Maine et Loire

Aux Ponts-de-Cé. « C'est pas génial ? Il y en a qui voudraient avoir notre vue », ces sinistrés prennent les choses avec philosophie

Ce mercredi 18 février, la Loire et la Maine poursuivent leurs crues. Aux Ponts-de-Cé, la crue devrait atteindre 5,30 m. Pour autant, des habitants ne cèdent pas à la panique et prennent les choses avec philosophie.

Publié : 17 février 2026 à 22h44 - Modifié : 17 février 2026 à 22h55 Marie Chevillard et Alexis Vellayoudom

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La famille Bienvenu multiplie les allers-retours pour surveiller l'état de leur maison
Crédit : Alexis Vellayoudom

Sur la route de Juigné, la pancarte indiquant la sortie de la commune des Ponts-de-Cé est à peine lisible. L'eau de la Loire continue de monter. Selon Vigicrue, elle pourrait atteindre 5,30 m et égaler la crue de 1994.

 

« On a toujours vécu sur les bords de Loire et on s'en ira pas maintenant »

 

Devant la route submergée, les trois générations de la famille Bienvenu sont en train d'amarrer leur bateau. "Là, on va rentrer chez nous. On va aller jusqu'aux Petites plaines", confie Jean-Paul. S'il avait pu rester là-bas, ce vieux "loubard de la Loire", comme il se surnomme, l'aurait fait. Mais son handicap la contraint à partir. Avec sa femme, ils sont partis chez sa belle-mère. "On connaît les hauteurs d'eau. Quand elle vient sur la route, il faut s'en aller. Parfois, en une demi-heure ou une heure après il y a un mètre d'eau sur la route."

 

 

Accompagné de son fils et de son petit-fils, pour qui c'est la première crue, il revient tous les jours chez lui. "On revient voir les animaux parce que j'ai des canards, des poules en hauteur. J'ai un grand bassin avec des carpes Koï, elles se promènent dans le terrain en espérant les récupérer quand l'eau va baisser. Dans les caves, ça inonde un peu, mais les étagères sont à hauteur et on a deux autres pièces inondées. Là, on va aller voir où il y a les machines à laver, s'il faut remettre un parpaing."

 

Le témoignage de Jean-Paul aux Ponts-de-Cé
Crédit : Marie Chevillard

 

Dans ce hameau, pratiquement, tous sont partis. "Il y en a qui ont acheté des maisons, qui ne connaissaient pas trop le coin et qui n'ont pas acheté de bateau avec des moteurs et aujourd'hui, ils ont cuit dans l'eau. On leur avait dit qu'il fallait acheter des bateaux. Ils ont rigolé. On ne s'en rend pas compte.", s'amuse Jean-Paul. Si la situation en inquiète plus d'un, lui reste serein. "Ça fait partie de la vie. On est des hommes de la Loire, on a toujours vécu sur les bords de Loire et on s'en ira pas maintenant. On finira nos jours ici comme font nos ancêtres."

 

« Il nous reste encore deux marches »

 

De l'autre côté du pont de Louet, au Bois d'Avault, Pierre et sa femme Dédé ne cèdent pas à la panique. Depuis jeudi dernier, le Louet est leur jardin. "C'est pas génial ? Il y en a bien qui voudrait avoir notre vue." Il faut dire que le couple en a vu d'autres, notamment Pierre dont le père a fait construire la maison en 1952. "Lors de la crue de 1982, l'eau passait par-dessus notre muret de maison." Dans le chemin, leur maison est l'une des dernières encore accessible sans se mouiller. "Il nous reste encore deux marches. On peut encore sortir sur la rue facilement", s'amuse Dédé en observant l'eau de ses escaliers extérieurs qui donnent sur le jardin.

 

Pierre et Dédé Ponts-de-Cé inondation_17 02 26_AVC

 

Ne leur parlez pas d'évacuation. "Non, on a toute sécurité ici", fulmine Pierre. Le couple a pris ses dispositions. "Quand on a su que la Vienne était en crue, on s'est dit qu'on allait y avoir le droit. On a tout sorti de la cave pour mettre dans le garage et puis c'est bon", raconte Dédé. À côté, le mari poursuit : "C'est une organisation, mais faut anticiper. On la voit venir la Loire". Au vu des dernières prévisions, leur rue risque d'être complètement inondée ce mercredi, mais le couple souhaite rester. 

 

De nouvelles mesures

 

Plus au nord, la Maine devrait dépasser les 6 m et la Sarthe les 6,38 m, atteignant des niveaux comparables à la crue de 2000. D'ailleurs à Angers, les élus ont pris la décision de fermer le pont de Verdun.

Dans le même temps, la préfecture a annoncé que des sapeurs-pompiers spécialisés en sauvetage aquatique vont venir en renfort des départements de la Manche, du Morbihan et du Loir-et-Cher. Un moyen aérien zonal est mobilisé pour des opérations de reconnaissance et la délégation militaire départementale se prépare à mobiliser des embarcations, des véhicules à haut franchissement et des pompes. En parallèle, l'Agence régionale de santé recense les structures en capacité d'héberger des personnes vulnérables.

 

Crue Maine-et-Loire_17 02 26_Préfecture de Maine-et-Loire

 

Depuis le début de la crue, près de 900 personnes ont été appelées à évacuer, principalement aux Ponts-de-Cé. 5 000 autres pourraient être concernées dans les prochains jours, notamment à Angers et Bouchemaine. Deux centres d'accueil ont été mis en place à Angers et un aux Ponts-de-Cé.