Maine et Loire

Municipales 2026. Démocratie, sécurité, attractivité, que proposent les candidats à Segré-en-Anjou Bleu ?

Dans quelques jours, les électeurs de Segré-en-Anjou Bleu devront choisir leur prochain maire entre la sortante Geneviève Coquereau, l'élu d'opposition Raphaël de la Salmonière et l'identitaire Jean-Eudes Gannat. Zoom sur trois thèmes de leurs programmes : la démocratie, la sécurité, et l'attractivité.

Publié : 12h18 par Marie Chevillard et Alexis Vellayoudom

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Jean-Eudes Gannat, Geneviève Coquereau et Raphaël de la Salmonière
Crédit : Oxygène Radio

Dans quelques jours, les électeurs de Segré-en-Anjou Bleu devront choisir entre trois listes. La maire sortante Geneviève Coquereau (sans étiquette) est challengée par l'élu sortant d'opposition Raphaël de la Salmonière (sans étiquette) et le candidat identitaire Jean-Eudes Gannat (extrême droite). Après une présentation de leurs candidatures, Oxygène Radio les a interrogés sur trois thématiques : la démocratie et la commune nouvelle, la sécurité et l'attractivité. À noter que comme en 2020, Emmanuel Drouin et la gauche ne présentent aucune liste, faute d'avoir réuni assez de colistiers. 

 

Ordre défini par tirage au sort

 

Démocratie et commune nouvelle

 

Depuis la création de la commune nouvelle en 2017, c'est la même rengaine. Les communes déléguées sont-elles les oubliées de l'équation et Segré la grande gagnante ? Dix ans après, les listes d'opposition en font toujours leur terreau. Il y a aussi la représentativité : 69 élus dans le conseil municipal. Ce chiffre devait baisser à 33, suscitant une crainte sur la perte de proximité, mais une dérogation ministérielle a permis de reporter ce problème à plus tard. Dans les faits, chaque commune déléguée bénéficie aujourd'hui du budget de la commune nouvelle pour des projets, qui parfois n'auraient pas été réalisables seul. Reste la question des choix, comment sont priorisés les projets, les communes, quelle orientation pour telle commune déléguée. C'est là toute la complexité d'une réunion de famille à 15. 

 

JEAN-EUDES GANNAT :

 

"Segré-en-Anjou Bleu, c'est un outil technocratique qui s'est fait contre l'avis des habitants", martèle le candidat identitaire. S'il devient maire, Jean-Eudes Gannat promet dès la première année un référendum commune par commune sur la défusion. Phénomène qui s'est déjà produit en Vendée sur la commune des Essarts-en-Bocage. "Il ne s'agit pas de faire les choses de manière hâtive et désordonnée. Il faut en fait lister l'immobilier, répartir le personnel, et préparer une sortie en douceur qui se négocie ensuite avec la préfecture, pour permettre aux villages, de retrouver leur identité, leur autonomie et donc leur dynamisme, défend le candidat. Après, si par exemple, cinq communes décident de rester dans la commune nouvelle, on peut avoir une commune nouvelle, mais qui est plus efficace parce que plus réduite."
 
Défusion ou pas, Jean-Eudes Gannat veut s'appuyer sur une démocratie participative. "Je pense qu'il faut agir avec un peu de bon sens et qu'il n'est pas compliqué lorsqu'il y a des gros travaux d'urbanisme, lorsqu'on a de grands projets, de consulter les citoyens qui sont concernés par ça."

 

RAPHAEL DE LA SALMONIERE : 

 

La question des communes déléguées est "vraiment au cœur de notre programme, assure de son côté Raphaël de la Salmonière. On a pris des engagements clairs : la présence d'une mairie déléguée, avec la possibilité dans chacune de continuer à réaliser des services administratifs, avec l'accompagnement de secrétaires de mairie". Le candidat veut aussi mettre en place des conseils consultatifs, avec "la possibilité via un vote à plus de 50 % de bloquer certains projets ou alors de proposer de nouveaux projets pour vraiment faire participer les citoyens à la vie de la commune".

À moyen terme, sa liste souhaite aussi proposer un référendum sur la fusion de la commune nouvelle, qui "reste une blessure aujourd'hui, qu'on veut guérir". En fonction des résultats du vote, plusieurs pistes sont envisagées : une défusion totale avec un retour à chacune commune historique, la fusion de quelques communes déléguées entre elles, ou des solutions "un peu mixtes, comme en est l'exemple du syndicat intercommunal du Candéen qui a mutualisé certaines compétences nécessaires".

 

GENEVIEVE COQUEREAU : 

 

Pas question de défusion pour la maire sortante. Au contraire, Geneviève Coquereau souhaite renforcer la place des mairies déléguées et de leurs secrétariats. "Il faut donner de la plus-value à nos secrétaires de mairie. Je veux qu'elles soient formées à pouvoir répondre sur tous les actes administratifs ou qu'elles puissent apporter des réponses et orienter sur les questions liées au logement, à la Sécurité sociale." Si elle défend fermement la commune nouvelle, la candidate veut aussi accentuer le travail sur l'implication des habitants en généralisant la mise en place de comités consultatifs sur des sujets très larges. "Ça existait déjà, mais trois communes ne l'ont pas mis en place, et là, ce ne sera pas « je fais, je ne fais pas », les conseils consultatifs seront dans toutes les communes déléguées."

Pour Segré, le comité de projet se poursuivra. "Quand il y a un projet dans une rue, dans un bâtiment, ou sur quelque chose qui intéresse, on invite tous les riverains, les professionnels ou les commerçants qui sont concernés pour en discuter.

 

Sécurité

 

Pourtant dépendante du pouvoir régalien, la sécurité est devenue l'une des thématiques de ces municipales. Et comme souvent, elle fait l'objet d'une bataille de chiffres. Selon la compagnie de gendarmerie de Segré-en-Anjou Bleu, qui comprend le Candéen, le Pouancéen et le Segréen, la délinquance est en baisse de manière générale sur le territoire en 2025 (les chiffres officiels commune par commune n'ont pas encore été communiqués, ndlr). Seules les violences intrafamiliales sont en hausse. Mais si l'on zoome sur la commune nouvelle de Segré-en-Anjou Bleu, les chiffres disponibles entre 2016 et 2024 montrent une hausse pour la majorité des délits. En revanche, entre 2023 et 2024, la hausse reste contenue. Il existe tout de même trois points de vigilance : sur les cambriolages (de 28 à 43 en un an), les vols de véhicules (de 23 à 33 en un an) et les violences physiques intrafamiliales (de 54 à 96 en un an). Les chiffres du ministère de l'Intérieur pour Segré-en-Anjou Bleu sont accessibles ici

 

JEAN-EUDES GANNAT :

 

Chiffres de 2024 à l'appui, transposés en pourcentage, le candidat identitaire fait de la sécurité, sa priorité. Et pour lui, elle ne peut pas se faire sans parler d'immigration. Jean-Eudes Gannat souhaite pouvoir "expulser les familles qui posent souci dans les logements sociaux". Sur l'attribution de ces logements, il explique de manière assumée : "Je ferai en sorte que leur attribution se fasse avec un maximum de cohésion ethno-culturelle. J'assume parfaitement. Quand on discute avec des gens, notamment aux Roquettes, on sait ce qui pose problème." S'ajoutent à sa liste, la lutte contre la mendicité "agressive", mais aussi la réduction de l'accueil de réfugiés. Il propose aussi de "lutter contre l'implantation de commerces ou de populations anxiogènes ou fauteuses de troubles." En ligne de mire, "certaines" familles des gens du voyage à Aviré et L'Hôtellerie-de-Flée. "On doit leur interdire l'accès à des aires." Sur la police municipale, il envisage, après un audit, de passer les effectifs de 4 à 8.

 

RAPHAEL DE LA SALMONIERE : 

 

Concernant la sécurité, "les problématiques sont différentes selon qu'on soit dans la commune centre ou dans les communes déléguées, estime Raphaël de la Salmonière. Dans la ville de Segré, on a des gros problèmes d'incivilités, qu'on souhaite résoudre par une présence accrue de policiers municipaux". Actuellement 4, leur effectif pourrait monter à 12, pour "rentrer dans la moyenne nationale. Douze, ce n'est pas un nombre choisi au hasard, ça permettrait d'avoir une rotation et des rondes de nuit sur tout le territoire de la commune, et pas uniquement en centre-ville". Pour les communes déléguées, "plus touchées par des problèmes de dégradations et de cambriolages", la liste 'Ensemble, réveillons Segré-en-Anjou Bleu' propose la mise en place "d'une vidéoprotection sur les zones à risque, par exemple les équipements sportifs comme à Saint-Martin-du-Bois, très régulièrement la cible de dégradations et de vols". Parmi leurs autres propositions : adapter l'éclairage public pour la sécurité nocturne, sécuriser les abords des écoles, et renforcer les dispositifs "Voisins vigilants" et "Tranquillité vacances".

 

GENEVIEVE COQUEREAU : 

 

La maire sortante assure selon les chiffres qu'elle a reçus de la gendarmerie qu'une grande majorité des thématiques ont reculé entre 2024 et 2025 (sauf la sécurité routière et les violences intrafamiliales, ndlr). "Il y a peut-être un sentiment d'insécurité, mais en vérité, ça recule sur Segré-en Anjou Bleu", affirme l'élue. La priorité de sa liste sera de réajuster l'éclairage public. "Suite à l'augmentation du coût de l'énergie, nous avions été obligés de le réduire parce que ça explosait nos budgets, se défend l'élue. Il y a des secteurs qui, aujourd'hui, sont à 22h, ils vont peut-être passer à une heure du matin parce qu'il y a des réunions." Geneviève Coquereau souhaite aussi passer le nombre de caméras de vidéoprotection de huit à une vingtaine. "On va faire toutes les entrées de Segré, et des communes déléguées où on trouve qu'il y a trop d'incivilités." Le dispositif "Participation citoyenne" sera aussi relancé et la cellule sécurité avec la gendarmerie sera maintenue. Elle avait permis de régler une situation au lycée Blaise Pascal. Sur la police municipale, pas d'effectifs supplémentaires.

 

Attractivité

 

S'il y a bien quelque chose qu'on ne peut pas enlever à Segré-en-Anjou Bleu, c'est son essor industriel. La commune regorge de grandes industries, dont plusieurs sont venues s'installer pendant le mandat qui vient de s'écouler. L'artisanat est aussi très présent avec quelques fleurons, et le nombre de création d'entreprises ne cesse de croître avec 357 nouvelles entreprises en 2024 (source : Insee). Enfin, l'ensemble du Segréen est proche du plein-emploi avec un taux de chômage à 5,9 % en 2024. Mais seules les périphéries des communes déléguées semblent profiter de cet essor économique. Dans les bourgs, les commerces se meurent, malgré les quelques initiatives, l'activité principale se concentrant à Sainte-Gemmes-d'Andigné et Segré. Cette dernière compte tout de même une quinzaine de locaux vacants et sept commerçants à la recherche de repreneurs. La rue Pasteur, par exemple, doit désormais trouver ses commerçants.

 

JEAN-EUDES GANNAT :

 

Sur l'ex-site Paulstra, le père de famille souhaite proposer un appel à projets pour l'installation d'une entreprise "avec un bail amphythéotique sur 30 ans pour 1 € symbolique, reconduit si le porteur de projet s'est tenu à ses engagements de rénovation et de création d'emplois." Pour l'attractivité des centres-villes, Jean-Eudes Gannat affirme : "Déjà, on fait la promotion de nos commerçants. Ce serait déjà pas mal si la municipalité installait des panneaux. Vous voulez réparer votre téléphone, n'oubliez pas d'aller voir untel. Si je suis élu maire, je participerai à tous les salons possibles." Mais pour lui, l'attractivité dépend aussi de l'image de la commune. "Si on veut que les gens s'installent, on arrête d'être réputé pour sa mauvaise gestion de la collecte des déchets, et on essaye de faire en sorte de ne pas augmenter la taxe foncière, et notamment les cotisations foncières des entreprises." Son équipe souhaite aussi travailler sur des événements saisonniers "pour rendre les rues piétonnes plus attractives.
 
Sur le bâti, Jean-Eudes Gannat veut jouer sur la revente de certains bâtiments municipaux et l'acquisition des commerces vacants pour les louer à des artisans "à des conditions favorables". Il envisage aussi la création d'un incubateur municipal pour les start-up et d'une cellule dédiée au développement économique. Pour la question des mobilités, le candidat identitaire salue le travail effectué par la précédente municipalité, mais il souhaite l'accentuer en rendant gratuites les liaisons entre les communes déléguées et les marchés pour les seniors et les familles. Enfin sur la partie touristique, la liste "Faire entendre la voix des Segréens" veut lancer un appel à projets pour créer de l’activité économique sur le port de Segré. 
 

Tout le programme de Jean-Eudes Gannat et de sa liste Faire entendre la voix des Segréens est à retrouver ici

 

RAPHAEL DE LA SALMONIERE : 

 

Lorsqu'on parle d'attractivité du territoire, le candidat de la liste d'union évoque d'abord le développement industriel, par "la valorisation de friches et de zones qui ont des atouts considérables, encore disponibles dans un contexte de raréfaction des terres urbanisables, et géographiquement très bien situées sur l'axe Angers-Rennes, Nantes-Châteaubriant, et Laval". Pour le centre-ville de Segré et les centre-bourgs des communes déléguées, il souhaite "réhabiliter certains locaux commerciaux, en proposant des locaux tremplin et en remplissant des vitrines vides. On veut avoir une image belle, positive de notre commune". Ce qui passe aussi selon lui par l'attractivité touristique, notamment via "un réaménagement du port, de sa place, en développant les services autour du port et le tourisme fluvial".

Concernant l'ancien site Paulstra à l'entrée de Segré, "il y a des études à réaliser sur la destination à donner à ce bâtiment idéalement placé, précise Raphaël de la Salmonière. Une fois qu'on lui aura trouvé une destination, on fera un appel à manifestation d'intérêt pour établir un partenariat public-privé, parce qu'on n'a pas la capacité ni forcément l'envie de faire supporter aux citoyens le coût de toute la rénovation et la réhabilitation de ce bâtiment." Autour du logement, le candidat souhaite rénover le parc existant, encourager la vente des parcelles adaptées pour accueillir les familles nombreuses et les cadres, et dans les nouveaux quartiers, mixer habitat, services et espaces verts. Sur la question des mobilités, Raphaël de la Salmonière et ses colistiers penchent pour l'amélioration des liaisons en transport commun vers Angers, Rennes et les pôles régionaux, et le développement des mobilités douces. 

 

Tout le programme de Raphaël de la Salmonière et de sa liste Ensemble, réveillons Segré-en-Anjou Bleu est à retrouver ici

 

GENEVIEVE COQUEREAU : 

 

Tout comme ses adversaires, Geneviève Coquereau envisage de vendre l'ancien site Paulstra. "Il faut beaucoup d'argent pour investir, et on n'en a pas forcément l'utilité immédiate." La dépollution est en cours et des structures adjacentes doivent être démolies. Sur le centre-ville, la maire sortante veut continuer les opérations en cours sur la rénovation des bâtiments et avec la CCI pour faire venir des commerçants. Mais l'élue ne cache pas qu'une problématique demeure. "Les bâtiments appartiennent à des privés. Et il y en a qui préfèrent avoir un immeuble vide et ne pas le remettre sur le marché pour les commerçants, c'est malheureux. Il faut aussi une volonté du privé." Ailleurs, des logements types T1 et T2 sortiront de terre pour répondre à une "forte demande. Souvent, quand les gens arrivent sur leur premier emploi, ils sont seuls ou deux. Donc, ils n'ont pas besoin de maison." Et pour les jeunes, 10 places supplémentaires devraient ouvrir sur le foyer Nelson Mandela. 

Sur la mobilité, là-aussi, l'élue sortante veut poursuivre les dispositifs mis en place avec Anjou Bleu Communauté comme la prise en charge des premiers loyers pour un travailleur arrivant sur le territoire. La municipalité demande aussi des lignes supplémentaires de cars à la Région Pays de la Loire. "Les habitants doivent nous aider, car si ces lignes ne sont pas utilisées, on ne les aura pas." Enfin, la liste "La force du collectif" veut réhabiliter le port de plaisance. "On a décidé de reprendre la gestion en direct. Nous allons refaire un port digne de ce nom avec une capitainerie. On veut redévelopper la pratique du canoë sur l'Oudon, là-aussi en gestion directe.Son équipe souhaite aussi revaloriser la vallée de Misengrain. Une étude de faisabilité est en cours pour rendre plus accessible la base de loisirs de Saint-Blaise et y faire une vraie plage. 

 

Tout le programme de Geneviève Coquereau et de sa liste La force du collectif est à retrouver ici