l'engrais pour avoir des cultures qui permettent de nourrir les animaux et les hommes". Sur les déchets amenés, 10 % ressort en biogaz et 90 % en digestat, mais il n'est pas perdu. Grâce à un système de presse à vis, le digestat ressort en matière solide, 7 000 tonnes par an, ou liquide, 23 000 m3 par an, pour jouer le rôle d'engrais naturel dans les champs. Ce digestat est épandu chez 63 agriculteurs locaux, sur de 4 500 hectares, "à l'heure où la Taxe générale sur les activités polluantes va augmenter de 60 % pour l'enfouissement ou l'incinération des déchets polluants, le transport des déchets agricoles vers la méthanisation est une vraie solution", ajoute Philippe Henry. 

En 2023, la commune va même collecter les bio-déchets du territoire, "on a tout intérêt à valoriser nos déchets", insiste Philippe Henry. Aujourd'hui, Biogaz du Pays de Château-Gontier produit localement 32 GWh de biométhane par an et 10 GWh th par an de chaleur renouvelable.