Maine et Loire

Noyant-la-Gravoyère. Déménagement de l'ESAT : le président de l'association appelle à l'apaisement

18 février 2021 à 17h30 Par Alexis Vellayoudom
Jacques Beauvallet, président de Cap Anjou Bleu entouré du directeur de l'ESAT Soungalo Koulibaly et de Jean-Marc Jousselin, membre du Bureau
Crédit photo : Alexis Vellayoudom

Le président du Bureau, Jacques Beauvallet, a livré sa version des faits sur le déménagement de l'ESAT vers Segré.

Appel à l’apaisement autour de l’ESAT de Noyant-la-Gravoyère. C’est le message porté par Jacques Beauvallet, président de Cap Anjou Bleu (ex-AAHAHA). Depuis quelques semaines, la polémique enfle autour du déménagement vers Segré qui concerne seulement l'ESAT, l'entreprise adaptée et quelques salariés. Le Conseil d’administration composé de parents, d’élus et d'amis a voté pour le déménagement à 12 voix contre 8 et un vote blanc.

En conférence de presse, Jacques Beauvallet a tenu à revenir sur la genèse du déménagement à Segré, "ce que je vais vous dire a été validé par quatre des sept membres du Bureau", un membre n'était pas présent et les deux vice-présidents Isabelle de Pontevès et Daniel Dupuis, qui va par ailleurs présenter sa démission, ont voté contre.

L'ESAT : de 2017 à la décision de déménager

"Je tenais à ce que les choses soient claires"

 

L'histoire remonte fin 2017. Les 92 usagers de l’ESAT sont à l’étroit dans ce bâtiment conçu en 1984 pour 35 personnes. Le bureau fait appel à des cabinets d’architectes pour juger les possibilités de rénovation, "on a lancé un appel d'offre. Quatre cabinets d'architectes sont venus visiter les locaux", précise Jacques Beauvallet, mais le constat est unanime, "trop vieux, trop vétustes, trop couteux à réaménager".

L’idée d’un nouveau bâtiment à Noyant est alors soumise. Le cabinet Qualia est choisi pour lancer un projet de bâtiment neuf. Une AG est convoquée le 29 juin 2019, un COPIL est crée et le coût d'investissement estimé à 2,840 millions d'euros.

"Il n'y a pas eu de pression de l'ARS"

Jacques Beauvallet veut alors faire part de cette décision à l’Agence Régionale de Santé, leur principal financeur, "l'ARS nous a dit maintenant, il faut qu'on parle beaucoup plus d'inclusion. Peut-être que ça serait mieux, je dis bien peut-être, que vous réfléchissez si vous ne devriez pas plutôt vous rapprocher de zone d'activité. Le niveau d'inclusion ne sera pas le même". Selon Jacques Beauvallet, l'ARS conclue en affirmant que peu importe la solution choisie, elle sera financée, "il n'y a pas eu de pression de l'ARS sur notre agrément", insiste Jacques Beauvallet.

Les deux solutions sont alors envisagées. Jacques Beauvallet rencontre Gilles Grimaud, président d'Anjou Bleu Communauté, en janvier 2020 pour se renseigner sur les terrains disponibles. Le Bureau se réunit et décide de fixer un Conseil d'administration le 6 juillet, "avant on a fait visiter les locaux aux nouveaux élus". Le CA se réunit pour voter, "toutes les tendances se sont exprimées et les élus demandent plus de temps donc on a reporté le vote". Il est repoussé au 22 décembre, mais le contexte sanitaire ne permet pas de se réunir. Finalement, la date est fixée au 30 janvier, l'un des opposants Daniel Dupuis a présenté un projet de rénovation des bâtiments actuels à hauteur de 2 millions d'euros, qui ne changera rien au résultat du vote, "la question était "souhaite aller à Segré ou rester à Noyant"".

"On est là pour défendre les usagers"

Pour le président du Bureau, le déménagement de l'ESAT a fait l'objet d'une guerre politique-politicienne, "quand je vois qu'on a mélangé le handicap avec le fait qu'on veut enlever des activités dans les petites communes pour les amener en grandes villes. On enlève rien à Noyant, le foyer d'hébergement reste, le Relais de Misengrain reste. Et les usagers qui vivent à Noyant continueront à faire vivre le village, ça représente à peine une quarantaine d'usagers". 

Jacques Beauvallet en a profité pour répondre à Daniel Brossier, le maire-délégué de Noyant-la-Gravoyère, qui réclamait un vote "quasi-unanime", "on est une association indépendante. Je ne me vois pas aller dire à monsieur Brossier que le Conseil municipal de Segré-en-Anjou-Bleu doit prendre ses décisions à l'unanimité".

Jacques Beauvallet sur l'inclusion

Pour le reste, Jacques Beauvallet martèle, "on est là pour défendre tous les handicaps. La priorité, ce sont les usagers". Père d'un usager de l'ESAT, pour lui, il faut aller dans l'inclusion, c'est-à-dire d'amener les personnes en situation de handicap à travailler en milieu ordinaire, "ils ont peut-être beaucoup plus de choses à nous apporter que ce qu'on voulait bien croire. Avant, on parlait de protéger, fallait cacher. Alors qu'aujourd'hui, la volonté politique est d'aller travailler vers le milieu ordinaire et on nous demande de nous rapprocher des zones d'activités, c'est ça la réalité. C'est un avenir exceptionnel pour les handicapés". 

Une pétition contre le déménagement

Une décision que conteste Océane, 21 ans, originaire de la Mayenne. Elle a réalisé trois stages au Relais de Misengrain, une structure qui n'est pas concernée par le déménagement. Soutenue par le vice-président du Bureau, Daniel Dupuis, elle a lancé via sa chaîne Youtube (https://www.youtube.com/watch?v=pY5QeIUN5fk), une pétition pour dire non au déménagement de l’ESAT à Segré.

Océane, 21 ans, a lancé une pétition

Aujourd’hui, 315 personnes l’ont signées, elle espère atteindre les 450 signatures, "le but de cette pétition, c'est pour qu'il y ait un deuxième vote et que le Conseil d'administration se rend compte du sentiment des travailleurs. Pour eux, ce déménagement ça leur fera perdre leurs repères". D’après Océane, les familles sont convaincues que l’inclusion existe déjà à Noyant.

Océane de Marteau ESAT Noyant_17 02 21_AVC.JPG (87 KB)Océane de Marteau a lancé une pétition contre le déménagement de l'ESAT ©Alexis Vellayoudom

De son côté, le bureau rencontrera l’ARS dans une dizaine de jours pour commencer la construction du projet. Un comité de pilotage va être mis en place, impliquant des salariés, des parents et des élus. Le Bureau devra ensuite rencontrer Anjou Bleu Communauté pour voir les bâtiments susceptibles d'accueillir les travailleurs de l'ESAT. Pour le site de la Maison Neuve à Noyant-la-Gravoyère, rien n'est encore décidé.