Maine et Loire

Maine-et-Loire. Avec 20 000 élèves en moins d'ici 2035, « il faudra construire un nouveau modèle scolaire », explique la directrice académique

Hier midi, Sandrine Bodin, directrice académique du Maine-et-Loire, a défendu la carte scolaire pour la rentrée 2026. Elle prévoit 46 fermetures pour 12 ouvertures, avec des améliorations sur le taux d'encadrement. Une situation qui devrait se répéter les prochaines en années en raison de la baisse démographique. À Saint-Mathurin-sur-Loire et Brissarthe, c'est l'incompréhension.

Publié : 9h02 - Modifié : 9h23 Alexis Vellayoudom et Marie Chevillard

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Les parents d'élèves ont organisé une marche silencieuse pour protester contre cette fermeture
Crédit : DR

Les dés sont pratiquement jetés. La carte scolaire pour la rentrée 2026 en Maine-et-Loire prévoit 46 fermetures de classe pour 12 ouvertures. "Une rentrée ambitieuse et équitable", selon la directrice académique Sandrine Bodin qui l'a défendue hier midi. Alors que le département s'apprête à perdre 956 élèves et 22 postes. "La baisse du nombre de postes ne traduit pas la baisse démographique qui aurait pu conduire à des retraits d'emplois beaucoup plus massifs et donc on va améliorer le taux d'encadrement des élèves, explique la fonctionnaire. Une carte scolaire, ce n'est pas une logique arithmétique. C'est un ensemble de paramètres, évidemment pédagogiques, la présence d'élèves en situation de handicap, la tendance à moyen terme, l'investissement des communes, les locaux etc."

Parmi ses satisfactions, la baisse du nombre d'élèves par classe, qui passe de 21,47 à 21,32. Pour les écoles en zone d'éducation prioritaire, ce taux atteint même 12,4 pour les classes dédoublées des GS, CP et CE1. À Cholet, les écoles Jules Verne et Buffon ont reçu le label "Toutes Petites Sections" pour pouvoir scolariser des enfants dès l'âge de deux ans et "développer une culture du langage", mais aussi quatre postes supplémentaires dans le cadre du dispositif "100 écoles orphelines". Sur l'inclusion, les moyens ULIS sont maintenus et sept nouveaux pôles d'appui à la scolarité seront déployés pour les élèves en difficulté. 

 

À Saint-Mathurin-sur-Loire, les familles s'interrogent

 

Parmi les 46 écoles concernées par la fermeture d'une classe, plusieurs ont élevé la voix. Ils ne comprennent pas ces décisions. C'est le cas à Saint-Mathurin-sur-Loire où l'École des Sternes devrait passer de cinq à quatre classes. "On n'arrive pas à comprendre. On a travaillé pour accueillir des enfants, et on se retrouve avec une classe en moins", confie Adeline André-Lubin. En effet, l'établissement devrait accueillir trois élèves de plus à la rentrée prochaine, 99 contre 96 cette année. "On a des enfants de familles en itinérance qui n'ont pas été comptabilisés dans les effectifs.

Conséquence : la classe de maternelle va passer sur trois niveaux et celle de CM1-CM2 à plus de 25 élèves avec trois élèves en situation de handicap, dont un enfant en fauteuil roulant, deux AESH et trois élèves en RASED, le Réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté. "L'année dernière, il y a eu 19 réunions d'équipe éducative. L'école jouait parfaitement son rôle, là, ça va fragiliser cet accompagnement. On ne comprend pas, on entend sans cesse que le niveau en mathématiques et en français baisse, mais les conditions des enfants baissent considérablement", s'agace Coline Guérin, une autre maman. 

 

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Autre argument pour ces parents, la construction de 30 logements dans le quartier de la Minoterie pour 2027, mais surtout les conditions d'accueil à la rentrée prochaine. "L'école est en travaux, nos enfants vont faire leur rentrée dans des bâtiments modulaires plus petits. Les enseignantes vont devoir gérer le déménagement, des effectifs plus importants dans leurs classes, ce n'est pas possible", souligne Adeline André-Lubin. "On demande d'avoir un an pour pouvoir réfléchir à une réorganisation et pour garantir la sécurité et l'accueil des élèves, complète Coline Guérin. L'argent, il y en a, et c'est dommage que ce soit sur l'avenir qu'on coupe. Nos enfants, c'est l'avenir de la France."

Sur ce cas, Sandrine Bodin, directrice académique de Maine-et-Loire a expliqué : "J'ai tous ces éléments en tête. C'est le genre de situation particulière à laquelle je serai attentive cet été et en fonction de l'évolution de la population d'élèves, on pourra réexaminer la situation en août."

 

"L'école, c'est le coeur de notre village"

 

À Brissarthe (commune déléguée des Hauts-d'Anjou), la situation est un peu différente, à l'école Kirikou : pour l'instant, 48 élèves sont inscrits pour la rentrée prochaine et l'établissement pourrait passer de trois à deux classes selon la carte scolaire. Mais des parents d'élèves, élus et habitants se sont mobilisés devant l'école le jeudi 9 avril, contre ce qu'ils estiment être une politique du chiffre. "Ça va nous faire des classes à quatre niveaux, ce qui devient difficile pour les maîtresses, explique Angélique, l'une des représentantes des parents d'élèves. Nos enfants ont besoin de temps et ont envie de garder leur classe, leurs repères." 

Avec la crainte d'une fermeture de l'école à plus long terme, ajoute Marion, une autre représentante des parents d'élèves. "On a peur que les classes multiniveaux ralentissent vraiment leur apprentissage, et on se demande tous s'ils auront le même niveau que les autres pour ensuite entrer au collège. L'inquiétude, c'est que les parents mettent leurs enfants dans d'autres écoles et qu'à terme, celle de Brissarthe ferme définitivement parce qu'il n'y aura plus assez d'effectifs." 

 

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Les parents d'élèves, enfants et habitants se sont mobilisés devant l'école le jeudi 9 avril.
Crédit : Marie Chevillard

 

D'autant plus que ces effectifs pourraient réaugmenter d'ici un an, souligne la maire déléguée de Brissarthe Rachel Santenac. "En 2024, il y a eu quand même dix naissances sur la commune. Potentiellement, une fermeture de classe se produit alors qu'on aura des enfants qui arriveront en 2027. En plus, il y a plusieurs maisons en vente à Brissarthe : on espère qu'elles seront achetées par des familles et qu'en septembre, on verra le maintien de notre troisième classe." 

Comme les parents d'élèves interrogés, l'élue rappelle que "l'école, c'est la vie, le cœur de notre village. On n'a pas de commerces, donc c'est vraiment la dernière opportunité pour faire vivre notre village." Ce n'est pas la première fois que l'établissement est sur la sellette : il y a deux ans, la fermeture de l'école avait été annoncée "15 jours avant la date prévue en visio", avant que la direction académique ne rétropédale. 

 

20 000 élèves en moins en 2035

 

Comme pour le maintien du système des retraites par répartition, la baisse de la natalité en France va amener à repenser le système éducatif. Pour la première fois, le ministère de l'Education nationale a publié les prévisions démographiques département par département pour donner à "chaque territoire les moyens de se projeter et d'anticiper les évolutions de son offre scolaire." En Maine-et-Loire, les données prévoient 20 000 élèves en moins, public et privé confondus, entre 2025 et 2035 (une baisse de 10 000 pour le 1er degré et identique pour le 2nd degré ndlr). 

 

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Sandrine Bodin, directrice académique de Maine-et-Loire
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Inévitablement, ces chiffres laissent présager davantage de fermetures de classes sur les prochaines années et une réorganisation du système scolaire. "Ce sera à construire avec les communes, la feuille de route est devant nous, sans doute une concentration des écoles, des établissements scolaires, idéalement un modèle résilient, de manière à ne pas craindre des fermetures de classes, mais se dire, quelle que soit l'évolution démographique de notre école, le modèle sera solide, et notre école vivra bien et sera attractive pour les familles." Les regroupements et les réseaux pédagogiques intercommunaux pourraient se multiplier selon la DASEN, mais seulement à l'initiative des communes. Aujourd'hui, le Maine-et-Loire compte 411 écoles.

Les mesures de la carte scolaire en Maine-et-Loire pour la rentrée 2026 et les projections démographiques

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