Maine et Loire

Angers. « L'État n'écoute pas ce qu'on dit », plus de 4 000 personnes pour la mobilisation lycéenne

Hier, plus de 4 000 personnes se sont rassemblées à Angers dans le cadre de la mobilisation lycéenne. Les lycéens ont de nouveau portés leurs revendications sur le non remplacement des enseignants, la vétusté de certains établissements et les emplois du temps générés par la réforme Blanquer. Puis le message s'est noyé dans une manifestation qui rassemblait étudiants, travailleurs, retraités et quelques parents. Reportage.

Publié : 13 octobre 2026 à 22h50 par Alexis Vellayoudom

Mobilisation lycéenne Angers_13 10 26_AVC
Les lycéens dénoncent toujours les emplois du temps générés par la réforme Blanquer
Crédit : Alexis Vellayoudom

Dans le jargon syndical, ils appellent ça « la convergence des luttes ». Et Angers en a bénéficié ce mardi 13 octobre pour l'acte 5 du mouvement lycéen. Au moins 4 000 manifestants se sont de nouveau rassemblés cet après-midi sur la place du Ralliement pour défendre les revendications lycéennes et étudiantes, mais aussi s'opposer à la présence des forces de l'ordre.

 

« L'État n'écoute pas ce qu'on dit »

 

Il ne fallait pas louper le début pour recueillir la parole des lycéens. Petit à petit, différents cortèges des lycéens angevins ont migré vers la place du Ralliement. Parmi eux, ceux du lycée Joachim-du-Bellay. Après s'être mobilisés devant leur établissement, c'est en musique que ces jeunes sont arrivés. Eden et Achille, élèves de terminale, reviennent pour la deuxième fois. "L'État n'écoute pas ce qu'on dit. Ils ne prennent aucune mesure sur les jours qui viennent donc on continuera à bloquer et à se mobiliser jusqu'à ce que nos revendications soient entendues."

Parmi ses revendications : la rénovation des établissements les plus vétustes et la baisse des effectifs dans les classes. "Ils ont réduit le budget pour l'Enseignement morale et civique. Maintenant, on est en classe entière donc ne peut plus faire de débat. Les cours sont nuls, on a juste des grandes fiches sur la politique, mais on apprend rien", rapporte Maxens, l'un de leurs camarades.

 

Lycéens Manifs Angers_13 10 26_AVC

 

Ces lycéens pointent aussi du doigt la répartition des cours dans leurs emplois du temps, conséquence de la réforme Blanquer qui a supprimé les filières historiques (S, ES, L) pour les remplacer par des enseignements de spécialité. Désormais, les élèves n'évoluent plus avec une seule classe, mais dans différents groupes selon leurs options, ajoutant des difficultés dans la conception des emplois du temps. "Par exemple, le jeudi, j'ai cours toute la matinée et je vais avoir un trou jusqu'à 17h pour avoir seulement un cours de 17h à 18h" , explique Achille. À côté de lui, Eden complète : "le mercredi, j'ai cours de 8h à 10h alors que les jeudis et vendredis, j'ai cours de 8h à 18h. Le midi, les pauses sont courtes et si vous faites l'association sportive (AS), on a parfois 15 minutes pour manger. Ca créé de la fatigue". 

 

« On met du budget pour 3 000 enseignants, et au final leur attribuer les mauvais postes »

 

Depuis le début de la mobilisation, un sujet cristallise particulièrement les tensions : celui des professeurs non remplacés. Si nos trois lycéens ne sont, pour le moment, épargnés, ils ont connu cette situation au collège. "On n'a pas eu arts plastiques pendant plus de deux ans. Et quand on a eu une remplaçante, c'était une professeure de français", sourient Maxens et Achille. 

Pour remédier à ce problème dans les lycées, le ministre de l'Éducation Edouard Geffray a annoncé ce week-end le renfort de 3 000 enseignants titulaire sur zone de replacement (TZR). Une mesure qui ne convainc pas dans le cortège. "Il les sort d'où ? Et s'il les avait, pourquoi il ne les a pas mis avant. Si c'est nos pauvres TZR, ils font déjà ce qu'ils peuvent", s'agace Céline, enseignante d'anglais au lycée Jean Moulin.

 

Céline Enseignante Manif Lycée_13 10 26_AVC
Céline est enseignante d'anglais au lycée Jean Moulin
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

De son côté, Maxens rappelle le témoignage d'une de ces TZR appelée en renfort. Linda a été affectée à un poste de professeur d'anglais à plus de 60 km de chez elle, alors qu'elle enseigne normalement les Lettres Modernes. Une affection qu'elle ne peut pas contester sous peine de risquer des sanctions pour "abandon de poste". "C'est inadmissible. On met du budget pour 3 000 enseignants, et au final leur attribuer les mauvais postes, même pas chez eux, et on les dégage s'ils refusent." Pour la professeure d'anglais le gouvernement "ne nous entend pas, il se moque de l'avenir de ces jeunes qui ne s'y retrouvent plus avec la réforme Blanquer".

 

Etudiants, retraités et parents dans le cortège

 

Après quelques discours place du Ralliement, la mobilisation a pris une tout autre tournure. Dans le calme, l'Union nationale des étudiants de France et le NPA-Révolutionnaire ont pris les devants. Les revendications des lycéens ont laissé place aux slogans "anti-flics", faisant écho aux différentes "violences policières" qui ont émaillé la mobilisation partout en France.

D'ailleurs, Ludivine, maman d'une lycéenne, est venue dénoncer ça. "Les images de violences policières contre les enfants m'ont révoltées, je ne pouvais pas laisser passer ça. Je me dis que ça aurait pu être ma fille. C'est notre avenir, c'est la jeunesse. Et puis, face à la montée du fascisme, je voulais sortir dans la rue." L'Angevine trouve aussi légitimes les revendications des lycéens. "On se demande où va l'argent."

 

Ludivine maman manif lycéen_13 10 26_AVC
Ludivine, maman d'une lycéenne, veut dénoncer les "violences policières"
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Derrière la tête de cortège, ils étaient d'ailleurs nombreux à venir montrer leur soutien à la mobilisation lycéenne. Jules*, et ses amis, sont étudiants à l'ESEO. "Nous, on a la chance d'être dans un établissement qui a les moyens, mais on sait que ce n'est pas comme ça partout. On a vu des lycées en Seine-Saint-Denis où il y avait des rats. Ce sont des conditions terribles. L'éducation, c'est un droit. Aujourd'hui, on a des privilèges, mais faut aussi se battre pour ceux qui n'en ont pas."

Si les syndicats des travailleurs avaient aussi appelé à rejoindre le mouvement, les retraités ont également fait le déplacement comme Christian et Gérald*. "Les lycéens, il faut les soutenir pour que eux puissent aussi nous soutenir après. D'autant qu'on a un combat aussi sur la revalorisation de nos retraites", clame Christian. À côté, Gérald vient pour l'avenir de ces petits-enfants, l'un d'eux est en 5ème année de l'école des Arts et Métiers. "Ces jeunes qui sortent avec des bac+5, ils n'ont même pas le SMIC et certains pas de boulot." Les lycéens et les syndicats ont prévu de poursuivre la mobilisation.

 

*Ces personnes ont décidé de changer leurs prénoms pour conserver leur anonymat