Maine et Loire

En Maine-et-Loire. « Ça va amener des drames », la psychiatrie en sursis dans les Mauges

Le département manque de psychiatres et de lits d'hospitalisation, notamment dans les Mauges. Conséquence, le centre médico-psychologique de Beaupréau pourrait fermer alors que celui de Cholet est en détresse. Ce matin, 130 agents ont manifesté devant le siège de l'ARS à Angers.

Publié : 16h53 - Modifié : 16h53 Alexis Vellayoudom

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Près 130 agents venus des Mauges et du CESAME ont manifesté devant les locaux de l'ARS
Crédit : Alexis Vellayoudom

La psychiatrie est-elle en sursis dans le Choletais ? Le centre médico-psychologique de Beaupréau est menacé de fermeture. Hier, 130 agents, venus des Mauges et du Centre de Santé mentale (CESAME) à Sainte-Gemmes-sur-Loire, ont fait entendre leurs voix devant le bâtiment de l'Agence régionale de Santé à Angers. Ils réclament plus de moyens humains et matériels pour pouvoir prendre en charge des patients dont le nombre augmente régulièrement. Une situation symptomatique de ce qui se passe au niveau national. 

 

Trois psychiatres bientôt à la retraite

 

"Le gouvernement n'arrête pas de nous parler de loi sur la santé mentale, mais sur le terrain elle est où cette loi ? Puisqu'on ne nous donne ni les financements, ni les effectifs, ni les moyens, au contraire, on ferme les structures", s'agace Mélanie Massé, secrétaire départementale Force ouvrière Santé et infirmière au CESAME. La situation est alarmante pour l'intersyndicale SUD Santé sociaux, FO, CGT, CFDT et CFTC. Entre 2023 et 2025, 28 lits de psychiatrie (sur 70) ont disparu sur les secteurs de Cholet et Beaupréau. Et sur les deux prochaines années, trois psychiatres partiront à la retraite. Ils ne seront pas remplacés. "On aurait dû avoir une quinzaine de médecins et on n'est plus qu'à sept et bientôt à quatre, constate Odile Lemaire, secrétaire départementale SUD Santé Sociaux. Ça concerne tous les médecins, le secteur adulte, le secteur de soins à domicile, les hospitalisations."                                                                                                                   

La situation dans le Choletais
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Conséquence directe, le centre médico-psychologique de Beaupréau pourrait fermer. "C'est un cercle de lien qui s'effondre et s'il n'existe plus les gens vont se retrouver extrêmement démunis et dans des difficultés immenses", souligne Odile. Aujourd'hui, l'établissement, qui couvre un territoire de 100 000 habitants, fonctionne déjà en mode "dégradé" avec un seul médecin présent à 40 %. "Dans la majorité des cas, il y a besoin d'une évaluation médicale de santé mentale ou psychiatrique, mais qui ne peut plus être fait, témoigne Philippe*, l'un des infirmiers du CMP. Quand on expose la situation au psychiatre, soit on arrive à trouver un créneau, mais s'il est surchargé, il nous donne des préconisations de traitement qu'on transmet au médecin traitant du patient. C'est de plus en plus difficile de bien faire notre boulot."

Qui dit départ en retraite de psychiatres, dit aussi patients qui ne seront plus suivis. "Ça va amener des drames, des patients qui vont décompenser, ça peut amener plus de tension, de violence, plus de personnes qui vont se suicider. C'est un problème de santé publique", se désolé Philippe. 

 

« On essaye de bricoler des choses »

 

Si le CMP de Beaupreau venait à fermer, le CMP de Cholet deviendrait l'unique établissement du secteur. Là-aussi, l'établissement tire sur la corde. "Le service est en grande difficulté depuis des années", raconte David*. Cet infirmier est en poste depuis une vingtaine d'années, il a vu la situation se dégrader.

"Quand on voit quelqu'un qui est très déprimé, au bord de la crise suicidaire et qu'on sait qu'il faut faire quelque chose, mais je ne sais pas quoi leur proposer. On essaye de bricoler des choses, mais c'est vraiment du bricolage, témoigne le soignant. Ça veut dire quelqu'un qui va avoir besoin d'une consultation médicale spécialisée, on va essayer de trouver une alternative en disant au médecin traitant de passer par une plateforme de conseil médical, et le suivi est fait par les soignants. On essaye d'accompagner au mieux la personne, mais parfois, elle aurait besoin d'autre chose et là, on ne peut pas. Le sens du soin a presque disparu."

 

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Les agents réclament des postes de psychiatres
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Si les deux établissements ne peuvent pas répondre à la forte demande, c'est également le cas sur l'ensemble du département, voir la région. Le manque de lits et de psychiatre s'est généralisé. "Quand on a besoin d'une hospitalisation, nos collègues passent leur journée à leur trouver des places. On les envoie vers Angers, Nantes, La Roche-sur-Yon, et même La Rochelle", rapporte Philippe. Et ce glissement vers les hôpitaux alimente le cercle vicieux. "On sature les urgences des hôpitaux, souligne Mélanie Massé. Et pas forcément avec les moyens nécessaires, car dans les urgences des CHU, on n'a pas le personnel spécialisé pour accueillir ces patients." L'infirmière du CESAME ajoute aussi les EHPAD qui peuvent recevoir des résidants avec des troubles psychiatriques et l'Aide sociale à l'enfance où des enfants ont besoin de soins thérapeutiques adaptés. 

 

Une rencontre avec l'ARS

 

Face à la mobilisation, la direction départementale de l'Agence régionale de Santé a reçu une délégation. D'après les syndicats, l'ARS a proposé de mettre en place du temps médical partagé entre le CESAME et le CMP de Cholet. Impossible à mettre en place selon les syndicats. Dans le même temps, l'ARS a précisé que la pénurie de psychiatre pourrait durer puisque la spécialité aurait du mal à attirer les futurs médecins. 

 

Manif Beaupréau CMP SUD_02 06 26_AVC
Odile Lemaire, déléguée départementale SUD Santé Sociaux
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Déterminés à sauvegarder le CMP de Beaupreau, l'intersyndicale réclame le recrutement de psychiatre, le recours aux intérimaires pour remplacer les médecins qui partent et la favorisation des infirmières en pratique avancée pour soutenir les soignants déjà présents. Une nouvelle mobilisation est prévue.