En Mayenne, les médecins ne sont pas favorables à la fermeture des centres de vaccination

Covid-19 Mayenne 

Les médecins, chefs de centre de vaccination, ont fait le point sur leur quotidien de ces derniers mois et sur l'avenir de leurs centres.

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Photos d'archives
Crédit: Alexis Vellayoudom

5 octobre 2021 - Modifié : 5 octobre 2021 par Alexis Vellayoudom

Près de 73 % de Mayennais vaccinés avec les deux doses ! Le plus gros est fait, mais quid des centres de vaccinations, faut-il désormais les fermer et laisser la vaccination aux pharmaciens, médecins et infirmières ? Les médecins, chefs de centre, se sont prononcés. 

 

"L'État et les ARS doivent écouter les professionnels de terrain"

 

En Mayenne, il y a 8 centres contrairement à d'autres départements qui ont privilégié des vaccinodromes, "il nous est apparu évident qu'il fallait une organisation lisible et accessible pour les usagers et cela passait par le déploiement de centres de vaccinations en proximité. Comment une personne âgée ou en situation de précarité aurait pu se rendre dans un vaccinodrome situé au centre du département", interroge Luc Duquesnel, président de l'Association départemental des professionnels de santé de la Mayenne. 

Huit centres installés sur les anciens centres de dépistage, pour la plupart dans des lieux qui accueillent en temps normal des événements. Doivent-ils désormais fermer pour que ces lieux reprennent vie ? Pour Luc Duquesnel, ça serait une erreur : "il y a trop d'inconnus encore. On ne sait pas s'il y aura une 5ème vague. L'approvisionnement en vaccins des pharmaciens, infirmières et médecins est-il opérationnel ? Et il y a la question de la troisième dose pour les moins de 65 ans".  

 

Gilles Ollivier, président de l'Ordre des médecins, n'est pas favorable à une fermeture des centres
Crédit: Alexis Vellayoudom

Depuis l'Agence européenne du médicament a tranché. Comme les plus de 65 ans, les personnes avec comorbidités, ceux vaccinés avec Janssen, elle approuve une dose de rappel de Pfizer pour les moins de 65 ans, 6 mois après la seconde dose. Pour Gilles Ollivier, président du Conseil départemental de l'Ordre des médecins de la Mayenne, il faut laisser les centres ouverts : "Si on demande d'un coup à tous les médecins d'arrêter leur participation aux centres de vaccination, et si on devait les faire reprendre 1 mois plus tard, ça serait difficile d'un point de vue organisationnel et humain. L'État et les ARS doivent écouter les professionnels de terrain". 

Les professionnels de terrain, la Dr Marie-Christine Salvato en fait partie. Elle gère le centre de vaccination de Château-Gontier-sur-Mayenne et pour le maintien de son centre : "on ne pourra pas se relancer. Soit on continue sur notre lancée avec une organisation minimum et remobiliser des gens, pas de souci. Mais tout arrêter et tout redémarrer, non. Je n'en ai pas l'envie, je n'ai pas la capacité et mon personnel non plus". D'autres responsables de centres en Mayenne ont déjà confié que s'ils fermaient, ils n'auraient pas la force de rouvrir derrière.

 

Chef de centre, un deuxième boulot

 

D'autant que depuis le début, les professionnels de santé sont "hypermobilisés" comme se plaît à le dire Luc Duquesnel. En quelques jours, ils ont dû mettre sur pied des organisations pharamineuses,"la préparation du matériel, l'organisation logistique, le transport des vaccins, leur stockage et leur préparation, la formation de professionnels [...] encadrer du personnel (NDLR : jusqu'à 80 personnes), organiser l'activité en termes de planification, assurer l'approvisionnement, suivre le budget", explique Tiphaine Heurtault du centre de Mayenne. On retrouve aussi les tâches de recrutement des secrétaires, la gestion des rendez-vous, tout ça en plus de leur pain quotidien, "ils sont sont devenus des gestionnaires d'entreprise médicale", plaisante le médecin de Mayenne.  

Le quotidien d'un chef de centre de vaccination en Mayenne
Crédit: Alexis Vellayoudom

Mais les trois premiers mois ont été difficiles comme témoigne la Dr Nelly Desbrais-Hemery, gère le centre de Villaines-la-Juhel : "entre janvier et avril, mes journées débutaient à 8h et se terminaient à 23h, en sachant que je consacrais plus de 50 % de mon temps au centre de vaccination en semaine et je m'y consacrais aussi le samedi". 

Les 8 chefs de centres ont aussi dû faire face "à des choses incohérentes", souligne Luc Duquesnel. Une référence aux différentes injonctions de l'Agence régionale de Santé, "c'était une horreur. Les ordres qui arrivent le vendredi soir alors que samedi et dimanche, il y a plus personne. Il faut travailler tout le week-end pour mettre en place des organisations pour le lundi matin où on n'est pas sûr que Doctolib soit ouvert à temps", confie le Dr Salvato. Avant de lâcher, épuisée : "On a manqué de doses, cruellement. À un moment donné, on était quasiment à 0. Et puis l'organisation qui va derrière, passer un week-end à décommander 500 personnes, je ne le referai plus".

Cette organisation atypique a permis de vacciner plus de 19 000 personnes par semaine sur le département, "j'ai même eu un Belge qui a pris rendez-vous. Des personnes de Rennes et Nantes venaient", se souvient le Dr Franck Martin, chef du centre de Meslay-du-Maine. Sur des territoires comme Évron, "ça a fait naître une cohésion médicale", raconte Luc Duquesnel. C'est le cas également avec les collectivités comme la ville de Laval, le Conseil départemental ou entre les centres hospitaliers et la médecine de ville. Pour Gilles Ollivier : "ça peut donner des idées pour régler les problèmes de démographie médicale sur le département".