Maine et Loire

Angers. Manager, prospection, immobilier... La mairie lance sa "bataille" pour le commerce en centre-ville

Alors que les locaux vacants se font de plus en en plus nombreux dans le centre-ville d'Angers, la municipalité lance sa "bataille pour le commerce" avec plusieurs mesures sur l'attractivité, les loyers et l'aménagement.

Publié : 10h27 par Alexis Vellayoudom

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Dans le haut de la rue Saint-Aubin, un local sur deux est vacant
Crédit : Alexis Vellayoudom

Bouchara, Jules, les locaux vacants se font de plus en plus nombreux dans le centre-ville d'Angers. Par endroit, comme dans la rue Saint-Aubin, c'est même un local sur deux qui est vide. Le commerce subit de plein fouet la concurrence du commerce en ligne, l'évolution des modes de consommation et les problématiques liées au pouvoir d'achat. À Angers, le taux de vacance des locaux est de 7,8 %. "Ça reste en dessous des villes de la même taille où il est de 10 %, mais il progresse chez nous et on doit rester attentif", confie Roch Brancour, adjoint à la ville d'Angers en charge du développement économique et du commerce. Si le centre-ville d'Angers et ses 60 000 m² de surface commerciale (répartis entre 570 commerces, ndlr) reste le premier "centre commercial" du département, la situation est tout de même urgente avoue l'élu. La mairie a décidé de lancer sa "bataille du commerce", pour attirer de nouvelles enseignes et les faire perdurer. 

 

Un manager de centre-ville

 

En première mesure, la ville va créer une direction du commerce au sein de la municipalité. Elle sera opérationnelle dès septembre et sera composée d'un manager de centre-ville, dont le recrutement est en cours. Il sera chargé d'accompagner les nouveaux commerçants, mais aussi répondre aux besoins de ceux déjà installés. "Sa mission, c'est de fédérer tous les commerçants, tous les acteurs, toutes les associations pour animer, donner de la cohérence et de l'attractivité au centre-ville, à travers des programmes d'animation", détaille Roch Brancour. 

La ville d'Angers souhaite aussi organiser des Assises du commerce angevin avec la CCI, les chambres de métiers, les fédérations de professionnels, mais aussi les associations de commerçants, les bailleurs et des experts de l'urbanisme. "Ces Assises auront vocation à dresser un état des lieux partagé du commerce angevin et à identifier les attentes et les priorités pour les années à venir." L'événement pourrait avoir lieu en janvier 2027. 

 

Aldev s'attaque au centre-ville

 

L'agence de développement économique d'Angers Loire Métropole s'impliquera davantage dans la stratégie commerciale du centre-ville d'Angers. "Elle a été un des artisans du succès dans l'industrie sur le territoire angevin (18 000 emplois créés en 10 ans selon la mairie)", affirme l'élu. En témoigne, selon lui, les derniers investissements annoncés de Scannia, 70 millions d'euros pour produire des camions électriques, et de l'entreprise taïwanaise Foxconn en lien avec Bull pour la construction d'une usine à 120 millions d'euros qui fabriquera des cartes mères dédiées à l'IA.

"Concrètement, ALDEV va aller prospecter des enseignes et des marques pour leur proposer de venir dans le centre-ville. On va passer à l'offensif et ne pas simplement attendre que les enseignes s'intéressent à nous, explique Roch Brancour. Avec tout simplement le fait de faire connaître Angers. Vous savez les villes sont en concurrence entre elles. Il faut avoir des m² disponibles, les rendre accessibles à ces enseignes, et ce que nous allons faire."

 

Acquisition de locaux vacants

 

Par l'intermédiaire de sa foncière, en partenariat avec la Chambre de commerce et d'industrie, la Banque des territoires et ALTER, la ville souhaite aussi acquérir des murs et des fonds de commerce en centre-ville. Pour se faire, le capital en fonds propres de la foncière Angers Commerce et Centralité a été augmenté de 2 millions d'euros. Cette stratégie devrait permettre aussi à la collectivité d'agir sur la cohérence de l'offre commerciale en centre-ville. "La partie la plus difficile de notre job, c'est de préserver et de maintenir une diversité qu'est parfois mise à mal par le développement des fast-foods, ça peut être aussi la multiplication des surfaces alimentaires. On veut être davantage regardant là-dessus, martèle l'adjoint en charge du Commerce. "Après on n'a pas tous les leviers, il faut le reconnaître, mais on a la volonté de tout mettre en œuvre pour maintenir une plus grande diversité commerciale."

 

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Roch Brancour, adjoint au développement économique, au commerce et à l’emploi.
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Le dispositif permettra aussi de proposer des loyers plus accessibles et des conditions d'installation plus souples dans un secteur où les prix s'envolent. "Pour certains commerces, on peut avoir des loyers trop élevés. C'est un des sujets sur lequels on doit travailler avec les acteurs du commerce pour essayer de mieux rapprocher l'offre et la demande en matière de loyers." Dans le même temps, la mairie n'envisage pas de taxe sur les locaux vacants.  

 

Végétalisation et fresque murale

 

Sur la partie visible, la municipalité lance deux projets. Le premier est un engagement pris lors des élections municipales, il s'agit du réaménagement de la rue Saint-Aubin. "Elle a besoin d'avoir un vrai coup de jeune. Aujourd'hui, elle est dans son jus et connaît une vacance sur la partie haute, côté boulevard Foche qu'est assez marquée. On va la "relooker", souligne Roch Brancour. Concrètement, il devrait y avoir davantage de végétalisation dans la rue et le sol sera rafraîchi. L'étude va être lancée. 

En parallèle, pour rendre le passage moins morose, les élus ont pris la décision d'apposer de l'habillage sur les vitrines de certains locaux vacants. "On va le faire avec des œuvres d'arts qui sont issues de nos musées pour aussi inciter les gens à venir découvrir ces vitrines et aller visiter nos musées. L'expérience culturelle, c'est aussi une des raisons pour lesquelles on peut venir dans le centre d'Angers. On veut redonner de la pêche à nos rues qui peuvent parfois être marquées par des locaux vacants." L'expérimentation va débuter rue Voltaire, sur l'ancien magasin de La Halle et rue Saint-Aubin à l'ancien emplacement de Jules. 

 

Les dossiers en cours

 

Il y a d'abord l'emprise commerciale laissée par l'enseigne Bouchard sur le boulevard Foch avec une surface de vente en rez-de-chaussée de 1 000 m². Le propriétaire des murs va remettre à la location. Pour le moment, seule une enseigne de distribution alimentaire se serait positionnée. "Ce n'est pas une bonne idée, on suit de très près les discussions", affirme Roch Brancour. Sur la place du Ralliement, le BHV, anciennement les Galeries Lafayette, connaît une période difficile avec plusieurs départs, des boutiques qui se vident et une arrivée de Shein qui n'a pas eu l'effet escompté. "Ils nous annoncent un renouvellement de leur portefeuille de marques pour la rentrée septembre", précise l'élu. Enfin, le centre-ville n'a pas convaincu l'enseigne d'ameublement Ikea, mais la mairie se réjouit tout de même de sa future installation à l'Atoll. "C'est une enseigne qui manque dans le paysage angevin.

Si la période est délicate pour le commerce angevin en centre-ville, l'élu se veut tout de même confiant. "Tout le monde a intérêt à ce que ces boutiques reprennent vie, à commencer par les propriétaires. Il y a aussi énormément de commerçants qui veulent lancer de nouveaux concepts et renouveler leurs commerces. On a aussi de la demande. Simplement, il faut que cette demande et cette offre se rencontrent. À Angers, en un an, on a une cinquantaine de commerces qui ont ouvert ou qu'ont été repris sur le centre-ville, donc on voit qu'il y a de la vie. Il ne faut pas voir uniquement le verre à moitié vide et les quelques boutiques qui sont vacants. Il y a des enseignes qui continuent de se développer et de s'implanter dans les villes. Encore faut-il qu'on soit les premiers à les capter et à les finir sur notre territoire."