Maine et Loire

Angers. "On ne lâchera pas" : la grève des urgences se poursuit au CHU, avant un rassemblement samedi

En grève depuis le 19 janvier, les soignants et médecins des urgences du CHU d'Angers restent mobilisés et appellent à une manifestation ce samedi 14 février à 10h30, devant la mairie angevine. Ils réclament des lits et un aide-soignant supplémentaire, alors que leurs conditions de travail se dégradent.

Publié : 15h53 par Marie Chevillard

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Toujours mobilisés devant les urgences du CHU, les soignants appellent à un rassemblement ce samedi.
Crédit : MC

"Certains patients dorment dans des couloirs qui ne sont pas chauffés, on a à peine le temps de leur donner à manger..." Une situation que ne supportent plus les soignants des urgences du CHU d'Angers, dont une majorité s'est mise en grève depuis le 19 janvier : une alerte supplémentaire, pour ces professionnels qui tirent la sonnette d'alarme depuis des années déjà. "ça fait plus de 15 ans que je suis à l'hôpital et chaque année, ça se dégrade, regrette une infirmière présente depuis près de six ans aux urgences, qui préfère se faire appeler Marianne*. Avant, on disait 'ça va aller mieux quand le beau temps va arriver', mais aujourd'hui c'est faux : on a bien vu là le 13 juillet par exemple, ça a été une catastrophe."

Pour mobiliser aussi la population, une manifestation est organisée ce samedi 14 février à partir de 10h30, devant la mairie d'Angers. "Quand les gens arrivent aux urgences, ils nous disent 'mais on ne se rendait pas compte à quel point c'était le bazar'. Ce qu'on veut dire à la population, c'est 'n'attendez pas d'être malade, d'avoir des personnes malades autour de vous, pour vous rendre compte qu'il y a un gros problème dans la santé publique'."

 

Dix jours d'attente pour un lit d'hospitalisation

 

Et même si les soucis ne datent pas d'hier, Marianne déplore une vraie dégradation de ses conditions de travail, et donc de la prise en charge des patients. "On est débordés, on nous interpelle régulièrement, donc on a des interruptions de tâches, avec un risque de commettre des erreurs. On a aussi beaucoup de patients psychiatriques pour lesquels on n'a pas de lits tout de suite derrière : c'est souvent eux qui restent sur des brancards dans un couloir qui n'est pas chauffé, où les toilettes ne sont pas assez nombreuses, et les repas, souvent servis tard. De mémoire, certains sont restés plus de dix jours en attente d'une place d'hospitalisation." 

 

"Certains patients ont dormi dix jours dans un brancard, dans un couloir qui n'est pas chauffé"
Crédit : MC

 

Face à une patientelle aux besoins spécifiques, les risques peuvent être d'autant plus grands. "On peut oublier aussi de leur donner leur traitement, parce qu'on est débordés, donc ils ont pas leur traitement en temps réel et pas les entretiens qu'ils devraient avoir avec des psychiatres. Ce sont des personnes qui peuvent avoir des idées noires, qu'on nous demande de surveiller, mais c'est très compliqué dans ces conditions : d'ailleurs on a régulièrement des gens qui fuguent, et même parfois des passages à l'acte, avec des personnes qui se font du mal au sein des urgences."

Alors pour soulager les équipes, les grévistes, soutenus par Force ouvrière 49 et Sud Santé Sociaux du Maine-et-Loire, réclament un(e) aide-soignant(e) supplémentaire 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, et des lits en plus. "C'est le minimum qu'on puisse demander : ça permettrait d'assurer les soins primaires, les soins de base, boire, manger et avoir une hygiène corporelle. On a bien vu que les dix lits mis en place temporairement (entre le 23 janvier et 3 février) nous ont soulagés, même si ça n'a pas réglé tous les problèmes. Dans la région, des grèves dans d'autres centres hospitaliers ont permis d'obtenir certains postes, donc pourquoi pas nous ? On sait que c'est possible et on ne lâchera pas."

 

"J'ai des collègues épuisés, à la limite du burn-out"

 

Les discussions avec la direction du CHU n'ont pour le moment pas abouti, au grand regret des soignants. "On nous dit qu'il n'y a pas de moyens, qu'ils n'ont personne... On nous a proposé des repas froids pour les patients, une personne pour nettoyer les toilettes et un tour supplémentaire pour le maître-chien la nuit (pour assurer la sécurité des soignants et patients), mais ça ne fait pas partie de nos priorités." Avec un risque à plus long terme : que ces conditions de travail découragent les étudiants en santé, et les vocations tout court. "Là, ça fait réfléchir, en convient Marianne. Pour l'instant, oui je tiens : le rythme est compliqué et dur mais je l'ai choisi, et je sais que je peux aller voir ailleurs. Maintenant, il y a beaucoup de nos collègues qui sont épuisés, à la limite du burn-out. Et qu'est-ce qu'on transmet, nous, centre hospitalier universitaire ?"

Les doutes naissent parfois dès les études, notamment en IFSI (Institut de formation en soin infirmier). "Beaucoup arrêtent pendant leurs trois années d'études, parce que la pression est insupportable. Au sein des urgences, on encadre régulièrement des stagiaires, qui se posent les questions. On essaie de les rassurer, mais on sait qu'on n'est pas trop crédibles, parce que nous-mêmes, on a du mal à y croire..." Malgré un discours qui pourrait sembler résigné, ces soignants continuent leur mobilisation pour plus de moyens pour les urgences et l'hôpital public, avec cette manifestation qu'ils espèrent mobilisatrice ce samedi matin.

 

*prénom d'emprunt