Maine et Loire

Maine-et-Loire. Des transporteurs routiers angevins se mobilisent à Nantes pour demander des aides face à la hausse du prix du gazole

Ce mardi 31 mars, des dizaines de camions vont ralentir la circulation sur le périphérique sud de Nantes. Face à la hausse du prix du gazole, le syndicat OTRE réclame une aide ciblée aux véhicules, un encadrement du prix du carburant et l'accélération des démarches pour les demandes de chômage partiel. L'entreprise Transports Diguet à Doué-la-Fontaine, qui accuse une perte de 3 000 € par jour, va participer au mouvement.

Publié : 18h33 - Modifié : 18h36 Alexis Vellayoudom

Stéphane Clémot Transports Diguet Doué_30 03 26_Transports Diguet
Stéphane Clémot, co-président de l'OTRE PDL et dirigeant de l'entreprise Transports Diguet
Crédit : Transports Diguet

Après Paris ce matin, c'est en région que les transporteurs routiers se mobilisent. Demain, l'OTRE, l'Organisation des Transporteurs Routiers Européens, appelle à une opération sur Nantes. Dès 6h, les camions occuperont une voie de chaque côté sur le périphérique sud entre le pont de Cheviré et le pont de Bellevue, la circulation se fera donc sur une seule voie dans les deux sens. La mobilisation intervient alors que le prix du gazole pour les routiers frôle les 2€ le litre, soit plus de 60 centimes de hausse en cinq semaines sur un poste qui représente 30 % du budget de fonctionnement des transporteurs routiers. Le syndicat craint de graves conséquences économiques pour le secteur et ceux qui en découlent. 

 

3 000 € de perte par jour

 

Pour éviter d'en arriver-là, le ministre des Transports Philippe Tabarot a bien tenté de proposer une aide de 50 millions d'euros pour le mois d'avril, soit une réduction de 20 centimes par litre. Mais selon les routiers, ça ne suffit pas. "On ne sait même pas si ça va être une aide forfaitaire, si ça va être une aide aux entreprises en grande difficulté, et c'est mis en place qu'au mois d'avril, donc toutes les pertes du mois de mars sont passées dans nos budgets, et donc ça va équilibrer ou dégrader la santé de nos entreprises", explique Stéphane Clémot, gérant des transports Diguet à Doué-la-Fontaine et co-président de l'OTRE Pays de la Loire. 

 

"Ça va pas durer longtemps cette histoire"
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Dans son entreprise, qui fait rouler une cinquantaine de véhicules, il constate la flambée : "un véhicule, il consomme à peu près 25 litres aux 100 km. On fait à peu près tous en moyenne 500 kilomètres par jour, donc vous comptez, ça fait une augmentation de 12 centimes du kilomètre quand on roule, ça fait à peu près 60 euros par jour par véhicule. Chez moi, c'est 60 euros par jour, vous multipliez par 50 camions, 3 000 euros par jour, 15 000 euros par semaine, et ça va faire 60 000 euros dans le mois."

 

Une aide spécifique et un encadrement du prix

 

Et cette hausse a mis du temps à être répercutée sur le prix facturé aux clients. "On a eu l'indexation de l'indice CNR vendredi soir, donc on a déjà passé tout le mois à avancer le carburant, on a déjà un mois de trésorerie avancée minimum, et après on va facturer, et nos clients vont nous régler, si ça va bien 30 jours, donc ça fait au moins 60 jours à avancer l'argent pour faire rouler les camions, donc c'est un vrai problème de trésorerie et d'économie d'entreprise", souligne Stéphane. Aujourd'hui, elle est de l'ordre de 10 % sur le coût du transport, mais automatiquement tout devrait augmenter. "Si les clients entendent l'augmentation, il faut qu'ils rajoutent 10% sur la valeur transport, donc ça fait monter le prix final, et aujourd'hui, il faut bien se rappeler que tout ce qu'on touche, tout ce qu'on a à la maison, au quotidien ou en industrie, tout doit se transporter, et c'est fait en grande partie par le transport."

Pour faire face, le syndicat propose de mettre place en place les mêmes solutions qu'en 2022 lorsque les prix avaient flambé suite à l'invasion de la Russie en Ukraine. "On demande une aide spécifique aux véhicules, mais aussi un encadrement du prix du carburant, parce que, ce qui m'inquiète le plus, c'est si demain, il continue encore à monter, même si on doit répercuter une partie de la hausse, à un moment, c'est un vrai problème économique", souligne Stéphane Clémot.

Des mesures sur le chômage partiel sont aussi évoquées. Ce matin, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a annoncé qu'il "était prêt à mettre en place" de telles mesures "pour soulager les entreprises qui ont une baisse d'activité". Le syndicat demande à ce que les demandes de chômage partiel soient accélérées. "Faire sortir un camion, ça ne rapporte pas d'argent, voire ça coûte de l'argent, donc pour une entreprise, travailler à perte, c'est juste inenvisageable", reprend le co-président de l'OTRE Pays de la Loire.

 

Des centaines d'entreprises en difficulté

 

Si les demandes formulées sont les mêmes qu'en 2022, le contexte est bien différent. "À l'époque, on sortait post-Covid, l'activité économique en général était assez soutenue, on n'avait pas subi l'inflation qu'on a subie depuis la guerre en Ukraine, on n'avait pas le coût de l'argent qui aujourd'hui n'est pas la même chose, constate Stéphane Clémot. Depuis deux ans, l'activité est en déclin. Il y a des centaines d'entreprises déjà en difficulté, voire en très grande difficulté. On sort d'un hiver où il n'a pas fait beau, on a eu la neige, donc plein de facteurs qui font que l'économie n'est pas là. Aujourd'hui les entreprises sont très fragilisées, et ce coup de semence de la guerre fait que ça dévisse très fortement et qu'on n'a pas les moyens de se battre ou de réagir. En plus là, on n'a pas le sentiment que ça va baisser tout de suite."

 

Les revendications de l'OTRE
Crédit : Alexis Vellayoudom

Jusqu'à quand ? Selon l'OTRE, il ne faudrait pas que la situation s'éternise. "Nous, ça fait 50 ans qu'on existe, donc on a un petit peu de trésorerie pour pouvoir fonctionner deux ou trois mois, mais à l'allure où ça fond, quand je vous dis moi c'est 60 000 euros, j'ai 50 camions, ceux qui en ont 500, c'est des centaines de milliers d'euros qui s'en vont, donc même si on répercute à minima, ça ne va pas durer longtemps l'histoire."