Témoignage : Martin, mayennais, est parti en renfort sanitaire sur Tahiti

Covid-19 Maine et Loire Mayenne 

À 28 ans, Martin, infirmier en réanimation, est affecté dans un hôpital des Îles Sous-le-Vent. Il témoigne de la réalité de la situation en Polynésie française.

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Martin forme des infirmières de l'hôpital Uturoa sur la ventilation invasive
Crédit: Martin Lamberdière

17 septembre 2021 - Modifié : 23 septembre 2021 par Alexis Vellayoudom

Il est allé donner un coup de main sans se poser de questions ! Martin Lamberdière est infirmier en service réanimation sur les hôpitaux de Chartres. Ce Mayennais de 28 ans fait partie de ces soignants qui ont répondu à l'appel du ministre de la Santé pour renforcer les équipes d'Outre-mer. En Polynésie française, il revient sur la réalité des hôpitaux tahitiens et les facteurs qui compliquent la crise Covid-19. 

C'est sur son temps de vacances que Martin a décidé d'aider. Très vite, après l'appel d'Olivier Véran, il contacte l'Agence Régionale de Santé de sa région, met au courant ses supérieurs de l'hôpital de Chartres. Quelques jours plus tard, on lui donne le feu vert. Pas de brief, destination inconnue. Ce n'est que la veille du départ qu'on lui indique que c'est en Polynésie française qu'il est affecté, direction Papeete sur Tahiti.

 

Un service de réanimation à saturation

 

Finalement, pendant le trajet, lui et 12 autres soignants apprennent qu'à peine arrivés sur le tarmac, ils devront de nouveau s'envoler. Destination finale : l'hôpital Uturoa sur l'île de Raiatea de l'archipel des Îles Sous-le-Vent, à 230 km en avion de Papeete. Un hôpital qui filtre une population de 36 000 habitants. Martin reçoit sa mission, infirmier référent pour coordonner les équipes paramédicales et les former à des soins critiques. Il est affecté à une unité de soins continue de 24 lits, tous remplis par des personnes non-vaccinées : "on n'a pas les capacités sur le plan personnel et technique de faire de la réanimation pure et d'intuber nos malades. Donc on temporise avec de la ventilation moins invasive". 

 

Sur Tahiti, le service de réanimation de Papeete sature
Crédit: Alexis Vellayoudom

 

Les malades les plus graves, nécessitant de la réanimation, doivent être transférés par voie aérienne à 230 km, vers l'hôpital de Papeete, déjà saturé, "en réanimation, initialement, il y a 24 lits et là, ils sont à plus de 50. Quand nos patients de Raiatea sont proposés, ils sont souvent récusés [...] la pression hospitalière est tellement importante que ça oblige certains réanimateurs à revoir les critères d'entrée en réanimation", explique Martin. Certains patients sont donc contraints de rester sur Raiatea, "on met tout en oeuvre avec l'oxygène à haut débit, de la ventilation moins invasive pour pouvoir faire le maximum au niveau des soins", souligne l'infirmier mayennais.   

 

L'obésité complique les choses en Polynésie

 

Quand on demande à Martin, le profil des personnes hospitalisées, il est sans appel : "les patients que l'on retrouve en réanimation sur Papeete sont des patients qui ont plusieurs facteurs de comorbidités du type hypertension artérielle, diabète, obésité. Ce sont surtout des patients qui ne sont pas vaccinés". L'obésité est justement l'un des facteurs à gérer sur place, certains patients de l'île de Raiatea sont intransférables, "quand on a des patients qui font 240 kg, c'est compliqué de les évacuer [...] en Polynésie française, ils sont extrêmement marqués par l'obésité où on la retrouve plus qu'en métropole. Je pense qu'il y aurait vraiment un travail sur l'éducation alimentaire à faire et à mener", témoigne Martin. 

 

Sur Tahiti, l'obésité complique la crise Covid
Crédit: Alexis Vellayoudom

 

Actuellement, 217 personnes sont hospitalisées en Polynésie française, la majorité avec des comorbidités et non-vaccinées. Les chiffres continuent de baisser. Martin, infirmier depuis 4 ans, tient le coup : "je ne me sens pas épuisé sur le plan psychologique et physique. Je pense que l'humain à cette capacité de résilience et d'adaptation". Il reviendra de sa mission de renfort dans une semaine.