Violences sexuelles sur mineurs : comment les repérer ?

Maine et Loire Mayenne 

8 avril 2022 à 19h15 - Modifié : 8 avril 2022 à 20h26 par Coralie Juret

Victime elle-même, la Mayennaise Marine Michel a écrit un livre. Elle veut aider à mieux former les professionnels de l’enfance sur ce fléau qui touche 1 enfant ou adolescent sur 5.

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Crédit: Bialasiewicz - Envato Elements

Comment détecter, alerter et soigner les jeunes victimes de violences sexuelles et d'inceste ? La Mayennaise Martine Michel en a fait un livre, Violences sexuelles sur les enfants et les adolescents publié chez Historien Conseil. Victime elle-même dès l'âge de 6 ans, elle a écrit pour se libérer, et agir pour les autres. Une démarche soutenue par le président du Conseil départemental de la Mayenne. 

“Je suis allée voir beaucoup de professionnels de l'enfance : des enseignants, des responsables de crèche, des familles d’accueil, des assistantes maternelles… pour voir s'ils étaient au courant de toutes ces problématiques. Ils étaient au courant évidemment, mais ils ne connaissent pas grand-chose, soupire Martine. “Donc ça m'a vraiment encouragée à avancer sur ce livre”.

Titulaire d'un diplôme universitaire en victimologie, Martine Michel a rencontré aussi l'Aide sociale à l'enfance en Mayenne, des avocats, des professionnels de santé pendant plus de deux ans. Elle en tire un guide en quatre parties : détecter, alerter,  soigner “et prévenir, j’aurais dû le rajouter”, agrémenté de témoignages de professionnels et de 62 victimes de la région.

Un ouvrage scientifiquement documenté qui a vocation à être utilisé largement. "Beaucoup de recherches scientifiques”, confirme l’enseignante. “J’ai essayé de donner les sources de toutes les informations chiffrées que j’apportais. C'était important parce que les chiffres font vraiment peur.” Pour n’en citer que quelques-uns, près d'un enfant sur 5 est victime de violences sexuelles avant ses 18 ans, selon le Conseil de l'Europe, et 40 % d'entre eux font une amnésie traumatique qui dure en moyenne 16 ans. 9 victime d'inceste sur 10 sont rejetées de leur famille quand elles brisent le silence.

 

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Martine Michel dans sa maison mayennaise, où elle a travaillé pendant deux ans sur un livre-outil.
Crédit: CJ

 

Repérer les victimes, pour les soigner

 

Repérer ces jeunes victimes et les prendre en charge est un réel enjeu, souligne Martine Michel, car 80 % des agresseurs ont eux-mêmes été abusés sexuellement durant leur enfance. Un enfant, adolescent ou adulte victime dans l'enfance non soigné risque de devenir un adulte avec des problèmes de santé, affectifs, de revivre d’autres violences ou d’en reproduire”, liste la Mayennaise.

Actuellement dans un cursus universitaire pour devenir formatrice auprès des enseignants, Martine relève quelques symptômes qui doivent alerter l'entourage : “Par exemple un enfant qui était très joyeux et puis d’un seul coup devient très renfermé, ne veut plus voir personne. J’ai eu beaucoup de témoignages de parents, notamment de mamans qui m’ont dit que du jour au lendemain leur enfant avait changé complètement d’attitude. C’est la combinaison de pas mal de symptômes que je décris dans mon livre, qui ont été validés par la Haute Autorité de la Santé, qui doivent mettre la puce à l’oreille”. D’autres changements comme un deuil, une séparation des parents, une maladie, un conflit peuvent cependant être à l’origine de ce changement.

Mais que faire en cas de suspicion de violences sexuelles ou de révélations ? “Ne pas paniquer. Il faut dire à l'enfant qu'on le croit, ne pas le faire parler plus”, conseille Martine Michel. Lister les faits et les signaler par téléphone au 119, ou au procureur de la République, à la CRIP (Cellule de recueil des informations préoccupantes hébergée par le conseil départemental) de son département, la gendarmerie ou la police. C'est une obligation légale, pourtant méconnue. Dans 94 % des cas, les violences sexuelles sur mineurs sont commises par un membre de la famille ou un proche de confiance. Pour 40% des faits, les jeunes victimes sont en amnésie traumatique. Un “oubli” qui dure 16 ans en moyenne.

 

En prévention

 

“Tout parent devrait dire à son enfant que personne n’a le droit de toucher à ses parties intimes sans son consentement, dès lors qu’il est autonome pour s’habiller et se laver tout seul”, conclut Martine Michel. Un message que les enseignants doivent également relayer selon elle.

 

Martine Michel, Violences sexuelles sur les enfants et les adolescents, publié chez Historien-Conseil. Disponible dans toutes les libraires de France, sur place ou en commande (en rupture actuellement). Site internet : martinemichel.fr.