Le Bourg d’Iré : la lutte contre les déchets nucléaires dans un documentaire ce soir

Maine et LoireMayenne

19 janvier 2023 à 12h13 par Coralie Juret

De 1987 à 1990, le Segréen faisait partie de quatre sites retenus pour y implanter un centre d’enfouissement de déchets radioactifs à vie longue. La lutte du territoire contre ce projet est au cœur d’une conférence-débat avec le Comité Centrales, qui a réalisé un documentaire.

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Manifestation à Segré le 19 janvier 1983 contre les déchets nucléaires du Bourg d'Iré.
Crédit: Jean-Paul Desverne

S’ils ne s’étaient pas battus, des déchets nucléaires commenceraient à être enterrés en ce moment même dans la région... Au Bourg d’Iré, à deux pas de la Mayenne, tout un territoire s’est mobilisé pendant trois ans de 1987 à 1990, pour l’abandon d’un projet d’enfouissement.

Le 18 mars 1987, le gouvernement annonce par voie de presse un projet de laboratoire souterrain pour stocker les déchets nucléaires à vie longue qui manquent de place à la Hague. Quatre zones sont retenues : le schiste segréen, le granit des Deux-Sèvres, l’argile de l’Aisne et le sel de l’Ain.

 

L’union des écologistes, des agriculteurs et des politiques

 

Militants écolo et agriculteurs ont œuvré main dans la main raconte Henri-Claude Houssais, l’un des acteurs de cette lutte. « La mobilisation a commencé petitement dès 87. Il y a eu obstruction sur les vols d’hélicoptères qui venaient cartographier le sous-sol segréen vu du ciel. Pour nous c’était imparable, des véhicules ont été immobilisés au sol ». Des réunions d’informations s’organisent aussi de 1987 à 1989 dans toutes les communes à l’initiative de Bernard Cottier (Sortir du Nucléaire) et de Jacques Amedeo, vétérinaire et membre du GSIEN, groupe de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire).

L’ANDRA, Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs tente de s’installer sur une parcelle du Tremblay mais elle est labourée. Elle prend possession de la Gibaudière au Bourg d’Iré. La ferme est transformée en camp retranché, grillagée et entourée de barbelés et de tranchées. « Ce qui a vraiment déclenché les 9 semaines de conflit, c’est quand les gardes mobiles sont arrivés », se souvient Henri-Claude Houssais.

 

Abandonné au Bourg d’Iré, envisagé à Bais, installé à Bure

 

Actions, manifestations, intimidations... après trois ans de mobilisation, les militants obtiennent finalement un moratoire d’un an sur les quatre sites à l’étude en France auprès du Premier Ministre Michel Rocard lui-même le 9 février 1990, et la libération de la Gibaudière deux jours plus tard.

Un soulagement pour Joseph Bossé, président de l’antenne locale de la Chambre d’agriculture à l’époque : « Quand Michel Rocard a dit on arrête, fouh ! quel enthousiasme ! Nous, l’exploitation en souffrait, on était souvent parti et il faut d’abord faire tourner l’exploitation. C’était pour nous un objectif atteint, mais le problème des déchets nucléaires reste et on se bat aussi pour qu’ils soient pas dans les terres des voisins ». Ni ici, ni ailleurs pour les anciens membres de la CADSA, la Coordination antidéchets pour la sauvegarde de l’Anjou. Car après avoir envisagé plusieurs sites français dont celui de Bais en Mayenne, l’ANDRA a jeté son dévolu sur Bure dans la Meuse depuis les années 2000.

 

Une conférence-débat gratuite est organisée jeudi 19 janvier à 20h30 salle du Théâtre au Bourg d’Iré autour du film Notre terre mourra proprement, avec des témoignages des opposants de l’époque.

Il y a 35 ans, ils ont fait avorter un projet d'enfouissement de déchets nucléaires au Bourg d'Iré
Le Sujet de la rédac du 11/01/23
Crédit: Coralie Juret