Maine et Loire

Mercosur. "Je ne me fais plus beaucoup d'illusions", confie Tony Marboeuf, président de la Coordination rurale 49

Malgré le désaccord de la France, l'Union européenne vient d'approuver l'accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. Une décision difficile à accepter pour les agriculteurs français qui protestent contre l'importation de la viande bovine sud-américaine.

Publié : 9 janvier 2026 à 12h51 - Modifié : 9 janvier 2026 à 13h02 Alexis Vellayoudom

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Une centaine de tracteurs sont montés à Paris pour protester contre la signature du Mercosur
Crédit : Coordination rurale

Il n'y a plus aucun espoir pour le monde agricole français. Malgré la mobilisation hier de la Coordination rurale pour protester contre l'accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. Les 27 pays de l'Union européenne l'ont approuvés aujourd'hui à Bruxelles pour une signature officielle lundi au Paraguay. Après le changement de camp de l'Italie, la France s'est retrouvée esseulée dans le camp du "non" avec l'Irlande, la Pologne et la Hongrie. Les tensions demeurent fortes autour du volet agricole, notamment sur l'importation de viande bovine issue des cinq pays d'Amérique du Sud, part minime de l'accord. Mais pour les trois principaux syndicats français, il engendrerait un appel d'air. Explications. 

 

Viande contre voiture

 

Il faut d'abord rappeler ce que contient cet accord de libre-échange du Mercosur. Au-delà du volet agricole, il fait la part belle pour l'Union européenne à l'exportation de voitures (notamment allemandes ndlr), mais aussi des produits pharmaceutiques et des activités de service où la France est particulièrement bien placée. En clair, ces produits pourront être exportés dans les pays du Mercosur, 270 millions de consommateurs, à des droits de douane quasiment réduit à 0 %. À l'inverse, l'UE pourra profiter des tourteaux de sojas pour l'alimentation animale, le Brésil est le premier producteur au monde, mais aussi des métaux rares, indispensables à l'électronique, au numérique ou aux véhicules électriques.

 

"Pour nous, une voiture n'a pas la même valeur que la viande de bœuf"
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

"La position de la CR, ça a toujours été la même, de ne pas inclure les produits alimentaires dans les échanges internationaux. En clair, ne pas échanger du blé contre des avions, échanger des voitures contre du bœuf, relate Tony Marboeuf, président de la Coordination rurale du Maine-et-Loire. Nous, on ne joue pas à la marchande avec nos métiers. Nos produits, c'est notre sueur, notre travail de tous les jours. Pour nous, une voiture n'a pas la même valeur que la viande de bœuf".

 

« Ça va devenir compliqué de remplacer la viande de chez nous donc on importera plus »

 

Sur le volet agricole, l'accord a été remodelé à plusieurs reprises. Côté export, il est d'ailleurs favorable pour les producteurs de vins et de fromages. Dans l'autre sens, 99 000 tonnes de viandes sud-américaine pourront venir chaque année dans l'Union européenne. Cela représente 1,6 % de la production annuelle de l'UE, soit un steack par an et par européen. Une maigre portion. Mais pour Tony Marboeuf, c'est un appel d'air : "Aujourd'hui, c'est 1,6 %, mais on sait que ces pays sont capables de produire plus parce qu'ils produisent à grande échelle sur des grandes surfaces. Alors que chez nous, l'élevage diminue, les éleveurs vont arrêter. Près de 50 % des agriculteurs vont partir à la retraite d'ici 2030. Ça va devenir compliqué de remplacer la viande de chez nous donc on importera plus. Si demain on leur demande de faire 100 000 bovins de plus, je suis pas sûr que ce soit une grosse contrainte.

 

On va nous mettre en concurrence déloyale avec pays qui produisent à bas coût
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

L'autre crainte est financière. Après des années de disette, la filière bovine française commence à sortir la tête de l'eau. "On a vécu une année 2025 plutôt bonne. Lors de mon installation en 2021, j'avais fait mon étude prévisionnelle à 3,80 € du kilo de carcasse sur des vaches de réforme. Aujourd'hui, je suis à 7,40 € sur les dernières vaches que j'ai vendues. On a fait fois deux en 5 ans sur le prix des ventes. Donc économiquement, ça commence à être intéressant de faire des vaches allaitantes en France, précise l'éleveur de Charolaises. C'est pas pour ça qu'on gagne deux fois mieux notre bille, parce que les charges ont augmenté, mais ça commençait à motiver un peu les éleveurs. Autour de moi, il y a quelques troupeaux qui commençaient à grossir un peu. Et là, on va nous mettre en concurrence déloyale avec pays qui produisent à bas coût." Pour freiner ça, la France a fait ajouter une clause de sauvegarde spécifique à l'accord. Concrètement, si la viande sud-américaine déstabilise les prix du marché européen à hauteur de 5 %, les importations pourraient être réduites. 

 

Des contrôles à la hauteur ? 

 

Enfin, subsiste l'éternel débat autour des normes, l'utilisation des pesticides, l'alimentation animale et l'usage d'antibiotiques. Dans l'Union européenne, la viande aux hormones et aux antibiotiques est interdite. Des mesures miroirs ont d'ailleurs été ajoutées au texte. Mais tout repose sur la qualité et l'intensité des contrôles, ils seront d'ailleurs renforcés avec des audits vétérinaires et phytosanitaires dans les pays concernés. "On attend de voir, mais on a encore des lacunes sur les contrôles, souffle Tony Marboeuf. D'ailleurs, clairement, si je dois être honnête, je ne me fais plus beaucoup d'illusions. Ça me démoralise un petit peu quand nos politiques sont prêts à signer des accords comme ça avec d'autres pays."

 

 

Hier soir, le président de la République Emmanuel Macron a confirmé qu'il voterait contre l'accord de libre-échange du Mercosur. Dans un long message sur X, il a notamment écrit : "la France est favorable au commerce international, mais l’accord UE-Mercosur est un accord d’un autre âge, négocié depuis trop longtemps sur des bases trop anciennes." Il a également souligné que cet accord faisait l'objet d'un "rejet unanime de la classe politique française". Désormais acté, la président de la Commission européene Ursula von der Leyen va se rendre au Paraguay dès lundi pour signer ce traité commercial. Du côté des syndicats, la mobilisation se poursuivra malgré la signature. La FDSEA, syndicat majoritaire, a appelé à un grand rassemblement le 20 janvier devant le Parlement européen à Strasbourg.