Cap Martinique : “la plus belle transat” de Jacques Amedeo 

Maine et LoireSports

25 mai 2022 à 10h41 par Coralie Juret

Arrivé lundi soir en 15e position double à Fort-de-France, le marin segréen raconte sa course, sa quatrième et dernière transatlantique.

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Jacques Amedeo (à droite) et Antony Durand à l'arrivée de Cap Martinique lundi 23 mai.
Crédit: Marc Marsillon / Cap Martinique

"Un accueil inimaginable" pour Jacques Amedeo à Fort-de-France ce lundi 23 mai. Le Segréen a franchi la ligne d'arrivée de Cap Martinique à 19h56, heure française, après 22 jours, 4 heures, 56 minutes et 45 secondes de course en double avec Antony Durand sur Handicap International, sponsorisé par Oxygène Radio. 

Le doyen de la course, bientôt 74 ans, nous raconte son émotion à l'arrivée lundi : “on annonce à la VHF qu’on va arriver dans la demi-heure, et là on voit arriver un énorme catamaran à moteur avec à bord, des amis, des journalistes, les officiels… et puis on voit arriver un deuxième zodiac, un troisième zodiac, un autre bateau avec des copains qui étaient venus… Tout ça pour nous accueillir et nous accompagner jusqu’à la ligne d’arrivée, ça c’était super sympa. On est complètement seul au monde pendant pratiquement trois semaines, ça fait très bizarre on a l’impression que tout d’un coup tous les copains sont là. On arrive au quai dit d’honneur, c’est un moment très émouvant.

Jacques Amedeo "c'est un moment très émouvant"
Crédit: Coralie Juret

 

“On a perdu au moins 24 heures”

 

Et malgré les longues heures d’approche le long des côtes martiniquaises sous le faible vent, Jacques Amedeo ne se dit “pas trop frustré”, mais plutôt atteint par un sentiment de plénitude. Cette dernière transat est la plus belle pour le skipper d'Handicap International. “Sur un bateau de 11 m, on a traversé l'Atlantique en 22 jours sans escale, ça pour moi c’est très beau”. S’il y avait à redire, ce serait “un sentiment de frustration. On n’a pu préparer cette course comme je le voulais parce que mon équipier (Brice Taillandier, NDLR) s’est blessé quelques semaines avant la course. L'équipier avec qui j’ai navigué c’est un gars extrêmement compétent, mais il m’a avoué après qu’il avait peur de ce bateau qui est grand lourd, très toilé. On n’était pas tout à fait synchronisé et on n’a pas fait ce qu’on pouvait. On a fait 15e, mais avec les blagues qu’on a eu, le spi déchiré… on aurait dû arriver au moins 24h plus tôt. Mais on les a gérés, on n’a pas abandonné alors qu’on était sur le point de se poser la question au large de Lisbonne”.

Jacques Amedeo "on n'a pas pu préparer cette course comme je le voulais"
Crédit: Coralie Juret

 

“Je regardais la couchette en disant : dans 2 heures je reviens”

 

Avant le retour en avion dimanche soir vers la métropole, Jacques Amedeo garde “l’impression d’avoir vécu un beau voyage”. Il évoque notamment cette “très belle rencontre” avec le capitaine d’un cargo hollandais en pleine mer. Lors d’un contact en anglais pour éviter la collision, "il me traite de capitaine tout le temps alors que je suis sur une coquille de noix par rapport à son énorme cargo", rigole le skipper segréen, qui reçoit les encouragements du capitaine au long cours.

Une transat qui confirme aussi à Jacques que ce sera la dernière : “je continue à faire marcher les méninges, je fignole les réglages des voiles mais dès qu’il y a une manoeuvre un peu chaude, je suis pratiquement dépendant de l'efficacité de mon coéquipier, et je ne voudrais pas qu’à un moment je devienne un poids mort. Et puis je suis tombé deux fois dans le bateau, ce qui ne m'était jamais arrivé”. A presque 74 ans, Jacques Amedeo ressent aussi la fatigue, avec “des réveils rapides et très douloureux” pour les quarts de la nuit toutes les deux heures.

Jacques Amedeo "je ne veux pas être un poids mort"
Crédit: Coralie Juret

Le bateau Handicap International reprendra toutefois le départ de Cap Martinique dans deux ans, avec Brice Taillandier à la barre, frustré de ne pas avoir pu disputer cette première édition. Si l’identité de son équipier reste à définir, ce ne sera pas Jacques, qui n’exclut pas de faire encore de la régate entre les sorties de plaisance. Et peut-être plus tard de transmettre sa passion du large à la troisième génération Amedeo. Si son âge le lui permet encore…