Maine et Loire

Près d'Angers. « Si on n'a plus d'irrigation, l'exploitation ne vaut plus rien », la FDSEA veut rouvrir le dossier du stockage de l'eau

Ce mardi 3 mars, une centaine de tracteurs de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs 49 a bloqué le pont de la Loire sur l'A87. Une action symbolique pour réclamer l'ouverture du dossier sur le stockage de l'eau.

Publié : 18h31 par Alexis Vellayoudom

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Près de 150 agriculteurs étaient présents pour bloquer le pont
Crédit : Alexis Vellayoudom

C'est une mobilisation prévue de longue date, mais les inondations survenues ces dernières semaines ont poussé les agriculteurs a repoussé le projet "par respect pour les sinistrés". Mais il faut dire que ces crues ont finalement servi d'argument pour rouvrir ce dossier du stockage de l'eau. Ce mardi, une centaine de tracteurs de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs 49 se sont déplacés de tout le département pour bloquer le pont de l'A87 qui passe au-dessus de la Loire, au niveau de Mûrs-Erigné.

 

50 à 70 % des volumes d'eau à prélever en moins

 

L'action est symbolique, 3 heures et 45 minutes de blocage. "Le débit de la Loire a passé les 5 000 m3/seconde la semaine dernière, souligne Emmanuel Lachaize, président de la FDSEA 49. Nous, on dit juste qu'en bloquant aujourd'hui un pont stratégique pendant ce temps, on va obtenir le volume d'eau que nous avons besoin pour le département sur un an. C'est-à-dire 54 millions de m3 pour l'irrigation et 11 millions de m3 pour l'abreuvement des animaux (2/3 des exploitations du département utilisent l'eau, ndlr). Donc qu'on ne nous dise pas aujourd'hui que nous manquons d'eau."

 

"On veut ouvrir le dossier de l'excès d'eau"
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Les syndicats s'inquiètent notamment des dernières études HMUC (Hydrologie, Milieux, Usages et Climat) menées sur le bassin Loire-Bretagne, qui établissent un constat de la situation hydrologique des territoires et présentent une projection probable des ressources et des usages de l'eau dans le contexte du réchauffement climatique. En Maine-et-Loire, certains bassins pourraient perdre 50 à 70 % des volumes d'eau autorisés à prélever. "Les premiers résultats sont catastrophiques", confie le président du principal syndicat agricole.

 

« Si on n'a plus d'irrigation, l'exploitation ne vaut plus rien »

 

C'est le cas, par exemple, du bassin de l'Authion. C'était d'ailleurs le secteur le plus représenté dans le cortège. "J'ai 70% de mes cultures qui sont irrigables. Sans eau, on ne va pas y arriver. C'est absolument inadmissible qu'on prévoit de nous enlever entre 30% et 90% de notre volume", s'agace Fabrice Guyonneau. Installé à La Daguennière, cet agriculteur de 56 ans cultive des céréales et des légumes. Pour lui avec les débits liés à la crue, il y avait "bien moyen de stocker de l'eau, d'irriguer nos cultures et surtout d'enlever l'eau à personne. Personne n'a jamais manqué d'eau". Même à l'été 2022, selon lui, quand le bassin était soumis à des restrictions d'irrigation.

 

Fabrice Guyonneau - FDSEA La Daguenière_03 03 26_AVC

 

Mais si les taux de prélèvement devaient baisser, il craint pour l'avenir de son exploitation. "C'est simple, on fait à peu près 400 tonnes de haricots verts frais, la culture serait supprimée, les 11 hectares de pommes de terre pour les chips Bretz, on la supprime, le maïs en semence on pourra plus en faire. Si on n'a plus d'irrigation, l'exploitation ne vaut plus rien."

 

Ailleurs, les zones où les études sont en attente, l'inquiétude s'empare des fermes. "On se pose des questions sur l'avenir de l'eau dans notre département. Pour le moment, sur le secteur de l'Aubance, on ne dépasse pas ce qu'ils nous ont prévu, mais on ne sait pas de quoi l'avenir est fait. L'étude n'est pas finie, pour l'instant, on est à 1 400 000 m3. Et on ne sait pas si demain, ils vont nous annoncer 800 000 m3, explique Paul Asseray, installé à Grézillé en production bovin et lait. Moins d'eau, c'est moins de revenus, c'est moins de lait. C'est demain des filières qui fermeront suite à un manque d'eau dans le Maine-et-Loire." 

 

Zones humides et espaces de stockage

 

Pour éviter d'en arriver là, les syndicats veulent rouvrir au plus vite les dossiers sur l'eau. "C'est-à-dire aussi bien la remise en question et la redéfinition des zones humides. On veut vraiment mettre un critère de fonctionnalité des zones humides. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. On veut aussi défendre le dossier de la création des espaces de stockage. Ce qu'on appelle plus vulgairement les créations de réserves d'eau", défense Emmanuel Lachaize.

 

Paul Asseray - Agriculteur Grézillé eau_03 03 26_AVC
Paul Asseray craint la baisse des prélèvements d'eau autorisés sur l'Aubance
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Selon le rapport du GIEC des Pays de la Loire, l'eau ne va pas se raréfier dans la région, mais elle sera répartie différemment. "Pendant les inondations, on a inondé des bassins tampons dans le Maine-et-Loire, des zones qui ont l'habitude d'être inondées. Ce qu'on veut, c'est que ces excès d'eau, il faut absolument qu'on soit en capacité de pouvoir en stocker pour la période estivale."

Des mégabassines ? "On a déjà des bassines existantes. Je pense aux ardoisières à Trelazé, il y a une réserve et on pourrait s'en servir, personne n'a avancé sur le dossier", regrette Fabrice Guyonneau. De son côté, le préfet François Pesneau s'est dit ouvert à un autre projet de stockage d'eau. Le syndicat promet lui de ne pas faire n'importe quoi. "On est très conscients que des hivers secs. On ne demandera pas à stocker de l'eau. Il n'y en aura pas. Le milieu ne nous en donnera pas."

 

Manif FDSEA Eau_03 03 26_AVC
Crédit : Alexis Vellayoudom

 

Ce dossier de l'eau devrait faire partie de la prochaine loi d'exception agricole que le gouvernement doit présenter. "Aujourd'hui, c'est un enjeu de souveraineté alimentaire. Une souveraineté que l'on a plus. Il faut qu'il y ait un sursaut et un réveil de nos politiques, martèle Emmanue Lachaize. Je le redis, on ne lâchera rien. La FDSEA et les JA, on est capable de bloquer s'il le faut tous les ponts qui franchissent la Loire.