Maine-et-Loire. L'État réduit les crédits promis, des postes et des dispositifs de retour à l'emploi menacés
Des associations de l'économie sociale et solidaire ont appris que l'État allait baisser de 10 à 23 % les crédits alloués à des dispositifs d'accompagnement de retour à l'emploi. Une perte de 236 000 € qui engendre des licenciements et l'annulation d'actions auprès de 1 500 personnes.
Publié : 16h37 par Alexis Vellayoudom
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"Une mort en silence" qui pourrait avoir des conséquences importantes dans le secteur des solidarités. Plusieurs associations et organisations angevines ont appris récemment une baisse de 10 à 23 % des crédits alloués à leurs dispositifs d'accompagnement de retour à l'emploi. Une décision jugée brutale, en pleine année, qui va entraîner des ruptures de contrats et l'arrêt de plusieurs dispositifs.
236 000 € de moins pour l'Anjou
Lorsque ces associations ont répondu à l'Appel à Manifestation d'Intérêt en 2024 et 2025, elles étaient loin d'imaginer que leur travail n'allait pas pouvoir aller au bout. À l'époque, la DREETS des Pays de la Loire, la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités, met œuvre l'O2R, l'offre de repérage et de remobilisation, un dispositif issu de la Loi Plein emploi qui vise à engager des actions sur trois ans à destination des publics invisibles très éloignés de l’emploi. "Le but : c'est d'aller chercher ces publics invisibles, de les repérer, les remobiliser et les raccrocher à l'emploi", explique Malika Glanny, directrice générale de l'UDAF 49.
En Maine-et-Loire, plusieurs associations et structures se sont organisées en consortium pour répondre à cinq problématiques : les personnes de plus de 25 ans ; les jeunes de moins de 25 ans ; les personnes en situation de handicap psychique ; les personnes issues des onze bidonvilles de l'agglomération angevine et celles peu ou pas qualifiées qui habitent dans des zones de revitalisation rurale. Deux conventions ont été signées avec l'Etat qui allouent les crédits permettant d'accompagner près de 1 500 personnes, notamment des jeunes, mais aussi des femmes en situation de monoparentalité. "La force du projet, c'est qu'il y a une complémentarité entre les institutions", souligne Simon Ecuyer, directeur de l'Inter Réseau de l'Économie Sociale et Solidiaire en Anjou (IRESA).
Licenciements et actions annulées
Mais en mai 2026 alors que la plupart des programmes sont en cours et les crédits engagés, la DREETS annonce ces coupes budgétaires, soit l'équivalent de 236 000 € pour l'Anjou (900 000 € pour les Pays de la Loire, ndlr). "La baisse on l'a apprise par mail, explique Malika Glanny. On nous a simplement demandé de signer un avenant." Pour Christophe Gabillard, directeur du pôle Famille, logement, solidarités à l'UDAF 49, c'est la double peine : "On a déjà six mois de consommés, ça veut dire qu'on doit réajuster sur six mois. Il va falloir faire des arbitrages. Ça sera des gens moins bien accompagnés, voire qu'on n'accompagnera plus. On touche aussi à des emplois et puis on a des risques de cessation de paiement."
Sur les dispositifs, dont la baisse de crédits est de 20 %, les associations seront dans l'obligation de licencier. D'autres verront leur temps de travail réduit. "Depuis le mois de janvier, on a engagé des professionnels sur trois ans, mais là, on est obligé de diminuer leur participation donc on va avoir moins de jeunes à toucher", confie Jean-Luc Morin, directeur général de l'Association Habitat Jeunes David d'Angers.
Par ricochet, des actions ne sont plus réalisables. "L'année dernière, on pouvait financer des permis BSR et voiturette. Aujourd'hui, ce n'est plus possible, détaille Juliette Maurille, référente du dispositif ITIA qui accuse une perte de 93 000 € sur l'accompagnement des personnes de plus de 25 ans. Alors que les personnes qu'on accompagne souvent, elles sont éloignées de l'emploi parce qu'elles ont des problématiques de santé. Et sans mobilité, c'est compliqué de rencontrer un soignant, d'aller s'inscrire dans une agence d'intérim et de rencontrer une entreprise." Une animation de médiation animale a aussi été supprimée. "Les ateliers collectifs, c'était une demande très forte des personnes qu'on accompagne, qui sont très souvent en rupture de lien social."
Autre cas concret, l'un des dispositifs permettait à des personnes accompagnées souffrant d'addictions d'être soutenues par une infirmière, mais la coupe budgétaire va aussi l'impacter. "Le temps de disponibilité de l'infirmière est réduit à peau de chagrin. C'est illusoire d'imaginer qu'on peut ramener des personnes vers l'emploi, si on n'a pas déjà accompagné la première problématique, s'alarme Malika Glanny. L'État attend qu'on fasse autant avec moins."
Une demande de rencontre avec le ministre du Travail
Cette baisse de crédits risque aussi de fragiliser les structures. "Alors que nos budgets prévisionnels sont bouclés, souligne Christophe Gabillard. Les crédits pour l'année 2025 n'ont toujours pas été versés, tout comme les avances de fonds de 2026." Au CIDFF, le Centre d'information des Droits des femmes et des familles, les salariés sont inquiets. "Ça vient fragiliser le modèle économique de nos structures associatives", s'agace Estelle Moinard, la directrice. En 25 ans de métier, Jean-Luc Morin n'a jamais vu ça. "C'est la première fois que je vois des conventions remise en cause au cours de l'année. Et franchement ça inquiète. Que vaut désormais la parole de l'Eat ?" Pour Fanny Gardie, co-présidente de l'IRESA, ces coupes sont contre-productives. "On sait très bien que le coût d'un dispositif sera toujours moins cher que les dégâts sociaux."
En colère, ils ont écrit au ministre du Travail Jean-Pierre Farandou. À l'intérieur, ils se questionnent : "ces modalités suscitent de fortes préoccupations, tant sur le plan de la coopération que sur la soutenabilité économique des structures, et in fine sur les conditions d’accompagnement des personnes. Elles traduisent, de notre point de vue, un défaut d'engagement de l'Etat dans l'appel à manifestation d’intérêt au regard des ambitions de la loi plein emploi". Ils demandent un rendez-vous pour échanger "sur les modalités" des actions sur 2026 et souhaitent aussi le maintien des budgets jusqu'à la fin des conventions. "Avec le budget qui sera proposé à l'automne, on est déjà inquiet pour 2027", confie François Gabillard. Au niveau régional, le secteur n'écarte pas la posibilité d'une manifesation à Nantes.
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