"Je suis cette fille dont on parle parfois sans jamais dire le nom", démarre Mélanie Van De Velde Azzi dans une lettre ouverte publiée le lundi 9 février sur sa page Facebook, accompagnée par son avocate Me. Le 1er janvier, cette maman de 32 ans, originaire d'Angers, était au bar Le Constellation dans la station de Crans-Montana en Suisse lorsque l'incendie qui a fait 41 morts et 115 blessés dans la nuit du Nouvel An s'est déclaré. Les images du drame montrent Mélanie qui saute de la rambarde, "non pas par bravoure, mais parce qu’à cet instant précis, le feu était plus fort que la peur." Depuis, cette maman d'une petite fille a été prise en charge loin de sa vie, à Zurich d'abord, puis transférée au CHU de Nantes dans le centre des brûlés.
« Mon corps est brûlé à près de 40 % »
"Depuis ce jour, je ne vis plus. Je survis", poursuit l'Angevine. Brûlée à 40 %, elle indique devoir changer de pansement tous les deux jours. "Mon corps est devenu un champ de bataille." Mélanie Van De Velde Azzi raconte aussi la dure confrontation face aux traces indélébiles laissées par les flammes. "Mon visage ne sera plus jamais le même. Celui que je reconnaissais dans le miroir n’existe plus. Celui que ma fille connaissait non plus. C’est une perte intime, silencieuse, impossible à expliquer à ceux qui ne la vivent pas."
« Où est la justice ? »
Au-delà de la souffrance physique, la trentenaire raconte aussi la douleur morale. "Pendant que je subis des interventions lourdes, pendant que je réapprends à habiter un corps profondément abîmé, d’autres continuent de vivre normalement, écrit-elle. Libres. Sans brûlures. Sans cicatrices. Sans nuits hantées."
Sur une anaphore, elle s'interroge : "Où est la justice quand la victime porte à vie les marques visibles et invisibles, et que les responsabilités restent floues, silencieuses, diluées ? Où est la justice quand on parle d’un drame, mais qu’on détourne le regard de ses conséquences humaines ? Où est la justice quand on demande à une femme brûlée de se reconstruire pendant que le monde continue comme si de rien n’était ?"
« Je n’écris pas par vengeance »
"Ma vie ne sera plus jamais la même, souligne l'Angevine. Mon corps ne sera plus jamais intact. Mon visage ne sera plus jamais celui d’avant. Je porterai cela toute ma vie." Elle indique ne pas écrire par vengeance, mais parce que "le silence est une deuxième brûlure. Parce que l’oubli est insupportable quand on vit avec des cicatrices permanentes. Parce que survivre ne devrait jamais signifier se taire. J’écris pour qu’on comprenne que derrière un fait divers, il y a des corps mutilés, des identités bouleversées, des mères séparées de leurs enfants. J’écris pour qu’on entende enfin la voix de celles et ceux qui paient le prix le plus lourd."
Dans les dernières lignes, Mélanie Van De Velde Azzi livre un dernier message. "Je suis vivante. Mais je vis désormais dans un corps et un visage qui ne seront plus jamais les mêmes. Et tant que cette réalité ne sera pas pleinement reconnue, ma douleur ne sera pas seulement médicale. Elle restera profondément humaine." Une lettre qui trouvera sûrement écho alors que les gérants du bar Jessica et Jacques Moretti, remis en liberté, sont de nouveau interrogés ce mercredi 11 février et jeudi 12 février.