Laval. Les agents de l'hôpital de semaine sont épuisés

Covid-19 Mayenne 

Vendredi 9 avril, une vingtaine d'agents de l'hôpital de semaine ont débrayé devant le hall. Vie de famille bouleversée, congés d'été en suspens, manque de personnel, elles demandent à être écoutées.

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Les agents de l'hôpital de semaine attendent un retour à la normal de leur service
Crédit: Alexis Vellayoudom

15 avril 2021 à 12h46 par Alexis Vellayoudom

Ce n'est pas juste une histoire de vacances, c'est un ras-le-bol général. Vendredi 9 avril, une vingtaine d'agents du service hôpital de semaine du centre hospitalier de Laval ont débrayé devant le hall avec le soutien des syndicats CGT et Force Ouvrière. Ce service qui accueille habituellement des opérations programmées du lundi au vendredi est depuis 1 an, transformé en médecine polyvalente conventionnelle 7 jours/ 7. Aujourd'hui, après que leurs congés d'été n'aient pas été validés, ces soignantes et infirmières demandent à être écoutées par la direction. Vie familiale bouleversée, charge de travail plus importante au détriment de la qualité du service et le retour à la normale n'est pas prévu avant l'automne.


Reportage - Les agents de l'hôpital de semaine du CH Laval se sentent en danger
Crédit: Alexis Vellayoudom

"On vit en fonction de l'organisation de l'hôpital"


Avec la crise, le service a dû être réadapté, "du jour au lendemain on déprogramme donc plus d'activité hôpital de semaine, plus de service [..] On fonce, solidaire, essence même de notre travail en équipe, on oublie notre confort", explique une soignante qui prend la parole au micro devant ses collègues. Mais depuis la situation perdure, "on a un effectif basé sur notre ancien service alors qu'on a des patients beaucoup plus lourds, une charge de travail plus importante".

Des planning qui ne sont pas donnés au 15 du mois ou qui changent sans cesse nous explique les soignants, "on est jamais sûr du planning qui va être venu. On est toujours dans l'attente. On vit en fonction de l'organisation de l'hôpital et c'est ne plus possible", souligne Angélique. Pas de planning professionnel et donc pas de planning pour les nourrices. Pour Céline, faire garder ses enfants est devenu un casse-tête, "des horaires de garde qui changent pour les enfants. La cantine qu'il faut programmer du jour au lendemain. Des enfants qui doivent aller à la garderie alors que ce n'était pas prévu [...] on est tendu à la maison donc les enfants le voient et l'ambiance n'est pas toujours au beau fixe".


Une soignante de l'hôpital de semaine du CH Laval témoigne
Crédit: Alexis Vellayoudom

Certains soignants ont craqué, "on ne peut pas être sereine quand on travaille dans de mauvaises conditions. On est déçu de ce qu'on fait alors qu'à la base, on aime notre travail. Forcément, l'épuisement se fait ressentir sur les conjoints et les enfants", témoigne Pauline. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, ce sont les congés d’été qui n’ont pas été validés. Certains agents n’auront pas les mêmes vacances que leur conjoint, "alors qu'on attend tous ça avec beaucoup d'attente. C'est ce qui nous aide à tenir dans notre quotidien d'avoir des vacances pour souffler, récupérer pour pouvoir revenir prendre soin des gens", explique Céline. D’autres pensent déjà à une reconversion.

Selon la CGT et FO, les soignants sont aujourd'hui épuisés, inquiets et en colère, "depuis 1 an, ils ont accepté de faire des efforts et des sacrifices. Ils se sont adaptés pour gérer des situations nouvelles, ils ont sacrifié leurs week-ends et le temps passé auprès de leurs proches, auprès de leurs enfants".


Pour le directeur, ce n'est pas un débrayage contre la direction


Plus tard, lors d'un point Covid du CH, André-Gwénaël Pors est revenu sur ce débrayage, "ce n'est pas un débrayage contre la direction, mais contre la Covid". Il avoue ne pas avoir rencontré les agents directement, "mais des personnes de la direction l'ont fait". Le directeur du CH Laval a précisé, "le personnel a dû mal à accepter ce changement", avant d'ajouter que tous les agents ont vu leur organisation être bouleversée. André-Gwénaël Pors dit comprendre la fatigue des soignants, "c'est compréhensible".