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Hippisme. « Ce sont les petits hippodromes qui recrutent les futurs parieurs », l'hippodrome de Molières pourrait voir ses courses de galop disparaître

Pour des raisons économiques, France Galop prévoit d'enlever la totalité des courses de galop sur plusieurs hippodromes, dont celui de Molières (Chemazé). Une décision que Jean-Claude Lambert, président du petit hippodrome, a du mal à comprendre. Entretien.

Publié : 17h24 par Alexis Vellayoudom

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Jean-Claude Lambert, président de la société des courses de Molières
Crédit : Alexis Vellayoudom

Lorsqu'on arrive à Molières, difficile d'imaginer que deux week-ends par an, plus de 1 000 personnes s'y rassemblent. Certes, ce petit hameau de la commune de Chemazé dans le Haut-Anjou est charmant, son église du XIIe siècle, nichée sur une butte, atypique, mais seul l'hippodrome d'à côté a encore la capacité de faire venir les foules à Molières. Depuis plus de 70 ans, ce terrain, adossé à la D588, accueille des courses hippiques. Mais voilà, l'un des plus champêtres hippodromes de France pourrait peut-être ne plus accueillir de courses. Selon la nouvelle cartographie proposée par France Galop, la société organisatrice des courses de plat et d'obstacles, il fait partie des 31 hippodromes qui pourraient perdre la totalité de ses courses de galop au 1er janvier 2027. Une décision, si elle est entérinée, qui pourrait sonner la fin des courses à Molières. 

 

Des courses transférées à Segré

 

Cela fait plus de 25 ans que Jean-Claude Lambert est à la tête de la société des courses de Molières. Si l'ancien président de l'hippodrome d'Angers en a vu d'autres, l'annonce faîte il y a une semaine et demie a du mal à passer. Dans un contexte difficile pour le PMU et donc pour faire des "économies", France Galop prévoit de lui enlever ses trois courses de plat et ses six cross dès l'année prochaine. 

"Paradoxalement, au début, je n'étais pas en colère, parce que je me suis dit : c'est des suppressions de courses. Comme il n'y a plus d'argent au PMU, il faut bien retrouver un peu de liberté, donc qu'on supprime des courses, ça veut dire qu'on supprime des allocations, et ça fait donc moins d'argent à dépenser pour les maisons-mères, ça me paraît bien, explique le président. Sauf que ce que j'ai appris très vite c'est que c'était en fait des transferts, et un transfert, ça ne fait quasiment rien gagner à l'institution, ou quasiment rien, donc j'ai trouvé que c'était une décision stupide."

 

 

Réaction de Jean-Claude Lambert, président de l'hippodrome de Molières
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Ces courses de galop seraient transférées sur l'hippodrome de la Lorie à Segré ou à Erbray et Sablé-sur-Sarthe. À Molières, il ne restera que cinq courses de trot, gérées par l'autre fédération, Le Trot français. "J'ai bon espoir de récupérer deux courses de trot pour conserver une réunion, mais si ce n'est pas le cas, on n'aurait pas les moyens de faire une réunion à Molières. La mixité des courses est importante, sachant que l'hippodrome est essentiellement un hippodrome d'obstacles avec des obstacles naturels. On fait partie du patrimoine des courses."

 

« On ne coûte pas cher à l'institution »

 

Pire, lui et sa cinquantaine de bénévoles ne comprennent pas non plus les raisons qui ont poussé France Galop à faire ces choix. "On ne coûte pas très cher à l'institution. Faut compter entre 10 000 et 15 000 € pour les allocations, l'entretien et le médecin lors d'une réunion. En plus, ici, on fait beaucoup de choses par nous-mêmes. J'ai été président d'un hippodrome Premium à Angers, je vois bien les différences de subventions entre les deux", argumente Jean-Claude Lambert.

 

 

L'importance des petits hippodromes
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

D'autant que, selon le président de la société des courses, Molières accueillerait plus d'un millier de spectateurs à chaque réunion. "Ce sont les petits hippodromes qui vont recruter les futurs parieurs. Quand on a 2 000 personnes sur l'hippodrome un week-end, des familles, je peux vous dire que c'est du pain béni pour l'institution. Elle ne s'en rend pas compte, mais quelques années plus tard on va retrouver ces gens-là, gros parieurs ou petits parieurs, sur les hippodromes." Enfin, il craint qu'avec la disparition du galop sur ces petits hippodromes, ce soit toute la filière qui trinque. "S'en prendre aux courses de catégorie 3, c'est mettre en danger les petits éleveurs, car la filière a besoin d'eux.

 

Des réunions déplacées en septembre ?

 

Mais ce qui agace davantage Jean-Claude Lambert, c'est la manière dont il a appris ces mesures provisoires. "Je n'ai pas été concerté, aucun des hippodromes concernés n'a été concerté. Les fédérations régionales et la fédération nationale qui nous représentent, visiblement, n'ont pas été contactées non plus. C'est une décision qui s'est faite en chambre à Paris", regrette le président. S'il est conscient que le monde hippique se porte mal financièrement, Jean-Claude Lambert aurait aimé pouvoir en discuter. "Je comprends qu'il faille supprimer des courses, mais il faut le faire chez tout le monde, pas violemment chez quelques'uns. Par exemple, aucun hippodrome des participants de la Task Force n'a été touché. Ce n'est pas normal. Et puis, les institutions doivent montrer l'exemple. Elles n'ont rien fait depuis cinq ans. France Galop aurait dû dégraisser ses effectifs, mutualiser avec le Trot."

 

De son côté, l'hippodrome de Molières était prêt à faire des efforts. Puisqu'aujourd'hui, ses deux réunions programmées en juillet posent problème. "Je pense que la seule chose qu'on peut nous reprocher, c'est le manque d'arrosage. Et c'est vrai que quand on court en juillet, le terrain est parfois sec, avec le risque d'abîmer les chevaux et les jockeys", admet le Camazéen. Depuis plusieurs semaines, il a donc entrepris un changement de programme avec la Fédération Anjou Maine. "La meilleure solution pour nous, c'est de courir en septembre (18 et 19 septembre 2027) sur l'ancien week-end des courses de Château-Gontier. C'était en discussion, mais Paris n'était pas au courant et n'en a pas tenu compte. On aurait plus de partants, de parieurs, et ça serait un plus pour les petits entraîneurs."

 

Une association en création

 

Depuis la publication de cette nouvelle cartographie, plusieurs hippodromes se sont mobilisés sous la banderole "Ne touchez pas aux courses". C'est le cas, par exemple, à Beaupréau. Dans le Haut-Anjou, des présidents d'hippodromes, des éleveurs et entraîneurs se sont rassemblés à Senonnes, dont l'hippodrome est aussi concerné par ces retraits de courses. Ils vont monter l'association Alliance Ouest pour défendre leurs intérêts et demander le report de cette réorganisation à France Galop. Ils ont reçu le soutien d'Olivier Richefou, président du Conseil départemental de la Mayenne. "Je ne peux accepter que des décisions prises à l'échelle nationale viennent affaiblir des hippodromes qui contribuent à la vitalité économique, sociale et culturelle de nos territoires ruraux. Les acteurs de terrain doivent être pleinement associés aux décisions qui concernent leur avenir", écrit l'élu dans un communiqué. 

À noter que l'institution a depuis fait un pas en maintenant finalement les courses d'obstacles à Saint-Pierre-la-Cour et à Meslay-du-Maine