Réanimations en grève : "on mange en dix minutes, on n'a plus le temps de faire pipi"

Covid-19 Maine et Loire Mayenne 

Angers, Laval... 140 villes de France étaient mobilisées aujourd'hui. Des soignants hospitaliers épuisés, qui voient leurs conditions de travail se dégrader avec l'ouverture de lits de réanimation pour faire face à la pandémie.

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11 mai 2021 à 18h27 par Coralie Juret

Une trentaine à Laval, une cinquantaine à Angers. Soutenus par leurs intersyndicales, des personnels de réanimation et leurs soutiens se sont rassemblés cet après-midi devant les hôpitaux pour demander plus de reconnaissance, matérielle et financière pour leur métier. Deux infirmières nous ont raconté leur quotidien.

Témoignage : infirmière en réanimation Covid, épuisée et en grève

Deux fois plus de lits, un tiers d'effectifs en plus


Ce sont eux qui prennent en charge les cas critiques, Covid ou non. Et depuis 1 an leur quotidien est intense : des journées de 12h avec deux fois plus de patients, mais seulement un tiers d'effectifs supplémentaires à Laval, qui changent en fonction des volontaires. Géraldine et ses collègues assurent donc régulièrement leur formation, en plus d'une prise en charge "lourde et technique" des patients. L'infirmière se souvient des journées d'avant.

Géraldine : "les journées sont plus intenses, et il faut former sans cesse"

Au centre hospitalier de Laval, FO, la CGT et la CFDT réclament la mise en stage des contractuels et une formation d'un mois minimum pour les nouveaux soignants en réanimation. Elle est "prenante" et "psychologiquement assez lourde", quand il ne faut pas revenir sur les jours de repos pour remplacer un collègue en arrêt. "On le fait, parce qu'il faut le faire", résume l'infirmière lavalloise, qui tient grâce à "une équipe soudée", en attendant un renfort plus pérenne.


"Il y a eu beaucoup de départs en 18 mois"


Au CHU d'Angers, le service de réanimation médicale est aussi "en grande souffrance". Epuisé et en manque de personnel depuis le passage de 24 à 37 lits de réanimation, le service compte 70 à 80% de grévistes selon Force Ouvrière, un mouvement inédit en 30 ans. L'intersyndicale FO, CGT et Sud réclame 18 ETP (équivalents temps plein) : 13 infirmiers et 5 aides-soignants. Entre les appareils qui sonnent et les renforts à former, celle que nous appellerons Inès n'a plus le temps d'accompagner les patients et leurs familles.

Inès : "les jours s'enchaînent et la fatigue s'accumule"

Conséquence du manque de personnel, une baisse de qualité des soins qui peut mettre en danger des patients, selon cette infirmière. Dans un communiqué, la direction du CHU d'Angers dénonce "certains affichages concernant la qualité et la sécurité des soins inutilement alarmistes", "les assignations de personnels grévistes permettent toujours de garantir l’excellence de la prise en charge des patients".

Elle a proposé hier aux grévistes la création d'un pool de 7 ETP dédié au service de réanimation médicale. "Une avancée" toutefois insuffisante : cet après-midi, la grève a été reconduite pour une semaine au CHU d'Angers. Le préavis déposé au centre hospitalier de Laval est lui, est illimité.