Maine et Loire

Salon de l'agriculture. Le marron noir des Mauges, une variété angevine revalorisée, qui vise l'excellence

Depuis 2024, l'association du Marron des Mauges - Marron de Vendée revalorise le marron noir. Cette variété endémique, plus robuste, sert aujourd'hui à faire de la crème de marron, qui sera présentée demain lors du Concours général agricole. Objectifs : créer une IGP et développer la filière.

Publié : 18h38 - Modifié : 18h49 Alexis Vellayoudom

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L'association rassemble une quarantaine de producteurs et commercialise sa crème de marron
Crédit : Alexis Vellayoudom

Si l'Ardèche est considérée comme la terre de la crème de marron, elle pourrait bientôt être concurrencée par le Maine-et-Loire. Depuis 2024, l'association du Marron des Mauges - Marron de Vendée mène campagne pour réhabiliter le marron noir des Mauges. Cette variété endémique présente des qualités gustatives et agronomiques qu'une quarantaine de producteurs ont décidé de faire siennes, avec l'ambition de créer une IGP, une indication géographique protégée. Première étape de leur combat : conquérir les cœurs au Salon de l'agriculture, qui se tient en ce moment à Paris. 

 

Quelles sont les particularités du marron noir des Mauges et de Vendée ?
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Près de 20 hectares plantés

 

"C'est le retour au bon sens", martèle Benoît Huntzinger, installé depuis 2020 avec sa femme Marine sur la Ferme des Blottières à Chemillé. En 2020, Il aura fallu un petit tour sur la ferme et la découverte du marron noir des Mauges, une variété endémique du secteur, pour que l'idée germe. "C'est une production qui était présente massivement dans toutes les fermes des Mauges et du haut-bocage vendéen jusque dans les années 70-80, rappelle l'ancien banquier. C'est une production qui a périclité petit à petit avec le remembrement. L'idée, c'est de se dire aujourd'hui, le bocage est une richesse, mais qu'on doit travailler sur le développement pour valoriser ces atouts-là."

 

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Deux ans plus tard, l'association est lancée, avec une quarantaine d'agriculteurs du haut-bocage vendéen et des Mauges, et 2 000 porte-greffes de plantés, soit un verger de 20 hectares. "Aujourd'hui, on valorise surtout des vieux arbres qu'on a restaurés, qu'on a retaillés pour essayer de les sauver déjà, pour pouvoir collecter des greffons de qualité et on a les replantés." Après la greffe, il faut attendre six ans pour que les premiers marrons tombent et 15 ans pour atteindre un rythme de croisière. Un temps long, mais qui n'empêche pas d'ambitionner une vraie filière d'ici 6 ans et de déposer une IGP. 

Où en est la filière du marron noir des Mauges et de Vendée ?
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Car, le cahier des charges est strict, pas d'utilisation d'engrais chimiques et respect des haies bocagères. "L’arbre, c’est le pilier de la vie du sol, on ne va pas mettre n’importe quel arbre. On s’inspire des anciens, on replante des arbres pour qu’ils aient une valeur ajoutée sur notre ferme, une dimension verticale qui va produire et permettre de ne pas perdre d'espace", explique Benoît, qui est aussi président de l'association. L'idée, c'est d'aussi d'être sur des petites productions. Pierre Frémondiere est maraîcher et champignoniste à Saint-Lézin, il a planté 70 arbres sur un hectare. "Le maraîchage, si ça marche tant mieux, mais si une année devient à être difficile, on peut avoir cet atelier de marron, qui peut récupérer la perte des autres ateliers. Cette notion de résilience de la ferme est hyper importante.

 

Goûteuse et robuste

 

Pour le moment, Benoît et Marine Huntzinger sont les seuls à produire. Depuis janvier 2025, leur propre atelier de transformation tourne à plein régime. La demi-tonne de châtaignes récoltées, a d'abord maturé un mois avant d'être épluchée en Bretagne. Les châtaignes sont ensuite congelées. Pour la crème de marron, elles sont cuites, passées dans une raffineuse. "On met la purée de marron dans une marmite au bain-marie. Le sucre est naturellement plus présent dans cette châtaigne que les autres variétés. Et donc, quand on fait cuire la crème de marron, on rajoute moins de sucre que celles qui sont vendues dans le commerce ce qui fait que le goût est plus intense, plus boisé", explique Marine Huntzinger. Ce procédé artisanal a permis de fabriquer 2 800 pots de 230 gr. 

 

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Si ce collectif d'agriculteurs a relancé la commercialisation de cette variété, c'est aussi pour ses qualités agronomiques. Récolté entre septembre et novembre, le marron noir des Mauges se ramasse plus tard que ces cogénères. "Il est plus tardif, donc il résiste mieux aux sécheresses caniculaires. Il a une écorce plus épaisse, ce qui fait qu'il est moins sujet au chancre du châtaignier, souligne Benoît. Dans la tradition orale qu'on a pu récupérer, le marron noir était celui qui était attendu des paysans, c'était celui qu'il gardait."

 

Des bienfaits validés par Biogeco à Bordeaux et Végépolis à Beaucouzé, avec qui les agriculteurs collaborent sur la partie scientifique. Le Crapal, Conservatoire des races animales en Pays de la Loire et Horizon Bocage à Chemillé accompagnent eux-aussi le projet sur la partie financière. "Il y a des recherches à faire sur sa résistance aux champs, sur sa capacité à résister peut-être maladies, à conserver un niveau de production hyper intéressant malgré l'évolution du climat. À vouloir n'utiliser que des variétés industrielles ou hybrides, on passerait à côté de la préservation génétique de ce patrimoine et ce serait dommage. Pour moi, ce patrimoine végétal porte génétiquement les solutions du futur."

 

Une crème de marron servie au Puy du Fou

 

Pour continuer son développement, l'association souhaiterait acheter un aspirateur, qui permettra de ramasser et déboguer les châtaignes. L'équipement coûte 10 000 €, mais la Région Pays de la Loire s'est engagée à soutenir cet achat via son PCAE, le Plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles en élevage. C'est d'ailleurs sur le stand de la collectivité que les producteurs sont invités à faire découvrir leur produit. Un atelier de transformation mutualisé est aussi en cours de réflexion. 

 

Côté distribution, la crème de marron est aujourd'hui servie au Puy du Fou pour plusieurs recettes. "On a aussi travaillé avec un restaurateur qui a fait un dessert avec notre crème de marron. Il est parti dans une autre région, mais il a repris notre crème de marron parce qu'il a apprécié le goût spécifique", souligne Marine. "Le champ des possibles est hyper large parce qu'il y a la crème de marrons, mais il y a aussi le marron sous vide, la farine de châtaigne. Mais il faut d'abord consolider le niveau de production", renchérit Benoît.

À terme, l'association du Marron des Mauges - Marron de Vendée espère produire jusqu'à 30 quintaux par hectare. Avec cette vitrine au Salon de l'agriculture, ils espèrent pouvoir exporter cette crème de marron dans toute la France.