Maine et Loire

Guerre Moyen-Orient. « La démocratie apportée avec des bombes, ça n'a jamais donné de bons résultats », commente un Angevin d'origine iranienne

Au sixième jour de guerre au Moyen-Orient, les bombardements s'intensifient entre l'alliance Israël-États-Unis et l'Iran. Une situation que surveillent de près les Iraniens de France comme Mani Saeidi, gérant d'un bar et d'un restaurant.

Publié : 15h09 par Alexis Vellayoudom

Mani Saeidi Iran_02 03 26_DR
Mani Saeidi a ouvert un restaurant iranien à Angers
Crédit : DR

C'est une guerre presque totale qui se répand au Moyen-Orient. Quatre jours après l'assassinat ciblé de l'ayatollah Ali Khamenei, le Guide Suprême de l'Iran, les frappes se multiplient. Hier, les Etats-Unis ont confirmé avoir coulé un navire de guerre iranien dans l'océan Indien. Une torpille tirée par un sous-marin au large du Sri Lanka. De son côté, le régime a attaqué un pétrolier américain. Au Liban, l'aviation israélienne pilonne les quartiers tenus par le Hezbollah libanais, allié de Téhéran. En riposte, les Gardiens de la Révolution iranienne, fer de lance du régime, frappe des sites américains et israéliens dans les pays du Golfe Persique. Une situation que suit de près Mani Saeidi, gérant du Bar du Centre à Angers et du restaurant iranien Le Tadig. Cet Angevin, d'origine iranienne, a encore une grande partie de sa famille en Iran. Entretien. 

 

Mani Saeidi, vous suivez de près la situation en Iran. Quelle a été votre réaction à la mort d'Ali Khamenei ?

"La première chose qui nous importe, c'est la santé et la vie de nos familles et leur bien-être. On a encore beaucoup de familles en Iran, que ce soit moi ou ma femme. Ensuite, pour moi, la mort d'Ali Khamenei, on m'a demandé si j'étais content qu'il soit mort. Pour moi, il y a un droit international et il devrait être respecté. Les gens devraient être jugés. Et s'il y a des choses répréhensibles qu'ils ont commises, qu'ils soient mis en prison, c'est comme ça que ça devrait se passer et pas des assassinats ciblés comme cela. Parce que du coup, c'est la porte ouverte à toutes les décisions et à tous les arbitraires. Dans ce cas-là, le régime peut aussi dire qu'appliquer la peine de mort à des gens, c'est légitime, vu que dans l'autre sens, on le fait aussi."

 

Vous avez quand même pu vous réjouir ?

"Le changement de régime, déjà, on ne sait pas s'il est là. Pour l'instant, il ne s'est rien passé de plus. Il y a des frappes. Il y a eu de la répression des manifestations auparavant. Il y a des événements qui s'enchaînent depuis plusieurs années. Il y a un embargo qui est là depuis des décennies. Moi, ce que je voudrais juste, c'est que les souffrances de mon peuple s'arrêtent et qu'ils puissent vivre en paix, qu'ils puissent vivre en liberté et dans la prospérité."

 

Mani Saeidi
Mani Saeidi
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Vous avez peur aujourd'hui avec cette escalade ?

"J'ai peur que toute la région s'embrase, que l'Iran, ça devienne un nouvel Irak ou une nouvelle Syrie. Parce qu'en Syrie, malgré le fait qu'on n'en parle plus, il y a des exactions contre les Kurdes, contre beaucoup de minorités. Que ça devienne une nouvelle Libye où le pays, 15 ans après le changement de régime, il n'a jamais réussi à se relever. Il y a toujours la guerre civile et des morts qu'on ne peut plus s'arrêter de compter. J'ai peur de ça."
 
 
Quelles sont les nouvelles que vous avez de votre famille qui est là-bas ? 
 
"On arrive en avant par différents moyens. Il y a des jours où l'Internet est coupé, mais le téléphone marche. Il y a des jours où c'est le contraire. Et puis, il y a des jours où on ne peut pas avoir de nouvelles. Mais globalement, pour l'instant, on arrive à avoir des nouvelles. Et nous, nos membres de nos familles, ils vont bien. Mais voilà, c'est le hasard. Si quelqu'un n'habite pas trop loin d'un endroit qui est bombardé, il risque la mort. S'il n'habite pas trop loin d'un dignitaire qui est visé par les Américains ou les Israéliens, c'est le risque d'être un dommage collatéral. Et ça, c'est vraiment insoutenable."
 
 
Ce que vous dénoncez, c'est la méthode qui a été employée ?
 
"Il ne faut pas trop avoir la mémoire courte. Sous le coup de l'émotion, il y a des gens qui vont toujours se réjouir des choses, parce qu'ils voient ça à très court terme. Mais si on regarde un peu l'histoire, si on regarde les différents conflits qu'il y a eu dans les décennies passées, à chaque fois que le droit international a été un peu bafoué, ça n'a jamais donné de bons résultats. La démocratie apportée avec des bombes, ça n'a jamais donné de bons résultats. Et surtout que le but recherché, souvent, ce n'est pas vraiment la liberté des peuples et la recherche de leur bien-être. C'est plutôt des intérêts géopolitiques, des intérêts stratégiques."
 
Mina Saeidi
Crédit : Alexis Vellayoudom
 
Vous auriez été plus pour un soulèvement du peuple iranien, qui reprenne sa liberté soi-même, plutôt que d'avoir des pays étrangers qui viennent s'en mêler ? 
 
"L'autodétermination des peuples, ça devrait être important. Le respect du choix des populations des pays, ça devrait être respecté aussi bien par les pays étrangers que par les gouvernements des pays eux-mêmes. Mais aujourd'hui, le sort de la population iranienne, il est partagé par beaucoup de pays. Je n'aimerais pas voir mon pays devenir démocratique, mais être un tapis de ruines."
 

Vous avez ouvert un restaurant iranien à Angers. C'est votre manière de contribuer à sortir un peu de l'image qu'on a toujours de l'Iran, avec ce régime des Mollahs. Une manière de dire qu'il y a autre chose avec une culture culinaire ?

 

"L'idée, c'est de faire connaître notre culture, mais je suis étonné souvent parce qu'il y a pas mal de gens qui ont déjà voyagé en Iran, qui ont déjà goûté à la cuisine iranienne ou qui connaissent des Iraniens et qui ont une image beaucoup plus nuancée, beaucoup plus positive de l'Iran que celle qu'on pourrait croire que la population. Il y a beaucoup de gens, surtout dans les anciens, qui ont voyagé il y a plusieurs décennies en Iran et qui ont tous de merveilleux souvenirs de leur voyage. C'est leur rappeler par la cuisine ses souvenirs, c'est faire connaître aux gens qui ne connaissent pas et partager un petit bout de culture iranienne avec la ville qui nous a accueillis depuis maintenant si longtemps."

 

Mardi, le chef d'état-major américain a prévenu : "Ce n'est que le début, la guerre va perdurer." De son côté, la France a engagé les démarches pour rapatrier ses ressortissants. Sur le plan militaire, Emmanuel Macron a détaillé une nouvelle doctrine de dissuasion nucléaire "avancée" avec le renforcement du nombre de têtes nucléaires et la construction d'ici 2036, d'un nouveau sous-marin lanceur d'engins, nommé l'Invincible.