Maine et Loire

Chemillé-en-Anjou. « Elle ressemblait à sa mère jeune », un père condamné à dix ans de prison pour des viols et des agressions sexuelles sur sa fille

Ce jeudi, la Cour criminelle de Maine-et-Loire jugeait un père de famille soupçonné d'avoir violé et agressé sexuellement sa fille mineure au domicile familial entre décembre 2019 et février 2024 à Chemillé-en-Anjou. Il a été condamné à 10 ans de prison.

Publié : 23 janvier 2026 à 10h13 - Modifié : 23 janvier 2026 à 10h22 Alexis Vellayoudom

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Le Palais de justice d'Angers
Crédit : Coralie Juret

Dans l'ombre, il a fait vivre un calvaire à sa fille pendant près de 4 ans. Hier, devant la Cour criminelle, un père de famille de 54 ans était jugé pour des viols et des agressions sexuelles sur sa fille, mineure au moment des faits. Tous ces attouchements ont eu lieu entre décembre 2019 et février 2024 sur la commune de Chemillé-en-Anjou. Inculpé pour viol incestueux et agression sexuelle incestueuse sur mineur, il encourrait jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle. 


Le père reconnaît les faits


Il aura fallu un passage aux urgences pour que les langues se délient. Le 18 mars 2024, sur le chemin du retour, la mère sent que quelque chose ne tourne pas rond chez sa fille. Elle décide de la pousser dans ses retranchements. Sur la route, la jeune fille, d'à peine 20 ans, lui révèle l'inimaginable. Pendant quatre ans et demi, son mari a violé et agressé sexuellement sa fille à plusieurs reprises. Des actes cachés aux yeux de tous, personne ne se doutait de rien. "Sur le moment, ce qui m'a fait le plus mal, c'est qu'elle m'a montré qu'elle se scarifiait. J'ai mis quelques minutes à comprendre", confie la mère. Mais le duo mère et fille va faire preuve d'une extrême lucidité. 

En rentrant, elles ne laissent rien paraître devant le père. Une nuit normale. Ce n'est que le lendemain que la gendarmerie est mise au courant. Pendant que le père part au boulot, cette mère de deux enfants prépare les valises, cache les objets susceptibles de servir d'armes et barricade la maison craignant une réaction extrême du père. "Quelqu'un qui est capable du pire sur sa fille, il peut faire n'importe quoi." À son retour du travail, le père est confronté aux révélations. Il reconnaît les faits et se livre à la police où il sera placé en garde à vue, mis en examen puis incarcéré.  


Des actes au quotidien


Devant le tribunal, ce cuisinier reconnaît tous les faits. "Je sais bien que c'est difficile pour eux. Je le sais que je leur ai fait du mal. J'en suis conscient. J'espère que mes enfants me pardonneront", demande-t-il en s'adressant à sa femme et sa fille. La première fois remonte au 8 décembre 2019 lors de l'anniversaire de son fils. Le père est alcoolisé, à l'écart sur le canapé, il touche sa fille et la pénètre avec ses doigts. La scène dure une quinzaine de minutes. Les attouchements sont quotidiens et se déroulent dans l'ombre lorsque sa femme dort ou pendant des moments volés à des fêtes de famille comme dans la cuisine de la grand-mère où il la touche à travers ses vêtements dans un escalier. Il touche ses parties intimes avec ses mains, sa bouche, mime des fellations. Parfois, sous l'effet de l'alcool, c'est plus violent, comme en 2021 où il plaque la tête de sa fille contre le plan de travail tout en se frottant à elle et en la touchant. "Il disait qu'il allait refaire mon éducation sexuelle, que j'allais adorer ça", témoigne la victime, digne à la barre. 

Dans la famille, personne ne se doute de rien. "Je n'ai jamais vu un geste qui aurait pu porter à confusion. S'il faisait ça devant moi, il savait que j'allais partir en colère noire. Il savait à quel moment il pouvait agresser sa fille. Une pulsion, c'est un moment au hasard, là, il choisissait son moment. Pour moi, il y a préméditation", s'indigne la mère. Seuls signes visibles, le mal-être de la jeune fille. Malgré les anti-dépresseurs, ses crises d'anxiété se multiplient, elles se terminent toujours par une scarification. "Des choses anodines peuvent déclencher des crises de panique", témoigne sa mère. À la barre, sa tante se souvient avoir soupçonné un problème lors d'une sortie. "A 15 ans, je crois qu'elle a tenté de me parler, mais elle avait des propos qui n'étaient pas de son âge. Je l'ai grondé, je ne sais pas si elle voulait me dire des choses. Elle m'a peut-être envoyé des signaux." Elle s'effondre, rongée par la culpabilité. "On sait que ça ne va pas, mais on est impuissant."

Seules ses amis sont mises au courant dès 2021, puis sa cousine avant les révélations. Mais elle leur fait jurer de garder le secret. "Je ne voulais pas impacter ma vie future, mes études et celles de mon frère. J'avais aussi peur qu'on soit placé", raconte la jeune fille. 

 

« J'avais un manque sexuel et c'est ma fille qui a compensé »

 

Comment expliquer ce geste ? C'est l'une des questions en suspens. Ainé d'une fratrie de trois enfants, l'accusé a subit des maltraitances par son père lors de son enfance. Jusqu'à un soir de Noël où ce dernier met sa mère et les enfants dehors à coup de fusil de chasse. Il avait 14 ans et assumait un rôle protecteur. Sa mère, seule personne à lui rendre visite en prison, atteste des faits. "Comment c'est possible d'être un grand frère qui protège et un père qui ne protège pas ?", lui demande Me Nathalie Valade, avocate des parties civiles. "Je ne sais pas l'expliquer", répond le prévenu. Cette violence à l'enfance a-t'elle un lien avec les violences sexuelles qu'il fera subir à sa fille ? "C'est l'une des causes", selon lui.

Elle explique aussi sa violence verbale, attestée par plusieurs témoignages. "C'était quelqu'un de sanguin. Il pouvait avoir des excès de violences verbales notamment sous l'alcool", se souvient sa belle-sœur. Il est décrit comme colérique, rabaissant. Sa fille et son fils rapportent ces propos "t'es conne" ; "tu ne sers à rien" ; "c'est nul ce que t'as fait". "Je me rends compte que j'avais un besoin. Si j'avais consulté avant je ne serais certainement pas là", admet-il. 

Mais l'enfance n'explique pas tout. Les moments d'intimité se font rares dans le couple. En 2014, sa femme découvre qu'il regarde régulièrement des vidéos pornographiques, certaines à caractère incestueux. S'il a du mal à l'admettre, il reporte ce manque de sexualité sur sa fille. "Il y a une addiction à la pornographique, un besoin de sexualité, de jouissance", souligne l'experte en psychiatrie. En août 2019, un premier geste avait surpris la victime, alors qu'elle sort de la piscine, il lui touche la poitrine, lui indiquant qu'elle devient une femme, avant de pleurer par honte. Un mécanisme qui se reproduira plusieurs fois. "Elle ressemblait à sa mère jeune", glisse t-il.

"La première fois, vous pleurez, vous vous êtes rendu compte que vous avez franchi la ligne rouge. Mais pourquoi ça ne s'arrête pas ?", l'interpelle Me Valade. "Une pulsion, c'est quelque chose qu'on ne peut pas arrêter, là, vous saviez vous contrôlez et vous arrêtez quand un témoin approchait", renchéri la représentante du Ministère public. "Parce que je me plaisais dans la situation, finit-il par avouer. Avec ma femme on le faisait trois fois par an, c'est pas de l'intimité. Ma fille, c'était la facilité. Elle était à côté. J'avais un manque sexuel et c'est ma fille qui a compensé."

 

« Je te pardonne pour ce que tu as fait »

 

Aujourd'hui, la victime tente d'avancer. Elle suit des études de droit où elle a d'ailleurs été victime de harcèlement en première année suite à cette affaire. Sa santé est fragile, marquée par les anti-dépresseurs et ses effets secondaires, les crises d'anxieté, des troubles dissociatifs et des rendez-vous à répétition avec des psychologues. Elle a déjà fait l'objet de deux hospitalisations à domicile. "Je vais mal, mais vu la situation..." Son père ? Elle ne lui a pas rendu visite, mais lui a écrit. Dans un discours plein de courage, tournée vers lui, elle lâche :"Je te pardonne pour ce que tu as fait, mais ne t'attend pas non plus à ce que je sois là quand tu sortiras."

Le Ministère public requiert 13 ans de prison ferme. Il sera finalement condamné à 10 ans de réclusion avec une obligation de soins et d'un suivi socio-psychologique pendant 5 ans. Une peine d'inéligibilité de 10 ans a été prononcée et un retrait total de l'autorité parentale pour fils. Son nom est inscrit au FIJES, le ficher judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes.